Temps de lecture estimé : 4 minutes

Au lendemain du terrible attentat perpétré au siège de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, François Hollande a décrété trois jours de deuil national. A Saint-Martin, l’émotion est toute aussi palpable. Car outre un carnage d’une rare violence, c’est le socle même de notre démocratie qui verse son sang.

 

 

 

«Ils étaient ma jeunesse, j’ai grandi avec eux, ils ont tué ma jeunesse ! ». Une lectrice en larmes déboulait hier matin dans les locaux de notre rédaction. Dans son bouleversement manifeste, elle ne savait sans doute pas encore qu’elle allait symboliser sous nos yeux de journalistes saint-martinois cette France écrasée par l’émotion et qui se dresse aujourd’hui pour dire non à l’ignominie. « Ferez-vous quelque chose dans votre journal ? » implorait cette lectrice, bien consciente que c’est un peu comme si l’on demandait à un accidenté qui vient de se couper les jambes d’expliquer pourquoi il roulait dans ce sens et plus particulièrement sur cette route.  
C’est qu’elle savait aussi qu’à des milliers de kilomètres de la métropole, l’information que nous traitons sur ce territoire microscopique joue systématiquement la carte de la proximité locale. Et notre proximité à nous, elle est faite de braquages, d’une TGCA à 4% et d’une saison touristique plus ou moins haute.
Mais ce mercredi, toutes les rédactions de France et probablement du monde, des grands reporters aux localiers, ont probablement eu à traiter l’un des sujets les plus poignants de leur carrière. Le théâtre sur lequel nous avons été projetés nous a fait basculer dans une émotion que nous tentons habituellement de contenir pour conserver la plus grande objectivité. Une émotion qui nous a permis de constater à quel point la cohésion nationale palpable en métropole, était aussi forte à Saint-Martin. Pendant que les microsphères de nos réseaux sociaux fleurissaient de profils amis affichant un funeste « Je suis Charlie », les réactions affluaient en cascade sur la boîte e-mail du journal, rapidement surchargée. Chaque coup de fil était empreint de gravité, vous savez, ce ton, qui semble dire qu’aujourd’hui parler à un journaliste, c’est un peu lui présenter ses condoléances.

En solidarité avec nos confrères de Charlie Hebdo,  les deux policiers sauvagement abattus et les autres victimes ; pour brandir le flambeau de la liberté de la presse et s’inscrire dans ce lever de stylo national qui fait vibrer toutes les places de France depuis mercredi ; pour rappeler que ce combat est celui du quotidien dans une profession reconnue comme étant l’une des plus risquées ; pour affirmer et assumer qu’ici aussi, à Saint-Martin, les journalistes ne sont parfois pas exempts de pressions (politiques, commerciales et j’en passe…), d’agressions verbales et autres réactions « à chaud » qui condamnent le débat et ferment la réflexion ; et pour condamner cette barbarie qui a décimé 12 personnes, détruit bien plus de familles et afflige aujourd’hui tout un pays… le St Martin’s Week est, et restera, Charlie Hebdo.


 

Saint-Martin dans la rue

Jeudi soir à 18 heures, des centaines de personnes se sont rassemblées sur la marina Fort Louis à Marigot. Souvent vêtues de noir et arborant pancartes et t-shirts « Je suis Charlie », elles ont inauguré la mobilisation en brandissant un crayon, symbole de l’hommage aux victimes de l’attentat. De nombreuses personnalités étaient présentes : le député Daniel Gibbs, le sénateur Guillaume Arnell, le vice-président Wendel Cocks. « L’organisation de ce rassemblement a été automatique. Jérémy Manella et moi avons discuté tous les deux mercredi, et voyant ce qui se passait ailleurs, on s’est dit qu’on ne pouvait pas rester en dehors de tout ça. Nous avons donc lancé l’idée d’un rassemblement sur Facebook », explique Laurent Fuentes, co-organisateur de l’événement. Mais très vite, ils ont réalisé que l’ampleur de la mobilisation. Et le résultat a dépassé les espérances puisque les organisateurs ont estimé le nombre de participants à environ 500 personnes, alors qu’ils tablaient au départ sur une cinquantaine de personnes. « C’est un hommage qu’on rend, nous gens de presse, à nos confrères de Charlie Hebdo. C’est aussi un élan de solidarité à la communauté française, toutes origines et toutes convenances culturelles et sociales confondues, pour ne pas céder à la terreur, même si à Saint-Martin, nous ne sommes pas concernés tous les jours », conclut-il. La population de Saint-Martin a donc prouvé qu’elle aussi était « Charlie ».


12 victimes

Charb (Stéphane Charbonnier),
directeur de Charlie Hebdo, dessinateur
Cabu (Jean Cabut),
dessinateur chez Charlie Hebdo
Georges Wolinski,
dessinateur chez Charlie Hebdo
Tignous (Bernard Verlhac),
dessinateur chez Charlie Hebdo
Philippe Honoré,
dessinateur chez Charlie Hebdo
Bernard Maris,
économiste, chroniqueur chez Charlie Hebdo et sur
France Inter
Michel Renaud, fondateur du festival
« Rendez-vous du carnet de Voyage »
Elsa Cayat, psychanalyste,
chroniqueuse à Charlie Hebdo
Mustapha Ourrad,
correcteur pour Charlie Hebdo
Frédéric Boisseau, agent de maintenance.
Franck Brinsolaro, brigadier membre du service de la protection, en charge de la protection de Charb
Ahmed Merabet, policier

 

Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.