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En tentant de secourir des plaisanciers durant le passage du cyclone Gonzalo, la vedette de la SNSM s’est échouée sur des cayes a été gravement endommagée. Souhaitant couper court à certaines polémiques, les sauveteurs souhaitent revenir sur le déroulement exact des faits.

Lundi 13 octobre, 15h18. La SNSM reçoit un appel Mayday pour secourir un homme à la mer sur Grand-Case.Le vent souffle aux alentours de 35 nœuds avec des rafales à 45 nœuds, « des conditions météo pour lesquelles les vedettes de la SNSM sont conçues » indique l’une des équipières Anke. Quelques minutes après l’appareillage, le CROSS déroute les sauveteurs pour porter secours au bateau Califat qui risque de s’échouer dans la Baie de Marigot. Peu après, le centre opérationnel demande finalement aux sauveteurs de se diriger en priorité vers le voilier Voyage II. A son bord, « une femme paniquée et un bébé de quelques mois, c’est le chaos » relate Anke. D’autant que les appels Mayday arrivent alors en cascade.  Les sauveteurs se dirigent vers Le Pirate « où il semble qu’il y a le plus de voiliers en difficulté » et pour « évaluer la situation ». « Arrivés sur zone nous voyons le Califat très près de la plage, mais nous ne pouvons nous en approcher car Voyage II est positionné entre nous deux » explique l’équipière. « Nous décidons donc de sortir le bateau avec couple et bébé en premier ».
 
Manœuvre impossible
Les sauveteurs préparent donc la touline – cordage qui sert à remorquer un bateau – avec une grosse bouée. Mais la manoeuvre ne se déroule pas comme prévu. « Un homme est à l’avant du bateau ; la bouée passe à 1 mètre mais il ne parvient pas à l’attraper avec la gaffe. On rentre la remorque et on fait une deuxième tentative. Cette fois le plaisancier parvient à amarrer la touline sur son taquet. Nous lui faisons signe qu’il doit la remonter pour tourner la remorque directement sur son bateau. Puis on attend. Le vent continue de monter et la visibilité se dégrade vite ». En communication VHF avec la femme du plaisancier, la SNSM doit leur préciser « qu’ils doivent larguer leur mouillage ». Pendant de longues minutes « ils bricolent ». L’attente des sauveteurs se poursuit malgré et leurs injonctions « l’homme nous ignore… on ne peut rien faire tant qu’il reste à l’avant de son bateau ! ». A plus de 55 nœuds le vent complique une intervention pénible secouée par les vagues. « Nous ne voyons plus qu’à quelques mètres autour de nous » précise Anke. « On décide alors de couper notre remorque, mais une forte rafale nous fait couler soudainement de quelques mètres ». La remorque se prend dans les hélices et les moteurs, très sollicités, sont perdus à quelques minutes d’intervalle. A la dérive, trop près de la côte, la vedette est au plein. Les équipiers ont alors été contraints de sauter à l’eau. « Les premiers se sont dirigés immédiatement vers le voilier qui lui aussi s’est s’écrasé sur l’enrochement de l’hôtel Beach Plaza » précise la SNSM. Les plaisanciers ont été dégagés par certains équipiers quand d’autres ont porté secours à d’autres bateaux.
Les sept sauveteurs mobilisés sur cette opération ont ensuite rejoint la station à pieds lors d’une accalmie et y ont passé la nuit, avant de se rendre sur le site au petit jour pour constater les dégâts. Le cyclone Gonzalo aura malmené une vingtaine de bateaux qui se sont échoués. Une embarcation a coulé et 31 personnes auront été secourues ou assistées durant l’épisode.
 
 
Jean-Claude Van Rymenant s’adresse aux « détracteurs »
 
Le président de la SNSM Jean-Claude Van Rymenant souhaite adresser un « message aux détracteurs et donneurs de leçons ». « Alors que la plupart des citoyens s’affairaient à sécuriser leurs biens, leurs maisons, et faire les derniers préparatifs en vue d’affronter le mauvais temps, une poignée de marins s’étaient réunis ». Des volontaires bénévoles « qui eux aussi avaient une famille, une maison ». Ils ont quitté « la sécurité et l’abri », ils ont pris « des risques pour les autres ». Ils sont « issus d’une lignée d’homme courageux qui en France depuis près de 200 ans affrontent les éléments afin de venir en aide ».  « Ils ont du cœur, du ventre, de l’empathie et du courage ».
« Lorsque dans des conditions extrêmes et au péril de leurs vies, ils perdent leurs canots de sauvetage en assistant autrui, ils méritent mieux que des commentaires débités sur un ton goguenard ».
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