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65 bateaux de plaisance ont été jetés à la côte par le cyclone Gonzalo, le 13 octobre 2014. Où en sommes-nous aujourd’hui?

Au lendemain du cyclone Gonzalo, la population ouvrait des yeux effarés sur les 65 épaves vautrées sur les plages ou encastrées sur les côtes rocheuses de l’île. Une catastrophe pour les propriétaires de ces bateaux et un gros souci pour la Collectivité, l’État et les professionnels du tourisme, qui voyaient mal comment tous ces bateaux allaient pouvoir disparaître du paysage avant la saison
touristique.

Deux tiers des épaves rapidement enlevées

« Finalement, on s’en sort plutôt bien, » commente Patrick Lossec, chef de l’unité territoriale de Saint-Martin et Saint-Barthélemy à la Direction de la mer de la Guadeloupe, qui s’y connaît en traitement des épaves et à laquelle la Collectivité a confié le dossier. Dans les jours qui ont suivi le cyclone, un tiers environ des propriétaires voulant rapidement récupérer leur navire ont réagi avec bon sens, soit en faisant remettre leur bateau à l’eau s’il pouvait flotter, soit en le tirant à terre dans un chantier pour qu’il soit réparé. Un second tiers, moins rapide et souvent sans assurance, a dû attendre que les chantiers pleins à craquer se libèrent pendant qu’ils cherchaient la solution la moins onéreuse pour remettre leur bateau en état de naviguer.

Des épaves traitées au cas par cas

Le dernier tiers, sans grands moyens financiers, a posé plus de problèmes, résolus au cas par cas pour la plupart. Ainsi, le catamaran allemand « Catorion », non assuré, porté  et brisé par la houle sur la digue en face du cimetière de Marigot a été « déconstruit » sur place de façon très méthodique et finalement cassé par une pelle mécanique grâce à un réseau de solidarité comme il en existe encore parmi les gens de mer. La grande barge bleue « Hirunda », échouée sur un platier rocheux à l’extrémité de la plage de Sandy Ground, a finalement pu retourner à l’eau la semaine dernière, après 80 jours de travail occupés à poser des plaques de métal, des poutres et des vérins pour arriver à dégager l’énorme coque de ce navire qui faisait la navette entre Saint-Martin et Saint-Barth et a besoin maintenant d’un important travail de chantier. D’autres bateaux, comme le monocoque « Passetoutgrain », en face de l’immeuble du Pirate, ou le « Tom Pouce », coincé entre la dune et la grande barge à Sandy Ground, ont été rachetés par des personnes s’engageant à prendre le bateau en charge, parfois pour un euro symbolique, faute de moyens de leurs propriétaires. L’affaire s’est d’ailleurs mal terminée pour le « Tom Pouce », qui a coulé quelques minutes après sa remise à l’eau. Mais le repreneur s’est engagé à résoudre le problème de cette épave, quelle que soient les conditions rencontrées… Le grand catamaran Winner Touch, en morceaux sur la plage de l’Anse Marcel, a rencontré des problèmes d’accès et de transport pour son évacuation vers l’écosite de Grandes Cayes, mais M. Lossec est optimiste quant à une solution rapide pour cette épave.

Manque de bonne volonté chez les propriétaires

Malheureusement, quelques bateaux sont toujours là où ils ne devraient pas se trouver, le plus visible étant le catamaran « Califa » échoué sur la plage devant l’immeuble du Pirate, à deux pas de l’Office du tourisme. « Nous avons relancé le propriétaire, l’avons mis en demeure d’évacuer son bateau et s’il n’obtempère pas nous serons amenés à suggérer à la Collectivité de le verbaliser pour occupation illicite du domaine public maritime. Un procès-verbal qui peut déboucher sur des poursuites pénales, une amende et des astreintes à payer pour chaque jour qui passe, » précise Patrick Lossec. La Collectivité, qui bénéficie depuis 2007 de la compétence sur le domaine public maritime, pourrait par le biais de l’Établissement portuaire procéder à l’enlèvement de l’épave, aux frais de son propriétaire. Dans la Réserve naturelle, trois bateaux sont toujours échoués, dont un voilier d’une quarantaine de pieds sur l’îlot de Petite Clé, apparemment sans assurance. Le propriétaire s’est engagé à respecter le délai imparti par la Réserve et doit libérer la place avant le 31 janvier prochain. Deux autres voiliers, l’un sur la côte près de Grandes Cayes et l’autre dans la passe de Pinel, posent problème. Les propriétaires ayant effacé toute possibilité d’identifier leur bateau, la Réserve a lancé une enquête pour les retrouver.


 

Au moins 25 épaves dans le lagon de Simpson Bay

La question des épaves abandonnées n’est pas nouvelle pour Métimer, l’association des professionnels de la mer, qui sensibilise les autorités depuis plusieurs années à ce sujet. Un dossier illustré réalisé avec la SNSM et montrant la présence d’au moins 25 épaves dans le lagon de Simpson Bay, dont certaines datent du passage du cyclone Luis, en 1995, a même été remis à la préfecture, à la Collectivité et à la Direction de la mer en 2012, avec une proposition d’en débarrasser le lagon et de transformer certaines de ces épaves en sites de plongée, comme cela s’est fait ailleurs. Une procédure destinée à identifier les propriétaires de ces épaves a été lancée à la suite de ce dossier et s’est soldée par un échec, ce qui autorise leur enlèvement et leur traitement par qui de droit. Mais les responsabilités se croisent en cette matière, entre l’État et la Collectivité, et il apparaît que le traitement des épaves n’est une priorité pour personne. Pourtant, « elles représentent un danger pour la navigation, dans la mesure où elles ne sont pas signalées, et constituent une pollution chimique et visuelle dans ce lagon dont les rives sont fortement habitées, » ajoute Bulent Gulay, président de l’association.

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