Temps de lecture estimé : 5 minutes
A Saint-Martin une soixantaine de navires ont été sinistrés suite au passage de l’ouragan Gonzalo. A l’aube de la saison touristique se pose donc la question des responsabilités pour l’enlèvement. Nombre de bateaux n’étant pas assurés, il est à craindre que certaines épaves décorent le paysage un bon moment.

À Saint-Martin le nautisme a été frappé de plein fouet par Gonzalo, désormais symbolisé par l’image des nombreux bateaux échoués et endommagés. Si certains navires ont déjà été renfloués ou sortis, d’autres semblent désormais s’inscrire dans le paysage, gisant ça et là pour on ne sait combien de temps. A cela, plusieurs raisons. Contrairement à la réglementation terrestre, il n’est pas obligatoire d’assurer son bateau. Il se chuchote même sur les quais que 80% des bateaux ne seraient pas assurés à Saint-Martin. Alors qui va payer ? « On va se retrouver face un véritable problème » scande l’association des professionnels de la mer Métimer, qui a insisté sur ce point face à la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin en visite sur nos terres dimanche dernier. Un problème qui s’était déjà posé avec acuité lors du passage du cyclone Luis en 1995 : «nombre d’épaves n’ont jamais été enlevées et celles qui n’ont pas coulé immédiatement ont sombré peu à peu au fond du lagon » ajoute Métimer, qui craint un scénario identique pour Gonzalo.
 
Mobilisation de la direction de la Mer
 
Actuellement, et depuis le passage du cyclone, c’est l’unité territoriale de la direction de la Mer de Guadeloupe qui a pris le taureau par les cornes. Elle comptabilise donc les navires échoués ou qui ont subi des avaries au mouillage et ne sont plus en état de naviguer. « Les services de l’Etat sont en première ligne pour adresser aux propriétaires les mises en demeure sur la base d’un inventaire de ces navires, réalisé pour le compte du port de Galisbay » indique Patrick Lossec, justifiant cette initiative par « l’urgence de la situation » et la demande d’assistance du port et de la Collectivité. L’Etat se substitue donc momentanément aux instances territoriales car pour 90% des navires sinistrés, on se trouve néanmoins dans les limites administratives du port, soit du lagon à la baie de Cul-de-Sac. L’unité territoriale de la direction de la mer tient donc « un tableau de bord au jour le jour » afin de répertorier les navires qui sont progressivement déséchoués ou renfloués. En pratique, la direction de la mer transmet des mises en demeure aux propriétaires de bateaux qui peuvent être identifiés : ce document est d’ailleurs demandé par les assurances pour lancer la procédure administrative. « Nous travaillons activement à l’identification des propriétaires » précise d’ailleurs Patrick Lossec, ajoutant que le délai de mise en demeure est variable « de 1 à 2 mois selon les cas ». De fait, 50% des bateaux échoués ou endommagés pendant le cyclone ont déjà été sortis. Mais il reste l’autre moitié, et pas la moindre.  
 
Le propriétaire est responsable
« Qu’il soit présent à Saint-Martin à l’année ou pas, le propriétaire est responsable de son bateau » rappelle la direction de la Mer. Et qu’il soit assuré, ou pas. Seulement, et l’association Métimer insiste sur ce sur point « il existe beaucoup de plaisanciers qui vivaient sur de petits bateaux qu’ils ne peuvent désormais plus habiter. Ces gens vont, pour la plupart, quitter Saint-Martin, rentrer dans leur pays, et abandonner une épave ». Sans compter ceux qui n’auront tout simplement pas les moyens de financer la sortie de leur navire. Pour exemple, le démantèlement d’un voilier de 10 mètres rendu à terre est estimé à quelque 4000 euros.
 
Démolition ?
 
Ces navires étant positionnés sur le domaine public maritime de la Collectivité, celle-ci serait par la suite en mesure d’engager la collecte et la démolition des épaves résiduelles. « Ce serait toujours aux frais du propriétaire» indique M. Lossec. Sauf qu’il n’est pas toujours facile de retrouver ledit propriétaire et « c’est pour cela que l’Etat s’est mobilisé sur ce dossier ».
Nul doute que certains navires vont donc joncher les plages un bon bout de temps. Nul doute que la Collectivité devra mettre la main à la poche si elle souhaite offrir une image positive aux touristes qui vont arriver. Quant à savoir si elle le fera et dans quels délais… la question reste entière, d’autant que le fonds de secours débloqué par le ministère des Outre-mer après Gonzalo n’aurait pas vocation à financer ce type d’intervention. Quant aux bonnes volontés, elles devront aussi patienter car une autre pierre d’achoppement ralentit le déséchouage des bateaux : les chantiers navals sont débordés. A tel point qu’il y a désormais une file d’attente, ainsi que le confirme Métimer : « même si nous souhaiterions sortir plus de bateaux, nous ne pourrions pas ».
Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.