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A l’occasion d’une conférence de presse de rentrée, le préfet de Saint-Matin Philippe Chopin a dévoilé les nouvelles stratégies élaborées pour lutter contre la délinquance, dont les vols à main armée. Un plan propre à Saint-Martin semble ainsi se dessiner.

Ces derniers jours la recrudescence de vols à main armée a ravivé non seulement un sentiment d’insécurité, certes toujours latent, mais aussi les doutes de la population quant aux réponses apportées par les pouvoirs publics à ces phénomènes. La sécurité fut donc le premier sujet abordé par le préfet Philippe Chopin, qui conviait la presse mercredi pour faire le point sur les politiques publiques conduites par l’Etat à Saint-Martin et sur les travaux qui vont accaparer la préfecture d’ici la fin de l’année. Et en matière de sécurité «nous allons prendre beaucoup d’initiatives» annonçait en préambule le représentant de l’Etat. Car si le préfet met en avant «un taux d’élucidation supérieur à la moyenne nationale» et «une baisse de la délinquance sur le territoire», il conçoit que deux domaines restent préoccupants : «les atteintes volontaires aux personnes, dont les violences intra familiales, et les vols à main armée». Ces derniers «inquiètent» le préfet, lucide sur les chiffres de l’année 2014 : «avec une moyenne de 91 VAMA par an sur les 10 dernières années, nous savons déjà qu’en 2014, on ne tiendra pas ces chiffres». L’Etat veut donc miser sur des réponses spécifiques face à des délinquants «de plus en plus aguerris» selon les termes de M. Chopin.

Plus de moyens pour la prévention

Pour le préfet «on ne résoudra par les problèmes de délinquance sur cette île uniquement par la répression». Voilà pourquoi une réunion préparatoire se déroulait en préfecture lundi dernier dans le cadre de la mission conjointe de l’Inspection Générale de l’Administration (I.G.A.), de l’Inspection Générale des Services Judiciaires (I.G.S.J.), de l’Inspection Générale de la Gendarmerie Nationale (I.G.G.N.) et de l’Inspection Générale de la Police Nationale (I.G.P.N.), sur l’évaluation de la politique de la ville et de la circulation des armes à Saint-Martin. «Nous avons demandé une inspection pour mieux travailler en amont» indiquait le préfet. Autrement dit pour développer les actions de prévention qui peuvent par exemple être financées dans le cadre de la politique de la ville. La mission en déplacement lundi devrait donc contribuer «à obtenir plus de moyens pour la prévention de la délinquance et permettre d’identifier ce qui fonctionne» précisait Philippe Chopin, en phase avec les préconisations déjà formulées par la mission d’information sur la Collectivité de Saint-Martin menée par les députés Daniel Gibbs et René Dosière, dont le rapport proposait déjà de «renforcer les moyens financiers alloués à la politique de prévention de la délinquance et à la politique de la ville».

Ces missions successives auraient tout leur intérêt selon le préfet : «elles nous aident à convaincre les décideurs de la spécificité de Saint-Martin».

Un état-major de sécurité

Si les politiques de prévention peuvent répondre à un problème de société profondément ancré – conditions de vie difficiles et désoeuvrement d’une bonne partie de la jeunesse formant une délinquance de misère – il faut trouver des solutions à court terme pour endiguer une violence qui entretient un profond sentiment d’insécurité. En témoigne la lettre ouverte de certains habitants transmise en juillet dernier aux autorités pour réclamer des solutions concrètes. Afin d’améliorer et de rendre plus efficace la lutte contre la délinquance «nous allons faire un état major de sécurité» indiquait mercredi Philippe Chopin. Coordination des services et réorganisation étaient d’ailleurs les maîtres-mots du préfet Leclair, chargé durant 6 mois d’une mission d’évaluation dans le cadre du plan renforcé de lutte contre la violence et pour la sécurité dans les Antilles. «Cet état major est une déclinaison de ce plan» précisait le préfet. «Nous suivons également le plan anti VAMA avec saturation du terrain et rapidité de réaction» ajoutait-il. Un dispositif qui assure une vigilance renforcée sur les lieux exposés à des séries de faits, où les gendarmes passent à des modes opératoires plus offensifs avec contrôles de personnes et de véhicules comme ce fut le cas jeudi sur le secteur de Concordia.

Un plan de lutte contre la délinquance propre à Saint-Martin semble donc se dessiner, appuyé par les quelques avancées en matière de coopération policière.

 

2ème campagne «Déposez les armes» en octobre

Une deuxième campagne «Déposez les armes» va se dérouler sur la première quinzaine du mois d’octobre, annonçait mercredi le préfet. Cette fois l’opération se déroulera de façon conjointe avec Sint Maarten. Par ailleurs, les campagnes de communication à destination du grand public seront formulées en français et en anglais, mais aussi en créole et en espagnol. Comme lors de la première édition «Déposez les armes», cette deuxième campagne sera ensuite suivie d’une phase de répression avec «une accentuation des contrôles dans la deuxième quinzaine du mois d’octobre» annonçait le préfet. Pour mémoire, ce type d’opération encourage les personnes détenant illégalement une (voire des) arme(s) à feu, à les restituer dans un délai imparti sans crainte de représailles, le but étant d’endiguer leur circulation sur le territoire.

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