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Le représentant du recteur à Saint-Martin, Jean-Marie Jespere, nous recevait pour une interview dédiée aux multiples questions et problématiques liées à la rentrée et à l’éducation. 

St. Martin’s Week : Quelles sont les nouveautés de la rentrée ?

Jean-Marie Jespere : Le secteur de Quartier d’Orléans est désormais classé en réseau d’éducation prioritaire (REP+), avec de nouvelles modalités de fonctionnement qui nous permettrons de prendre en compte les élèves en grande difficulté. Autre nouveauté : nous avons l’habitude de recevoir des professeurs nouvellement nommés, qui ne connaissent pas Saint-Martin et sont livrés à eux-mêmes. J’ai donc mis en place un séminaire d’accueil, aussi bien à Saint-Martin qu’à Saint-Barth, avec un livret d’accueil qui compte beaucoup d’informations utiles pour leur installation. 55 professeurs stagiaires dans le premier degré ont ainsi été accueillis et seront même accompagnés dans leur prise de fonction par des conseillers pédagogiques. C’est le temps fort de cette rentrée. Pour moi, le maître-mot, c’est le travail en équipe.

Connaît-on les effectifs exacts pour Saint-Martin ?

Saint-Martin compte environ 9 800 élèves au total, dont 5 616 dans le premier degré. Mais les effectifs ne seront stabilisés qu’après la rentrée. En effet, il est très dur pour l’inspectrice qui gère le premier degré d’avoir des effectifs stables avant la rentrée car beaucoup d’élèves arrivent en cours d’année, bien après la rentrée, ce qui est d’ailleurs pénalisant pour eux. Mais ce phénomène est tel qu’on se laisse toujours une marge de manœuvre pour pouvoir accueillir ces enfants plusieurs semaines après la rentrée. On accueille des élèves pratiquement jusqu’aux vacances de la Toussaint.

L’enseignement du tourisme à des collégiens a été expérimenté l’an dernier. Comment cela va-t-il se mettre en place cette année ?

L’enseignement du tourisme fait partie des priorités et il va se poursuivre. Nous voulons insister sur une bonne connaissance de l’île et sur la valorisation du territoire auprès des élèves. Il est important qu’ils s’approprient Saint-Martin. L’an dernier, le projet était expérimental et seule une classe de 4ème y avait pris part dès janvier. Cette année, il se tiendra de septembre à juin et ce sont trois classes de 4ème, une dans chaque collège, qui vont y participer. Cet enseignement est unique, mais il est difficile à mettre en place car il faut créer les outils et les supports pédagogiques, trouver les partenaires, etc. Mais il avait beaucoup plu aux élèves qui en ont fait des retours intéressants et c’est encourageant.

Et en parlant des priorités, le bilinguisme en est une aussi. Qu’en est-il des classes expérimentales ?

Les classes expérimentales rencontrent un véritable succès et je souhaite étendre ce dispositif qui me donne entière satisfaction et qui constitue une réelle plus-value pour les élèves du premier degré. Six classes sont concernées par ce dispositif, et elles sont réparties entre les écoles de Sandy-Ground, de Grand-Case et de Quartier d’Orléans. Il s’agit soit de cours en anglais/français, soit de cours en espagnol/français à raison de douze heures de cours pour chaque langue. Je trouve que le bilinguisme est tellement important que je travaille aussi sur une ouverture sur la Caraïbe. J’aimerais organiser des échanges entre Saint-Martin et Sint Maarten ou Anguilla. Le bilinguisme est une richesse, mais à condition que les langues soient bien parlées et bien écrites.

Quid des ouvertures et fermetures de classes cette année ?

Pour l’instant, nous ne savons pas, mais nous allons faire le point à la rentrée. Il y a une difficulté toutefois, c’est l’école Siméone Trott qui nous oblige à répartir les élèves dans cinq écoles différentes et à la bibliothèque de Marigot, et ce jusqu’en décembre. Autrement, l’on peut aussi parler de la cité scolaire, dont nous suivons le chantier. Et nous allons devoir anticiper car les travaux avancent et si les délais sont respectés, nous aurons à la prochaine rentrée un établissement de 900 places qui accueillera des élèves du collège Mont des Accords et du lycée, ce qui désengorgerait la zone de Marigot. Nous aurons à ce sujet des réunions de travail, notamment pour la carte scolaire et la répartition des élèves.

A votre avis, quels sont les problèmes majeurs que rencontre le système éducatif à Saint-Martin ?

Les moyens de remplacement des enseignants posent un véritable problème et la double insularité rend difficile les remplacements. De plus, il n’y a pas de vivier de professeurs contractuels à Saint-Martin, ce qui nous oblige souvent à faire appel à des enseignants de Guadeloupe. C’est une grosse difficulté et parfois même une entrave au bon fonctionnement du travail. Par ailleurs, il faut donc que les enseignants qui arrivent à Saint-Martin soient conscients des particularités de l’île, notamment son multilinguisme, et s’adaptent, en rédigeant, par exemple, les mots destinés aux parents en trois langues.

Les résultats du bac à Saint-Martin sont un peu moins bons qu’au niveau national. Qu’en dites-vous ?

C’est toujours le cas, mais nous avons quand même eu de très bons résultats, notamment dans certaines filières générales. Je tiens donc à remercier les enseignants. Car la situation n’est pas toujours très simple : l’acheminement des copies vers et depuis la Guadeloupe pour les corrections est difficile, mais tout le monde a joué le jeu et nous avons obtenu de bons résultats. Mon objectif aujourd’hui est de mettre en place un suivi de cohorte, des élèves qui ont réussi leurs examens (CAP, BEP, bac, BTS). Quel est leur avenir ? Où sont-ils ? Sont-ils partis en université, inscrits à Pole Emploi ? Ce suivi est mis en place par les services du Rectorat en Guadeloupe car il faut absolument accompagner nos jeunes.

L’alimentation des jeunes pose problème (trop grasse, trop riche, trop sucrée). Des mesures éducatives seront-elles prises dans ce sens ?

J’aimerais que des actions soient menées en vue d’une sensibilisation aux risques liés à l’obésité dans les écoles. Nous nous intéressons au surpoids, et c’est pour cette raison que nous souhaiterions que les élèves mangent à la cantine où ils peuvent trouver des repas équilibrés puisque nous travaillons avec un diététicien. Et la cantine, c’est aussi moins cher qu’un sandwich et un soda. Le travail avec les familles est également très important, c’est pour cette raison qu’elles avaient été invitées à manger à la cantine pour goûter aux plats servis à leurs enfants. Nous insistons donc beaucoup pour que les élèves restent à la cantine le midi, et d’autant plus que le fait qu’ils sortent à l’heure du déjeuner est parfois source de conflits, notamment dans le centre-ville de Marigot.

Un mot sur la désignation de la nouvelle ministre de l’Education ? Et sur votre travail à Saint-Martin ?

Je suis ravi que nous ayons une nouvelle ministre et je souhaite qu’elle vienne à Saint-Martin pour qu’elle puisse comprendre les spécificités de ce territoire. Quant à mon travail, je suis ravi d’être ici et de travailler en synergie avec la Collectivité et les autres partenaires. Nous avons bien avancé cette année. Je suis très bien à Saint-Martin et je compte y rester. J’ai un souhait cependant : j’aimerais que dès à présent, la piscine du Galion soit fonctionnelle pour que les élèves puissent apprendre à nager. Car voilà plusieurs mois qu’elle est là, et que l’on ne peut rien en faire… 

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