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Raj Charbhe, président de l’association des auxiliaires financiers (bureaux de change et transferts de fonds), livre son point de vue sur la situation économique de Saint-Martin.

SMW: En 2014, le dollar était en moyenne 15% plus cher qu’aujourd’hui, en début d’année. En passant sous la barre des 1,20€ pensez-vous que cela va influencer la dynamique de notre économie ?

RC: Evidemment que cela peut jouer sur la dépense des touristes côté français car ce taux avantageux devrait relancer notre activité commerciale qui est aussi basée sur la qualité de nos produits et de nos services. Néanmoins je constate, dans notre activité de change particulièrement, une baisse de 32% des transactions par rapport à 2013 et de 70% si l’on se réfère à 2008 qui était une année record. Ce qui veut dire que chaque année, il y a une régression très importante de la circulation des fonds locaux. Certes, les achats par internet, plus nombreux, pourraient expliquer une partie de cette baisse, mais il s’agit principalement de la diminution des revenus et du pouvoir d’achat de la population et des touristes qui en est la cause. Par voie de conséquence et compte tenu de notre manque de compétitivité par rapport aux autres marchés caribéens, on ne peut que constater la fermeture de certains établissements.

Vous avez tenu une agence de voyages dans les années 2000 et vous restez toujours attentif à ce marché. Quelle est votre vision sur le tourisme justement ?

Si l’on tient compte du rapport du FMI, la destination des Caraïbes reste chère par rapport aux autres destinations soleil. Mais force est de constater que nous assistons à une augmentation de la fréquentation, sur la partie hollandaise, et notamment cette saison grâce à sa politique de développement de stations hôtelières et aussi à sa liberté de pouvoir exploiter le Timeshare.
Car pour rester compétitif, il convient de baisser les coûts, particulièrement ceux des charges sur le travail qui peuvent engendrer des situations illégales. Pour laisser le commerce vivant il faut absolument baisser ces charges désavantageuses afin de rester opérationnel face à la concurrence de nos voisins. En résumé, même avec une amélioration de la fréquentation touristique et en tenant compte d’un pouvoir d’achat plus faible, il demeure très difficile d’équilibrer nos comptes d’exploitation.

Vous êtes dans le commerce depuis plus de 25 ans à Saint Martin. Quels seraient vos préconisations pour l’avenir?

Après le boom de la défiscalisation dans les années 90, la situation du bâtiment s’est dégradée. La sortie des biens défiscalisés n’a pas profité réellement au secteur de l’hôtellerie et aujourd’hui cette défisc est abandonnée. Depuis 2005 la situation est devenue insupportable pour le BTP, et le commerce de proximité est en berne comme vous pouvez le constater à Marigot dans les rues Général de Gaulle, Liberté ou Kennedy. Aujourd’hui, une activité qui ferme est synonyme d’échec et cela n’apparaît pas forcément dans les statistiques du registre du commerce qui n’est pas forcément réactualisé auprès des administrations. Il en va de même pour les nouvelles activités qui ne réussissent pas toujours. De surcroît, nul n’ignore que la partie française, notamment sur Marigot, a perdu de son attractivité nocturne alors que cela pourrait se réactiver avec un peu de volonté, de sécurité et de logique.
Je reste optimiste pour l’avenir car nous avons une culture anglo-saxonne et multiculturelle qui nous permet d’élargir nos horizons. Dans le domaine de l’éducation, avec 800 jeunes qui sortent de l’école tous les ans, certains n’hésitent pas à s’expatrier dans d’autres régions anglophones et il faut garder un regard attentif pour conserver nos bons éléments.

Voyez-vous d’autres pistes de développement ?

Nous sommes à un niveau très basique dans les domaines de la pêche, de l’agriculture et de l’éco-tourisme. Il faut déployer une énergie collective locale et nationale dans nos potentiels, comme cela a pu être fait en matière de logements. Et je voudrais dire que nous n’avons pas bénéficié des avantages d’une nouvelle fiscalité avec la COM depuis 2007. En effet, nous continuons à subir de nouvelles taxes et des obligations administratives qui auraient dû être simplifiées pour inciter les entreprises à venir s’installer ou investir à Saint-Martin.

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