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Le spectacle le plus affligeant laissé par Gonzalo reste sans aucun doute celui des dizaines bateaux échoués ou ravagés par l’ouragan. D’Oyster Pond Pond à Marigot, de Sandy Ground à Simpson bay, le monde du nautisme est en état de choc. Métimer, l’association des professionnels de la mer, pousse un coup de gueule. 

« Métimer sous le choc » : la missive transmise par les professionnels de la mer ainsi nommée en dit long sur le traumatisme causé par le cyclone Gonzalo dans l’univers du nautisme. Le président de l’association Bulent Gulay a en effet souhaité réagir à chaud et soulever les questions qui se posent, à l’heure d’un bilan matériel qui s’alourdit chaque jour. Après le passage de l’ouragan Gonzalo « les traces laissées sur Saint-Martin sont simplement atroces et incompréhensibles » s’insurge le porte-parole des professionnels de la mer. Et de s’interroger : « à notre époque, comment pouvons-nous nous faire surprendre ainsi par un phénomène naturel dont nous devrions maîtriser aisément les paramètres et l’importance de sa nature destructrice bien avant qu’il nous tombe dessus ».

Métimer réagit violemment « à la hauteur de la révolte suscitée par le bilan du nombre de bateaux échoués, détruits ou endommagés ». Et de rappeler que « beaucoup d’entre eux étaient habités. Certains avec des enfants à bord ».

Mais l’association entend aussi dénoncer que nombre de bateaux étaient « abandonnés dans les mouillages sans aucune surveillance ». Que « la plupart sont sans propriétaire connu ». Que « les épaves dans le lagon se sont promenées dans la nuit en rentrant en collision avec d’autres bateaux ». Un danger que l’association des professionnels de la mer, associée à la SNSM, rappelle signaler « depuis plus de deux ans ». Pour président de Métimer Bulent Gulay le bilan est lourd : « beaucoup de plaisanciers et de professionnels ont perdu leur bateaux » et sont « en face d’un drame économique dont personne ne connaît la suite ».

 

« Qui est responsable de quoi ? »

Le président de Métimer Bulent Gulay souhaite interpeller les autorités : « à Saint-Martin, nous ne savons plus qui est responsable de quoi ». « La SNSM, avec ses petits moyens financiers mais le grand coeur de ses volontaires ne peut pas faire face à un tel désastre. Ils sont intervenus dans des conditions météorologiques extrêmes pour sauver un bateau et eux-mêmes sont allés s’échouer sur la plage de Sandy Ground. La gendarmerie nautique, située en haut de Concordia est en sous-effectif, ne peut pas intervenir partout sur l’île. L’antenne de la Direction de la Mer qui n’a pas de moyen de navigation ne peut pas intervenir sur le terrain. La douane ou les gardes côtes ? L’établissement portuaire ? Aucune idée ! » Métimer s’interroge donc quant aux responsabilités : « qui doit prendre la décision de faire évacuer les bateaux mouillés dans les baies à l’extérieur et les obliger de gagner un abri ? En cas d’intempérie, on évacue des villes entières, pourquoi pas les mouillages ? » L’association des professionnels de la mer rappelle enfin qu’elle avait demandé, lors des élections territoriales de 2012, la création d’une commission nautique pour la promotion et la consultation des professionnels et des plaisanciers : « tous les candidats avaient soutenu ce projet qui est aujourd’hui au même point soit zéro ». 

 

TÉMOIGNAGE

Stéphane Mazurier, Marine Time: « Je suis en colère »

Stéphane Mazurier a deux bateaux : le Scoobitoo, qui, étant trop grand pour rentrer dans la marina d’Anse Marcel, est resté amarré au corps mort, et le Scoobicat, qui lui a pu mouiller à l’intérieur de la marina. « Ma journée a commencée lundi à 5 heures du matin pour vérifier la météo et commencer à préparer les bateaux en prévision d’une tempête tropicale. A 8 heures, j’ai plongé pour vérifier mon corps-mort. A 10 heures je suis retourné à terre et j’ai réalisé qu’on risquait un cyclone. Si j’avais eu le temps, j’aurais mis le Scoobitoo à Port de Plaisance ou en mer loin du phénomène, mais ce type de décision doit être prise au moins 24 heures à l’avance. Je n’ai pas eu le choix. J’ai donc décidé de passer le cyclone sur Scoobitoo. Je suis monté sur le bateau à 11 heures et j’ai sécurisé le dinghy. A partir de 15 heures, j’ai allumé le moteur et à chaque vague je soulageait le bateau pour ne pas rompre l’amarre du corps-mort. On peut en effet avoir une tirée verticale et là on casse tout. Je ne déplore pas de gros dégâts mais j’ai vécu de grands moments de solitude. J’ai tenu bon grâce à Radio Transat la VHF. La situation m’a convaincu qu’il ne fallait pas quitter le bateau, car un dinghy dans ces cas-là ne tiend pas la vague et le vent ».

« Quand je vois tous ces bateaux échoués et saccagés, ça me fend le cœur. Je pense à tous ces autres dont le bateau est une seconde vie. Je suis en colère après Météo France. J’ai le sentiment que tout ce qui est activité nautique à Saint-Martin est mis de côté, qu’on ne considère pas les gens qui vivent sur des bateaux. On aurait pu éviter beaucoup de choses. S’il y a des inconscients, il y a aussi des gens payés pour être compétents. Il faut absolument créer une station de météo sur les îles du Nord. C’est l’un des enseignements à tirer. » 

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