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Ce vendredi 12 décembre, des élèves du lycée étaient invités à échanger avec des gendarmes de la brigade motorisée (BMO) au cours d’une opération de sensibilisation à la sécurité routière. Les élèves ont pu échanger avec Jean-Chris, un jeune homme rescapé d’un accident de scooter en octobre dernier.

Il est souvent important de faire une piqûre de rappel en faisant de la prévention », a déclaré l’adjudant-chef Christophe Barre, qui commande la brigade motorisée de la gendarmerie de Saint-Martin. « Est-ce que certains d’entre vous ont un scooter ? », a-t-il demandé aux élèves présents. Aucun d’eux ne semblait en posséder, le gendarme a donc poursuivi en leur rappelant en quoi consiste une conduite à risque (sans casque, roue arrière, etc.). « Pour nous, chaque fois qu’il y a un décès sur la route, nous sommes impactés car c’est qu’on n’arrive pas à sensibiliser tout le monde. Sept décès depuis le début de l’année pour nous, c’est trop. On ne devrait pas voir ça sur un territoire de 40 000 habitants », a-t-il poursuivi. Pendant toute la durée des échanges, qui ont duré une heure, l’adjudant-chef et son collègue le gendarme Dominique Deville n’ont eu de cesse de répéter aux lycéens à quel point le port du casque était « primordial ». « J’ai vu des jeunes filles défigurées », a-t-il déclaré. Ils ont également mis l’accent sur le fait qu’un accident est imprévisible et peut survenir à n’importe quel moment, même sur de courtes distances. « Voilà quatre ans et demi que je suis à Saint-Martin et j’ai eu le temps de connaître des jeunes qui sont morts sur la route ». Pour montrer que « la route n’est pas un terrain de jeu », les gendarmes ont diffusé une séquence où l’on voit un guidon de scooter qui finit en manette de jeu vidéo. Et de souligner l’état des infrastructures routières de Saint-Martin (routes en travaux, nombreux nids-de-poule, etc.) qui ne facilite pas la conduite. Tous ces facteurs ont entraîné la multiplication des actions de prévention, notamment à destination des plus jeunes. C’est donc à l’initiative du préfet délégué Philippe Chopin que cette opération de sensibilisation a vu le jour. Une opération « assez spéciale » selon Emmanuel Effantin, directeur de cabinet du préfet, parce que les organisateurs de l’opération ont fait appel à jean-Chris pour qu’il raconte son expérience aux lycéens.

Un témoignage choc

Le mardi 7 octobre en fin d’après-midi, un accident de la route a eu lieu entre le rond-point d’Agrément et la station-service Artsen. Alors qu’une femme descendait d’un bus, un deux-roues l’a percutée. Lors de l’arrivée des secours, les deux personnes étaient conscientes, mais l’état du conducteur du deux-roues, souffrant d’une double fracture crânienne, s’est rapidement dégradé. Dans la nuit, il a dû être transporté en Guadeloupe, son pronostic vital étant engagé. Le conducteur de ce deux-roues, c’est Jean-Chris, qui a doublé le bus alors qu’il n’avait pas de visibilité et qui, en plus, ne portait qu’un casque « bol ». « J’ai eu une chance exceptionnelle », a raconté le jeune homme aux lycéens, avant de leur montrer ses cicatrices à la tête, qu’il cache avec un chapeau, et les radios de sa boîte crânienne très abimée par l’accident (trois trous sont visibles sur les radios). Mais Jean-Chris a expliqué aux élèves qu’il a toujours des douleurs et qu’« au moindre choc », il peut « repartir à l’hôpital ». « J’ai été contrôlé deux fois sans casque par les gendarmes de la BMO. La première fois, ils m’ont laissé ma chance, mais ils m’ont verbalisé la deuxième fois. Puis j’ai eu mon accident. Ce jour-là, je ne portais qu’un bol. J’aurais dû porter un casque intégral, j’aurais été mieux protégé », a-t-il ajouté. « En deux-roues, votre casque, c’est votre seule carrosserie », a rappelé le gendarme Deville.

« Inadmissible qu’un adulte roule sans casque »

Si les gendarmes de la BMO sont plus tolérants sur la route avec les jeunes, ils le sont peut-être moins avec les adultes. L’adjudant-chef Barre a notamment déclaré : « Je trouve inadmissible qu’un adulte roule sans casque. Je n’ai aucune tolérance pour ces adultes car c’est à eux de montrer l’exemple aux plus jeunes ». Mais les gendarmes comptent aussi sur les plus jeunes pour « servir de relais ». « On ne va peut-être pas toucher toute la classe, mais certains vont relayer. Et peut-être qu’aujourd’hui, nous sommes en train de sauver une vie car vous aurez transmis l’information », a-t-il précisé.

Après ces échanges avec des jeunes assez impressionnés par le récit et la cicatrice de Jean-Chris, les gendarmes ont insisté sur le fait qu’ils sont « ouverts au dialogue », ne veulent pas « rompre le dialogue », mais au contraire l’accentuer. « Nous sommes là pour aller tous ensemble vers l’accident zéro », ont-ils conclu. Après cette opération, plusieurs lycéens ont quitté l’établissement en scooter… et sans casque.


 

Des silhouettes sur les lieux des accidents mortels

La préfecture l’avait déjà annoncé et le projet est en passe de voir le jour. Des silhouettes noires teintées de rouge, symbolisant un accident mortel, seront placées sur les lieux des six accidents mortels qui ont eu lieu depuis le début de l’année « pour matérialiser le nombre de tués sur les routes de Saint-Martin », explique le gendarme Dominique Deville. La première silhouette sera installée devant le collège de Quartier d’Orléans ce lundi 15 décembre, où un jeune homme en scooter s’était tué il y a quelques mois.


 

Moins d’accidents, mais plus de morts en 2014

L’année 2014 a été particulièrement meurtrière sur les routes de Saint-Martin puisque sept personnes y ont trouvé la mort (six officiellement, mais une septième personne est décédée plus de trente jours après son accident, ce qui n’entre pas dans les statistiques), contre trois en 2013. Ces sept tués roulaient tous en deux-roues lors de leur accident. Des chiffres particulièrement élevés quand on sait qu’il y a eu moins d’accidents en 2014 (30) qu’en 2013 (39). Les causes des accidents mortels ne sont pas très nombreuses : vitesse dans 60 % des cas, dépassement dans 30 % des cas et absence ou faible vigilance dans 10 % des cas. Par ailleurs, l’alcool est présent dans 20 % des accidents mortels et 14 % des accidents. Pour les gendarmes de la BMO, le fait que les accidents mortels n’aient tué que des usagers de deux-roues cette année est « suffisamment significatif pour avoir conscience » de ce fléau.

 

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