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Le 30 octobre dernier les élus adoptaient l’augmentation de la taxe sur la consommation des produits pétroliers. Un gérant de station-service s’insurge contre cette mesure et souhaite expliquer pourquoi il lui sera inévitable de répercuter la nouvelle taxe sur le prix à la pompe.

On ne pourra pas ne pas répercuter l’augmentation de la taxe sur le prix à la pompe, la hausse est inévitable ! ». Le propriétaire et gérant de Cadisco, Fabrice Passera, s’insurge contre la décision de multiplier par deux la taxe sur la consommation des produits pétroliers, qui passera de 6 à 12 centimes par litre début 2015 (notre édition du 31 octobre).  En réponse à la Collectivité, qui s’est appuyée sur la comparaison avec le niveau des taxes collectées à Sint Maarten, soit presque 4 fois plus important que côté français, Fabrice Passera entend livrer sa propre analyse sur les marges des stations-service estimées par les autorités françaises. Lors du Conseil territorial du 30 octobre dernier, le pôle fiscalité de la Collectivité expliquait en effet aux élus appelés à voter, qu’avec un prix à la pompe sensiblement égal entre le côté français et le côté hollandais, les 22 centimes de taxes (ramenés en euros) prélevés sur Sint Maarten laissaient une marge moins importante aux opérateurs qu’à Saint-Martin, où la taxe s’élevait seulement à 6 centimes. Et d’expliquer également qu’en doublant cette taxe et en la passant à 12 centimes en début d’année prochaine, « on était encore loin du compte ».  La Collectivité mise donc sur les marges des opérateurs qu’elle estime « colossales » pour légitimer le doublement de la taxe. En outre, elle parie sur la clairvoyance des stations service pour ne pas augmenter le prix à la pompe, arguant que de toutes façons « le consommateur ira là où c’est moins cher (ndlr outre-frontière) ». Voilà qui a donc suscité l’ire de Fabrice Passera, à l’heure où la partie française peine à trouver un allant économique. A noter que les deux autres opératereurs n’ont pour le moment pas souhaité réagir.
 
Comparer ce qui est comparable
 
Pour Fabrice Passera, comparer le niveau des marges entre importateurs de Saint-Martin et ceux de Sint Maarten est « un non sens ». « Côté hollandais ce ne sont pas les stations services qui réalisent les investissements, ce sont les grandes enseignes Sol et Texaco ». Autrement dit partie française « nous n’avons pas la même envergure ». Il étaye également son discours en rappelant que côté français « le montant des salaires, des charges sociales et de l’imposition n’est pas le même ». Et de vouloir rappeler la comparaison entre un salaire de pompiste côté français ($ 2236) et côté hollandais ($ 871). Autre pierre d’achoppement selon le gérant de Cadisco : « le prix d’achat en raffinerie » conditionné par les volumes importés. Avec un parc automobile plus important et l’aéroport de Juliana « le volume global de carburant importé à Sint Maarten n’est pas du tout le même ».
 
Politique pour l’emploi !
 
Fabrice Passera entend également dénoncer le choix économique que la réduction des marges impliquerait, à commencer par l’emploi : « Cadisco représente une quarantaine de salariés, une cinquantaine au total si l’on compte les emplois induits ». Il veut également rappeler que l’ensemble du réseau carburant côté français représente une centaine d’emplois. Le gérant souhaite aussi mettre en avant le choix fait de ne pas recourir, comme côté hollandais, aux pompes automatiques : « conserver des pompistes c’est maintenir l’emploi et c’est aussi un choix. Lorsqu’on investit dans une pompe automatique, les 20 000 euros que cela représente sont amortis en seulement 8 mois ».
 
De la fiabilité du rapport de l’état
 
Enfin, Fabrice Passera dénonce également l’étude menée par les services de la préfecture, lancée préalablement en 2013 pour évaluer le niveau des marges des opérateurs français. Dans le cadre de ces investigations, il avait été précisé aux élus du Conseil territorial qui siégeaient le 30 octobre dernier, que la coopération des détaillants avait été « relativement faible ». Ce rapport, nommé « étude sur la structure des prix du carburant » est resté confidentiel. « On m’a demandé une facture sur une seule année » s’insurge en outre l’opérateur, affirmant avoir remis par ailleurs « tous les documents demandés ». Il regrette également la confidentialité du rapport « même auprès des principaux concernés ». Il signale aussi un courrier adressé aux trois opérateurs de la partie française et signé de la présidente de la COM, stipulant que « la Collectivité écarte à ce stade la refonte de la TCPP » et que « la réflexion sur la hausse de la TCPP nécessite d’examiner le sort des petites stations ».
Des « petites stations » qui selon Cadisco « n’ont pas été écoutées ». Si les deux autres opérateurs de la partie française décident de suivre la même stratégie, le prix à la pompe augmentera donc inexorablement en même temps que l’augmentation de la taxe sera mise en application. Deux logiques s’affrontent donc : une Collectivité qui cherche des recettes – l’augmentation de la taxe devant financer le réseau routier – et des chefs d’entreprise agissant selon leur propre logique économique. De quoi relancer également le débat sur l’encadrement du prix de l’essence comme cela se fait dans d’autres territoires ultramarins et même côté hollandais.  
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