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Jeudi dernier était examinée au tribunal les contestations autour de l’héritage d’Olivier Lange, alias Captain Oliver.

Olivier Lange, alias Captain Oliver, est décédé en 2010 à Paris. Depuis, sa veuve Magretta Shurtleff, sa nièce Axelle Lange, son neveu François Lange, sa secrétaire particulière Maiÿliss Rioust de Largentaye et son beau-frère et ami Pierre Bigiaoui se disputent les droits à l’héritage estimé à environ 20 millions de dollars. Les héritiers testamentaires se partagent les parts de la société gérante du restaurant, dont 52% pour la veuve et respectivement 24% pour le neveu et la nièce. Mais ces derniers, qui se sont constitués partie civile, estiment avoir été lésés et demandent l’annulation du testament qu’ils considèrent frauduleux. Une accusation est donc portée à l’encontre de Pierre Bigiaoui et Maiÿliss Rioust de Largentaye qui comparaissaient au tribunal correctionnel pour vol et recel de documents et usage d’un faux testament au préjudice des héritiers. L’affaire qui a déjà fait l’objet d’un premier renvoi, est plaidée par une pléthore d’avocats, dont des ténors du barreau de Paris. En première partie d’audience, les trois avocats de la partie civile demandent le renvoi de l’affaire afin de constituer de nouvelles preuves et ainsi étoffer le chef d’accusation de deux procédures pour vol d’effets personnels et menaces de mort.

Un imbroglio indescriptible

Le procureur présente l’affaire comme un « imbroglio indescriptible où chacun joue triple voire quadruple jeu… ». Et malgré le caractère d’extranéité de l’affaire, le procureur estime la bonne compétence du droit français, en concertation avec le droit hollandais qui a saisi la cour d’appel de Curaçao pour la lecture du testament. Concernant des déplacements de la société à Anguilla, le droit international ne peut juridiquement être appliqué mais a été évoqué. Le tribunal décide de poursuivre, en proposant un complément d’expertise avec l’audition de François Lange et une étude graphologique du testament. Mais, à ce jour, aucune signature originale authentique d’Olivier Lange n’a été produite au dossier. Maiÿliss Rioust de Largentaye, également exécutrice testamentaire, avait procuration de signature sur documents et chéquiers. Elle est accusée d’avoir demandé au consulat de France de Sint Marteen un certificat de vie et d’avoir établi un autre testament avec un notaire de la partie hollandaise après avoir subtilisé une ébauche de testament établie par un notaire de la partie française. Maiÿliss Rioust de Largentaye n’a officiellement aucun avantage dans la répartition de l’héritage mais est restée salariée de la société gérante du restaurant.

Accusé de vol

Les faits reprochés à Pierre Bigiaoui, pour lesquels il a été mis en garde à vue, se seraient produits quelques jours après le décès d’Olivier Lange : il s’agirait du vol d’une armoire forte ignifuge pesant environ 120 kilos et contenant des documents confidentiels. Pierre Bigiaoui dément le vol puisqu’il n’a pas transporté lui-même l’armoire. Il dit, après concertation avec Maiÿliss Rioust de Largentaye, avoir « exaucé les dernières volontés du défunt qui lui avait expressément demandé de mettre ce meuble en sécurité ». Pierre Bigiaoui affirme avoir fait déposer l’armoire à son domicile puis sur les conseils d’une amie avocate, l’avoir fait déplacer après 48 heures au domicile d’Olivier Lange. L’armoire aurait été ouverte par un huissier qui a constaté son contenu. L’avocat de Pierre Bigiaoui a également plaidé la nullité de la citation pour extranéité car la date et le lieu du délit n’ont pas pu être définis clairement, soit entre et le 26 et le 30 septembre, à Saint-Martin ou Sint Maarten. Il remet donc en question la compétence du droit français. Il prétend également que la plainte pour vol de documents aurait dû être faite par le propriétaire, en l’occurrence la société personne morale.

Une plaidoirie qui ajoute à la confusion générale du dossier. Le procureur, tout comme son prédécesseur, veut faire preuve de philosophie pour permettre à chacun de s’expliquer et lever les doutes de fraude qui perdurent depuis 4 ans. La relaxe serait donc la meilleure réponse aux multiples accusations sans fondement ni réelle solution, compte tenu des limites de l’intervention du droit français. Le partage de l’héritage ne serait donc pas de la compétence du parquet. « On ne peut pas faire parler les morts » ironise le procureur devant la bataille, par avocats interposés, des proches du défunt. Une histoire facétieuse truffée de rebondissements, à l’image d’un Olivier Lange dont la personnalité fantaisiste provoquait toujours une grande sympathie. D’ailleurs, ses derniers mots concernant son héritage auront été à son image: « Je me fous de ce qui peut se passer après ma mort ! ». Le jugement a été mis en délibéré au 22 janvier prochain.

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