Nous avons rencontré Philippe Thévenet, le secrétaire général de l’AHSM (association des hôteliers de Saint-Martin), afin de faire le point sur les prévisions de fréquentation des hôtels à l’aube de la haute saison. Le niveau de réservations laisse en effet présager une progression de 5 à 10% par rapport à l’année dernière.

SMW: Quelle est la tendance de réservations pour cette haute saison ?

Philippe Thévenet: La tendance semble être bonne et laisse présager la meilleure haute saison que l’on ait eue depuis des années marquées par les crises économiques et financières mondiales. On peut espérer une progression de 5 à 10 %, encore qu’il puisse y avoir des fluctuations liées à des impondérables (chikungunya, intempéries, événements géopolitiques inattendus…), ce qui rend les prévisions fines très aléatoires à cette date. Néanmoins, nous partons sur de très bonnes bases pour cette saison.

Pensez-vous que l’on puisse revenir à un niveau historique comme l’année 2007 ?

Les records sont toujours difficiles à battre, d’autant que le résultat global de 2007 était dopé par une belle saison d’été (juillet, août,) ce que nous n’avons plus depuis des années. De plus, il y avait plus de chambres à cette époque et en haute saison il est difficile de progresser très fortement car de manière générale, il y a une importante occupation et notre capacité d’accueil est limitée.

La situation semble s’améliorer, comment l’expliquez-vous ?

Il y a des mouvements de marchés que l’on ne peut pas toujours expliquer. Néanmoins, au niveau de l’hôtellerie, nous avons encore renforcé nos actions commerciales et imaginé de nouvelles stratégies de tarification, face à la demande des tours opérateurs, pour être plus performants. Nous avons pu progresser fortement sur les marchés canadiens, sud-américains et scandinaves, toujours en liaison avec les compagnies aériennes avec lesquelles nous avons développé des actions conjointes, permettant d’augmenter les vols sur certaines destinations.
De surcroît, l’économie américaine semble plus dynamique et il peut également y avoir quelques transferts de clientèle par rapport aux destinations dites à risque.

Mais les hôtels de Saint Martin vont-ils enfin gagner de l’argent ?

Malheureusement non – et en toute hypothèse pas suffisamment. En effet, nous sommes contraints par un environnement concurrentiel féroce dans la Caraïbe qui ne nous permet pas de vendre à des prix suffisants.
Ce manque de rentabilité limite nos capacités d’investissements et le développement optimisé de nos actions commerciales plus importantes. Enfin cela nous interdit de baisser les prix de basse saison qui reste notre principale problématique. Evidemment, ce manque de rentabilité n’est pas chose facile pour stabiliser ou encourager nos investisseurs.

Le marché caribéen semble repartir. Pourquoi, à votre avis, Saint-Martin n’en profite pas pleinement ?

Précisément pour cette même raison de difficultés à obtenir des résultats financiers suffisants, car même avec une bonne haute saison et compte tenu de notre environnement réglementaire, des normes contraignantes, et des coûts socio-économiques qui nous impactent, nous sommes pénalisés par rapport à nos principaux concurrents et notamment de la partie hollandaise. De telle sorte qu’avec un taux d’occupation annuel de 50%, nos voisins sont déjà rentables, alors que nous ne le sommes pas encore avec un taux de 60%.
Si l’Etat semble prendre conscience du manque de compétitivité des entreprises françaises en raison des contraintes socio-économiques, le CICE (crédit d’impôt compétitivité et emploi) qui avait été créé pour apporter une compensation à ces charges, nous est refusé alors qu’il est sur-majoré pour la Guadeloupe.
Notons aussi que les nouvelles obligations, charges, et contraintes administratives qui nous attendent en 2015 vont encore affecter nos résultats.

Quel est le poids de la suppression de la LODEOM dans le secteur de l’hôtellerie ?

Au cours de ces trois dernières années, nous avions entrepris de très gros efforts de rénovation qui d’ailleurs sont aussi une des composantes de l’amélioration de notre fréquentation. Mais ces rénovations ont été possibles grâce à ces subventions FEDER et LODEOM puisque que notre propre rentabilité n’était pas suffisante pour les réaliser seuls. A ce titre, Saint-Martin fut le plus gros utilisateur de ces subventions.
Mais comme vous le savez, cette subvention LODEOM disparaît en 2015, malgré les interventions de nos parlementaires. Alors que celle-ci est indispensable pour poursuivre nos chantiers de rénovation et d’amélioration pour rester compétitifs et surtout pour compenser nos surcoûts techniques et contraintes socio-économiques, nous devrons nous priver de ce levier indispensable.

Pensez-vous que l’on puisse encore améliorer notre indice de satisfaction ou de motivation pour faire venir ou revenir nos touristes?

En effet, le développement d’une destination est aussi lié au résultat de satisfaction de la clientèle. A cet égard, il est clair que nous devons encore progresser dans de nombreux domaines: l’animation de la partie française notamment la nuit ; bien évidemment la sécurité, qui constitue un critère primordial en général et tout particulièrement pour la clientèle américaine ; la circulation routière est également préoccupante pour permettre aux touristes de profiter pleinement de tous les atouts de l’île ; l’amélioration de la qualité des services publics notamment pour les coupures d’eau intempestives. Enfin, il est souhaitable que l’ensemble du corps social, y compris les autorités dans leurs actions du respect de la loi, tiennent compte du caractère particulier de nos touristes qui demeurent des « invités ».

Quels sont vos vœux pour l’année 2015 ?

Au préalable, je voudrais dire qu’heureusement la population est généralement très accueillante et bienveillante avec nos touristes. C’est une grande richesse qu’il convient de préserver et de développer encore. Dans une conjoncture mondiale difficile, il est essentiel que l’on puisse retrouver une hôtellerie de premier plan et profitable. C’est notre dynamique qui sera la première condition de notre succès économique. Mais il est crucial de lancer la redynamisation de Marigot pour concrétiser la volonté touristique de Saint Martin. Notre développement économique et touristique est conditionné en effet par l’attractivité générale de la destination.

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