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Sur les 1800 exemplaires du Charlie Hebdo n° 1178 attendus pour les îles du Nord, 150 sont arrivés hier après-midi à Saint-Martin pour être livrés ce vendredi aux presses. Mais avec déjà 1200 réservations enregistrées, ceux qui sont en bas de la liste devront patienter encore un peu…

Saint-Martin n’échappe pas à l’engouement massif autour de la sortie du numéro 1178 de Charlie Hebdo. 1200 réservations ont été enregistrées depuis les 14 points de diffusion selon le distributeur local, la Messagerie Caribéenne de Presse (MCDP), qui distribue journaux et magazines aux diffuseurs des îles du Nord. 150 exemplaires sont déjà arrivés hier après-midi à Saint-Martin, pour un total de 1800 journaux prévus sur les îles du Nord. Si le premier stock est probablement déjà épuisé à l’heure où vous lisez ces lignes, d’autres Charlie vont arriver dans les jours qui viennent. « Consigne a été donnée aux détaillants de vendre un Charlie Hebdo par personne » annonce d’emblée Yves Blanchet, le directeur de MCDP. Le ton est donné car à l’instar de la métropole, où kiosques et maisons de presse ont été pris d’assaut, le premier tirage des « survivants » de Charlie Hebdo devrait s’arracher en quelques heures. Mercredi, à l’heure où le journal satirique était diffusé en métropole comme un pain chaud, les premiers lecteurs saint-martinois se pressaient pour réserver leur précieux exemplaire dans l’une des presses locales. « Depuis ce matin ça n’arrête pas ! » : Anthony, qui tient la Star Papeterie à Hope Estate, mesurait mercredi matin la frénésie qui entoure la sortie de cette édition historique. «j’ai enregistré une centaine de réservations » ajoutait t-il alors. Quant à la Maison de la Presse, elle avait déjà reçu quelque 200 réservations depuis le début de la semaine. Petit tuyau: les réservations sont impossibles dans les supermarchés…

Un peu de patience…

Mais sur l’île, il aura fallu être un peu patient. Déjà parce que la presse arrive par avion. Habituellement, les journaux destinés aux territoires des Antilles sont en effet livrés avant 10 heures à Orly, ce qui permet à MCDP, de les récupérer après atterrissage du vol Air France dans l’après-midi et de les livrer aux commerces le lendemain matin. Or ce mercredi matin, les exemplaires de Charlie Hebdo sont arrivés trop tard sur le tarmac d’Orly. Les journaux ne sont donc partis que jeudi matin et ne sont livrés que depuis ce vendredi matin. 

1800 journaux pour les Îles  du Nord

L’hebdomadaire satirique, habituellement édité à 60 000 exemplaires, a cette fois bénéficié d’un tirage exceptionnel. 5 millions de journaux sont sortis des rotatives en Essonne, mardi soir, un record pour la presse française. Et 700 000 exemplaires ont été écoulés en métropole sur la seule journée de mercredi. 10 000 exemplaires ont été réservés pour l’export sur les territoires d’Outre-mer, alors que 90 000 avaient initialement été promis aux ultramarins. Et 1800 journaux sont attendus pour Saint-Martin et Saint-Barthélemy. « L’éditeur a annoncé qu’il satisferait toutes les quantités » annonce cependant Yves Blanchet. Ceux qui n’auront pas obtenu leur exemplaire ce vendredi peuvent donc se consoler en attendant les prochains arrivages, qui vont s’échelonner entre aujourd’hui et mercredi prochain. Reste à savoir si les quantités prévues pour les Antilles pourront éventuellement bénéficier d’un petit gonflement.  

Un engouement paradoxal…

Signe de l’engouement massif qui entoure la sortie de ce Charlie, nombre de lecteurs vont découvrir un journal qu’ils n’avaient probablement jamais (ou si peu) feuilleté. Pour preuve, chez Star Papeterie, les invendus n’étaient pas rares. Ou plutôt, l’unique invendu, puisque la presse n’en recevait qu’un – la loi de l’offre et de la demande… « La plupart du temps ce journal, même vendu en exemplaire unique, ne trouvait pas preneur et il était retourné avec le stock d’invendus » s’étonne Anthony. A la Maison de la Presse, en centre-ville, on n’en recevait guère plus « 3 ou 4 chaque semaine » annonce Marie-France, qui elle gère péniblement l’explosion de la demande et les réservations qui affluent depuis trois jours. Le risque : prendre plus de réservations qu’il n’y aura de journaux disponibles. Et en espérant que les séances ne virent pas à la foire d’empoigne comme cela s’est quelquefois produit en métropole depuis mercredi. Gageons sur la responsabilité de la population pour ne pas provoquer les mêmes scènes d’hystérie collective qui ont parfois nécessité l’intervention de la police en France.

Un emballement historique pour le journal satirique devenu symbole de la liberté d’expression et de la lutte contre le terrorisme. En une semaine, le nombre d’abonnés est passé de 7000 à 120.000 quand, en novembre 2014, Charlie Hebdo lançait encore un appel aux dons pour survivre. Ils doivent bien se marrer, là-haut…


 

Hommages : entre respect et incompréhension

En métropole, des cas de dérives en milieu scolaire ont été remontés par les recteurs suite à la minute de silence organisée le 8 janvier en hommage aux victimes des actes terroristes commis contre le journal Charlie Hebdo. Selon un communiqué de l’Education nationale, quelques centaines d’incidents ont ainsi été comptabilisés dans les établissements scolaires, notamment durant la minute de silence. Une quarantaine de ces incidents ont d’ailleurs été signalés à la police et à la justice rapporte le ministère. Mais à Saint-Martin, les services académiques ne devraient pas avoir à se mobiliser. « A Saint-Martin l’hommage s’est déroulé dans un grand respect » assure le représentant du recteur Jean-Marie Jespère, ne signalant aucun retour pouvant faire état d’élève ou de parent d’élève récalcitrant.

« On sait pas qui est mort »

En revanche, certaines attitudes ont témoigné de difficultés dans l’accès à l’information. « Je ne sais pas qui est mort et puis on les connaît pas » : c’est en ces termes que se sont exprimés certains élèves d’une classe de 4ème invités à participer à la minute de silence. « Pour ces élèves il était difficile de comprendre le sens de cet hommage, ils ne se sentaient apparemment pas directement touchés par les événements » rapporte leur enseignante. Elle a également eu à déplorer, comme certains de ses collègues « quelques ricanements pendant le recueillement ». « L’un de mes élèves étaient même mort de rire ». Mais ces comportements sont heureusement restés marginaux : « à la récréation spontanément, beaucoup d’élèves ont voulu évoquer avec nous les attentats ; ces jeunes avaient déjà eu accès à l’information ».
Depuis la tuerie de Charlie Hebdo, le ministère de l’Education nationale a mis en ligne sur le site Eduscol, des outils pédagogiques pour les enseignants afin de les aider à débattre de la question avec leurs élèves. On y déniche des conseils de réflexion, des supports sur la liberté de la presse, la laïcité, les Droits de l’Homme, le pluralisme des opinions, ou encore des fiches adaptées aux cours d’histoire-géographie, anglais, allemand etc. Cela suffira t-il aux équipes enseignantes ?

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