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Le préfet, le commandant de gendarmerie et le vice-procureur ont tenu une conférence de presse vendredi dernier, afin de présenter les dispositifs pour lutter contre les vols à main armée. Le bilan provisoire mais pour le moins inquiétant, dressé sur 2014, s’est même alourdi dimanche avec un nouveau braquage à Marigot. 

Il y a eu la deuxième campagne déposez les armes. Puis il y a eu ces dernières semaines, une nouvelle recrudescence de vols à main armée (VAMA), portant à 125 le nombre de faits recensés en 2014, contre 95 en 2013, annonçait vendredi le commandant de gendarmerie Paul Betaille. Un bilan inquiétant, mais malheureusement provisoire. Pour preuve, il s’est alourdi dimanche, avec le braquage d’une supérette à Marigot. Soit 16 faits sur le seul mois de novembre. La semaine dernière, il y a eu ensuite cette condamnation exemplaire de deux auteurs d’un VAMA interpellés sur le vif, présentés au juge le lendemain et envoyés en détention dans la foulée. Une escalade de faits et des réponses qui y sont visiblement apportées, tant en matière de prévention que de répression. Mais à l’heure où la saison touristique débute, la population est en mesure de se poser des questions à la lecture des faits divers qui alimentent les colonnes des journaux. « Nous acceptons les jugements » concédait vendredi le préfet Philippe Chopin, qui avait convié la presse pour un état des lieux de la situation et un bilan plus global de la délinquance, qui elle est en baisse tous faits confondus (lire par ailleurs). Souhaitant donc éviter un « jugement trop hâtif sur les services de l’Etat et de la Justice », les autorités ont voulu mettre en avant les moyens dont elles disposent pour faire face au phénomène et présenter le travail qui est mené.
 
Une culture du braquage
 
En matière de vols à main armée, le préfet concède que « les chiffres ne sont pas bons » et qu’il y a de quoi en être « préoccupé ». L’année n’est en effet pas terminée que déjà les autorités comptabilisent une augmentation de près de 32% des VAMA en 2014, par rapport à l’année dernière. De quoi confirmer la réputation de Saint-Martin voulant que des faits impliquant des armes à feu soient plus importants que partout ailleurs en France.
Pour le commandant Paul Betaille, la situation est d’autant plus complexe et préoccupante qu’elle est « en perpétuelle mutation ». Depuis fin 2013, les forces de l’ordre ont en effet enregistré une part plus importante de VAMA sur la voie publique ou à l’occasion de car jackings. En outre, elles font face à « un adversaire qui a développé une culture du braquage, tend à se professionnaliser et prend ses précautions ». Les individus portent des casques ou dissimulent leur visage, mettent des gants et laissent un minimum de traces. Surtout, ils savent qu’ils sont filmés. Avec une constante : il s’agit le plus souvent d’équipes de 2 ou 3 qui agissent « de manière opportuniste ». De « petites équipes à tiroir » qui se relaient et enchaînent des braquages en « série ».
 
Ciblage des bandes
 
Ces phénomènes sériels requièrent « un travail d’investigation plus poussé » explique le commandant Betaille. Le travail est conduit par le groupe VAMA au sein de la Brigade de recherche, créé en 2010 et qui compte 6 enquêteurs se consacrant intégralement à l’élucidation de ce type d’affaires. Diagnostic, analyse les phénomènes sur une période donnée, rapprochements éventuels entre les faits, permettent ensuite « d’organiser l’occupation du terrain ». Depuis début novembre, la Brigade de recherche a ainsi pu identifier 3 équipes qui seraient liées entre elles. Les VAMA ont en effet toujours été « l’un des fonds de commerce des bandes » détaille Paul Betaille. Pour le vice-procureur Flavien Noailles ce travail de ciblage est capital. Stopper un individu contribue à désorganiser tout un groupe et permet souvent « d’enrayer les phénomènes sériels ». Un travail réalisé également en coopération avec Sint Maarten et qui favorise une « lutte par anticipation ». « On peut stopper 20 VAMA si l’on stoppe un individu ».
La cerise sur le gâteau reste cependant l’interpellation en flagrance, qui permet de stopper l’escalade des faits lorsqu’une équipe est lancée. C’est rare – 4 flagrants délits depuis le début de l’année – car un braquage « ça se passe très vite, en moins d’une minute ». Mais cela permet des réponses musclées pouvant servir d’exemples dissuasifs, à l’instar du braquage de la bijouterie Goldfinger ou de celui commis par deux jeunes le 25 novembre, interpellés le jour même et présentés au juge le lendemain. Pour autant, la gendarmerie le conçoit : « on atteint le seuil de saturation du groupe VAMA ». Question de moyens et d’effectifs ? En moyenne depuis 5 ans, 4 vols main armée sur 10 sont élucidés.
 
Les conditions d’investigation s’améliorent
 
La gendarmerie mise également sur le renfort de la capacité d’investigation criminelle. Cela passe par la création, au sein de la Brigade de recherche, d’un laboratoire de police technique et scientifique, « qui sera inauguré dans les mois qui viennent » précise le commandant. Les équipes gagnent donc en autonomie. La vidéo surveillance est également désormais exploitée au maximum même s’il est à déplorer que certaines caméras soient encore hors d’usage après le passage de Gonzalo. « Nous avons obtenu le déport permanent des images de vidéo protection au centre opérationnel de la Savane » : dès l’alerte, il est donc possible de tracer les malfaiteurs. Depuis quelques temps les équipes mobilisent également les techniques de géolocalisation grâce aux objets volés tels que smartphones ou tablettes.
 
Reste que contre les vols à main armée, seule la prévention permettra d’endiguer durablement ces phénomènes. Une antenne du SPIP (service pénitentiaire de probation et d’insertion) vient d’être créée à Saint-Martin et pourrait contribuer à éviter la récidive. Et lorsque l’on sait que 35% des mis en cause dans des braquages ont moins de 18 ans, il n’y a aucun doute sur la nécessité de renforcer le tissu associatif pour réinsérer ces jeunes ancrés dans la délinquance. Mais avec 126 vols à main armée cette année, Paris aura nécessairement des conclusions à tirer sur les moyens accordés à Saint-Martin pour lutter contre ce fléau.  


 
Braquage à Marigot dimanche
 
Moins de 48 heures après la conférence de presse qui se tenait vendredi en préfecture, un énimène vol à main armée était commis à Marigot. Dimanche vers 13h30, une supérette de la rue de Hollande a été braquée par un individu muni d’une arme à feu. Sous la menace, l’épicier a été contraint de remettre le fond de caisse.
 

 
L’arbre qui cache la forêt
 
Les autorités ont également souhaité mettre en lumière le bilan de la délinquance sur les 10 premiers mois de l’année afin que les vols à main armée ne constituent pas « l’arbre qui cache la forêt » selon les mots du préfet Chopin. Malgré la hausse des braquages en 2014, la délinquance est en effet « en baisse sensible à Saint-Martin, tous faits réunis » rapporte le commandant Betaille. Les VAMA représentent seulement 3% de toutes les affaires traitées par la gendarmerie. Si ces atteintes à l’intégrité physique restent une « problématique majeure » car génératrices d’un « sentiment d’insécurité », le bilan statistique global de la délinquance fait apparaître une baisse de 9% cette année, soit 285 faits ou victimes en moins par rapport à l’année dernière. Ont notamment contribué à ce bilan encourageant la baisse de la délinquance d’appropriation dite « de masse » (cambriolages, vols d’automobiles). Soit une baisse de 33 % sur les 10 premiers mois de l’année (125 victimes en moins) pour les cambriolages et une baisse de 25% (84 victimes en moins) pour les vols de véhicules.
 
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