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Dans une interview accordée au Saint-Martin’s Week, la présidente de la Collectivité Aline Hanson revient sur les questions qui se posent après le passage de l’ouragan Gonzalo. 

« Je connais la capacité des Saint-Martinois à rebondir »

 

SMW : Nous sommes passés de l’alerte orange à la phase de confinement en 6 heures, ce qui est particulièrement inhabituel à l’approche d’un phénomène cyclonique. Comment avez-vous géré cette situation de crise dans l’urgence ?

Aline Hanson : Il faut tout d’abord rappeler à la population que c’est Météo-France qui détermine les différents niveaux de vigilance. Le déclenchement des phases d’alerte est donné par le préfet qui transmet ensuite ces informations à la Collectivité, aux services opérationnels, aux médias, et donc à la population pour ce qui concerne les mesures de sécurité à observer. La Collectivité de Saint-Martin prend des mesures collectives complémentaires liées à la sauvegarde et au soutien de la population.

Le passage d’un ouragan est une situation d’urgence, c’est vrai, mais les autorités ont beaucoup préparé en amont, en s’appuyant notamment sur les antécédents. Toutes les procédures du plan ORSEC sont donc suivies à la lettre, nous savons ce qu’il convient de faire en cas de cyclone. Cependant, passer aussi rapidement en vigilance rouge puis en confinement (violet) est une première. Nous avons pu le constater avec Gonzalo, la population doit savoir qu’il faut faire preuve de vigilance en toutes circonstances, les changements brutaux des phénomènes n’étant pas toujours prévisibles.

La cellule du plan ORSEC de la Collectivité est chaque année mobilisée dès le mois de juin. Quelles leçons tirez-vous de ce phénomène météorologique qui a surpris tout le monde ?

Les autorités ont déployé tous leurs moyens pour répondre à l’urgence et aux besoins immédiats de la population, pendant et après le passage du cyclone. La préparation pré cyclonique avant le mois de juin reste centrale dans la bonne gestion d’un ouragan, car elle permet de lister les moyens humains et matériels à disposition, de vérifier que les procédures sont bien en place et de planifier chaque étape à l’avance. Le débriefing est une étape importante si l’on veut perfectionner le dispositif, il permet d’affiner la situation en supprimant ce qui n’a pas fonctionné et en accentuant ce qui marche bien. Un premier débriefing post cyclone a eu lieu en Collectivité mardi après-midi, réunissant les élus, les services de la COM, de la Préfecture et les différents intervenants sur le terrain ; il a permis de faire un point à chaud sur la situation. Un second débriefing plus général est organisé par le Préfet ce vendredi. Les médias se font le relais dès le mois de juin des recommandations de sécurité lancées par les autorités, je tirerai donc une leçon générale, en disant que la population doit apprendre à suivre ces consignes, à se montrer plus méfiante face à l’arrivée d’un phénomène, quel qu’il soit.

Concernant les infrastructures de la Collectivité, à combien estimez-vous les dégâts ? Quels sont les bâtiments qui ont le plus souffert ? Le chantier de la cité scolaire peut-il en être retardé ?

Il est encore trop tôt pour chiffrer le coût de Gonzalo sur les infrastructures de la Collectivité. Les services travaillent actuellement à ce chiffrage et n’ont pas encore fait remonter tous les éléments me permettant de vous donner un chiffre. Nous le saurons d’ici quelques jours. Certains bâtiments ont plus souffert que d’autres, mais la remise en état sera relativement rapide dans l’ensemble.

Mardi et mercredi, les services de la Collectivité se sont fortement mobilisés pour nettoyer les écoles, et nous avons pu rouvrir la quasi-totalité des établissements du 1er degré jeudi matin, même s’il reste des travaux à faire. Dans le 2nd degré, le collège Soualiga n’a pas pu ouvrir hier en raison d’un problème sur le transformateur EDF, et le lycée polyvalent est resté fermé sur décision du Rectorat, compte tenu des travaux restant à réaliser dans certaines salles de classe.

Outre le déclenchement de l’état de catastrophe naturelle, la Collectivité va t-elle débloquer des fonds spécifiques pour les entreprises en difficulté après le passage du cyclone ?

Dans l’organisation des institutions françaises, il n’appartient pas aux collectivités d’actionner des fonds spécifiques pour les particuliers ou les entreprises en cas de catastrophe météorologique. De manière générale, c’est le gouvernement qui fixe par décret l’état de catastrophe naturelle et déclenche des fonds. A ceci près que les entreprises et particuliers doivent avoir souscrit une assurance pour pouvoir bénéficier de ce dispositif.Les entreprises qui ont subi des dégâts sont invitées à entrer rapidement en contact avec leur assureur afin de faire connaître leur situation.

Madame Pau-Langevin a déclaré que tout serait mis en œuvre pour que les habitants de Saint-Martin et Saint-Barthélemy retrouvent une vie normale au plus vite. J’ai confiance en la parole de notre ministre de référence qui doit venir à Saint-Martin très prochainement.

Quels sont les services particulièrement mobilisés au sein de la Collectivité pour gérer l’après-cyclone ?

L’ensemble des pôles de la Collectivité et la direction générale des services sont mobilisés dans la gestion de l’après cyclone. Le pôle Solidarité et Familles répond à l’urgence de certains administrés, le pôle de développement Humain et sa direction de l’éducation réalisent l’état des lieux des écoles, le pôle de Développement Durable et ses directions des services Technique, Environnement, Urbanisme, se charge des réparations, du nettoyage et de l’évaluation des infrastructures publiques, tandis que le pôle de développement Economique tente d’évaluer l’impact du cyclone sur l’économie du territoire. La cellule « Gestion des risques majeurs », qui centralise les informations et les déploie, joue aussi un rôle essentiel avant, pendant et après le passage d’un phénomène. Le service communication fait ensuite le relais avec les médias. Enfin, il est important de noter la synergie entre tous ces pôles de travail, mais aussi entre les services de l’état et la Collectivité, sans laquelle il serait difficile d’avancer.

Saint-Martin sera t-elle prête pour le début de la saison touristique ?

Nous avons deux mois pour tout remettre en état, et je connais la capacité des Saint-Martinois à rebondir et à ne pas baisser les bras. Saint-Martin a connu des ouragans majeurs et s’est toujours relevé rapidement. La Collectivité met tout en œuvre pour que le territoire retrouve ses couleurs initiales et elle accompagne autant que ce peut ses administrés. La population s’est fortement mobilisée depuis mardi, elle a fait un travail formidable. Je profite de votre publication pour saluer le courage et l’énergie des Saint-Martinois qui se démènent depuis trois jours pour nettoyer notre île. C’est souvent dans la difficulté qu’il est possible de mesurer l’unité d’un territoire. Dans l’adversité, Saint-Martin renvoie une belle image de solidarité et je les en remercie. Nous avons également reçu de nombreux messages de soutien de la part des ministères, de la préfète de région Madame Pierrot, mais aussi de nombreux maires, présidents de régions et de départements de l’outre-mer ou d’ailleurs, et je voulais vous en faire part.

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