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En Guadeloupe, la préfecture de Région a lancé jeudi une campagne pour encourager la pêche et la consommation du poisson lion, ce grand prédateur invasif qui menace l’équilibre des écosystème. A Saint-Martin, la prudence est requise car ce poisson présente un risque de ciguatéra.

La préfecture de la Région Guadeloupe lançait jeudi une campagne pour encourager la dégustation du poisson lion. Cette espèce invasive crée en effet d’importants désordres écologiques, tant en Guadeloupe que dans les îles du Nord. Il est donc apparu que la seule façon d’endiguer sa prolifération était d’encourager sa capture. En l’absence de prédateur, cette rascasse peut en effet consommer à loisir de grandes quantités de poissons côtiers. Elle est même estimée responsable à 80% de la disparition des poissons dans les zones qu’elle a envahies.
Selon la Préfecture de Région qui donne le feu vert à sa consommation « c’est un poisson à la chair savoureuse ». Une aubaine pour limiter sa prolifération nuisible d’autant que « les enjeux socio-économiques de cette pêche sont importants et peuvent constituer un exemple de transition écologique ».
Seulement, ce qui est valable en Guadeloupe, ne l’est pas forcément à Saint-Martin.
 
Risques de ciguatéra
 
La semaine dernière (notre édition du 3 octobre), la préfecture de Saint-Martin rappelait la liste des poissons vénéneux vecteurs de ciguatéra, une intoxication alimentaire consécutive à la consommation de poissons de récif, en parfait état de fraîcheur et habituellement comestibles, mais rendus toxiques par la présence de toxines. Or le poisson lion, accidentellement introduit dans nos eaux en 2010, ne figure pas dans cette liste établie après un arrêté préfectoral de 2002. Seulement, à Saint-Martin, le poisson lion présente aussi des risques de ciguatéra, ce qui explique que la campagne de la préfecture de Région Guadeloupe ne vaut pas pour les îles du Nord. Le Comité régional des pêches, dont dépendent les pêcheurs professionnels de Saint-Martin, est même formel : « l’année dernière des analyses sur le poisson lion effectuées dans les eaux de Saint-Martin et Saint Barthélemy ont fourni des échantillons positifs à la ciguatéra » indique le secrétaire général Nicola Diaz. « En l’absence d’analyses plus poussées qui indiqueraient le niveau de contamination du poisson lion, il est encore impossible de savoir s’il est comestible ou pas dans les îles du Nord ». Autrement dit, si sa consommation est désormais encouragée en Guadeloupe, mieux vaut s’abstenir ici. Cette rascasse n’étant pas un poisson pélagique, ceci explique qu’elle puisse être toxique ici, et pas ailleurs.  
 
Enrichir la filière pêche
Néanmoins « consommer le poisson lion est la meilleure façon de lutter contre sa prolifération » rappelle Nicolas Diaz. La femelle de cette rascasse peut en effet pondre jusqu’à 30 000 œufs tous les 4 jours, de quoi alimenter la filière pêche puisqu’en Guadeloupe on estime qu’entre 200 000 et 300 000 individus pourront ainsi être capturés pour la consommation chaque année. « Le poisson lion se pêche facilement car en bon prédateur, il entre dans les casiers de langoustes et se laisse ainsi capturer » témoigne un pêcheur saint-martinois. De fait, la rascasse se consomme officieusement « sans aucun problème de ciguatéra » selon lui. Mais pour l’heure, impossible de le commercialiser ici tant que les autorités n’auront pas donné le feu vert.
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