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Cinq personnes comparaissaient ce jeudi matin devant le tribunal de Saint-Martin pour vol et recel. Des faits commis le 13 octobre dernier, lors du passage du cyclone Gonzalo.

Pour rappel, le lundi 13 octobre 2014 aux environs de 17h et alors que les populations de l’ile étaient tenues de rester confinées en raison du passage du cyclone Gonzalo, un groupe d’individus a profité de la situation et de la désertion des rues pour piller une boutique du centre commercial Howell Center. Selon la gendarmerie, ces individus, après avoir pénétré dans le magasin en procédant à plusieurs effractions, ont dévasté les lieux et vidé le commerce en emportant de très nombreux articles pour un préjudice dépassant les 20 000 euros. Ils ont également tenté de commettre un vol au préjudice d’un entrepôt, mais ont été mis en fuite par un vigile et son chien. C’est au terme d’un long travail d’enquête et grâce à l’exploitation d’images de vidéo-protection que les gendarmes sont parvenus à identifier et localiser la plupart des auteurs des faits. Cinq individus, résidents des quartiers jouxtant le centre commercial, ont été interpellés le lundi 12 janvier. Dans le même temps, un sixième individu identifié a été interpellé en France métropolitaine. Ils étaient donc cinq à comparaître devant le tribunal de Saint-Martin ce jeudi, trois hommes pour vol aggravé et tentative de vol et deux femmes pour recel de marchandise volée.

Le chef de gang et ses sbires

Pendant le passage du cyclone Gonzalo, le gérant du magasin de Howell Center a reçu un appel d’un voisin lui indiquant que plusieurs personnes étaient en train de « vider » son magasin. Le lendemain, le gérant s’est rendu sur les lieux du vol et n’a pu que constater le préjudice matériel important : le rideau avait été forcé, une vitre cassée et l’espace de vente saccagé. Mais c’était sans compter le système de vidéo-surveillance qui a permis aux gendarmes de constater que des individus étaient en « repérage » avant les faits, puis sont sortis du commerce un peu plus tard avec des paquets sous les bras. « Les photos n’étaient pas forcément très bonnes, mais l’on y voit des tenues et des caractéristiques distinctives. Par ailleurs, les informations obtenues dans le quartier ont permis l’identification de la plupart des auteurs du vol », a indiqué le juge Gérard Egron-Reverseau. C’est ainsi qu’un membre du « Rich Gang » de Hameau du Pont a pu être identifié : M.B, un jeune SDF de 27 ans. Ce dernier se disait même « chef de gang » et « a presque revendiqué les faits », a poursuivi le juge. « Jugez-nous, on est là », a rétorqué M.B., perdant patience. « Mais ici, vous n’êtes ni à Howell Center, ni devant la boutique, vous êtes devant le tribunal », a répondu Gérard Egron-Reverseau. Les autres prévenus restaient silencieux aux côtés de M.B. L’un d’eux, A.R., a toutefois déclaré que le « chef de gang » l’avait forcé à transporter un pied de biche pour entrer dans la boutique par effraction. « J’ai accepté sous la menace. Je suis bête », a-t-il poursuivi. Un autre a indiqué qu’il avait transporté les marchandises volées à la demande de M.B. « C’est quelque chose de stupide, c’est une erreur, mais c’est la première fois », a-t-il ajouté. Quant au délit de recel, M.B. a déclaré au juge en désignant la prévenue E.R : « J’ai tout volé et j’ai tout mis chez cette fille, là, au milieu. Chaque fois que je vole quelque chose, je l’amène chez elle ». Cette dernière a précisé qu’elle n’avait rien à voir dans l’histoire même si elle était au courant du vol et l’autre, V.C., a indiqué qu’elle ne savait même pas que les suspects, l’un d’eux étant son petit ami, avaient laissé de la marchandise volée chez elle.

« L’emprise » de M.B.

« Alors que d’honnêtes gens étaient chez eux et se préparaient à l’arrivée de Gonzalo, l’équipe du “Rich Gang” s’enrichissait au détriment des autres », a déclaré l’avocat de la partie civile. Et selon lui, les prévenus sont « tous complices et tous coupables » car, a-t-il ajouté, le lendemain du vol, l’une des jeunes femmes « frimait sur Facebook avec des photos de vêtements volés ». « Ces personnes sont sous l’emprise de M.B. qui revendique et assume sa qualité de chef de gang et a organisé le pillage de la boutique en une trentaine de minutes. Le placer en détention pour permettre que cette emprise s’arrête et que les autres prévenus retrouvent leur libre arbitre me semble être une bonne chose », a poursuivi le procureur. Il a toutefois requis une peine de 6 mois de prison assortie de travaux d’intérêt général d’un maximum de 210 heures et d’une obligation d’indemniser la victime. A l’encontre de M.B., il a requis une peine de 4 ans de prison ferme. L’avocate des prévenus, qui ne défendait pas M.B., a évoqué la « primo-délinquance » de ses clients et a demandé « la clémence et l’indulgence ».

A l’issue du délibéré, A.R. a été relaxé des faits qui lui étaient reprochés. E.R., V.C. et son petit ami, reconnus « co-auteurs du vol », ont été condamnés à 6 mois de prison avec sursis. Enfin, M.B., récidiviste et comparaissant ce jeudi pour d’autres affaires, a été condamné pour ces faits à deux ans de prison ferme, mandat de dépôt et 500 euros d’amende.  


Deux autres faits jugés

Outre les faits de vol et tentative de vol qui lui étaient reprochés, M.B. comparaissait aussi pour le cambriolage du supermarché Discount Center, des faits commis dans la nuit du 25 au 26 octobre 2012. Avec un complice, il avait dérobé des centaines de bouteilles d’alcool, des cartouches de cigarettes, le coffre-fort du magasin et un ordinateur. Ce qui lui a coûté, en plus des deux ans déjà requis pour les faits du 13 octobre 2014, un an de prison ferme. Par ailleurs, il comparaissait pour des menaces de mort proférées à l’encontre de E.R., l’une des « co-auteurs » du vol du 13 octobre 2014. « Vous allez tous plonger avec moi » et « tu vas être la première à mourir », lui avait-il notamment déclaré. Il aurait aussi pointé un fusil sur elle. Pour ces faits, il a été condamné à 6 mois de prison ferme. Soit une peine de 3 ans et demi au total.


Brèves de prétoire

Une mineure victime de maltraitance

La mère de 3 enfants comparaissait le 22 janvier pour avoir violenté sa plus grande fille en guise de punition. L’affaire, qui avait déjà été renvoyée à plusieurs reprises, est également traitée par le Juge des Enfants qui avait ordonné une enquête sociale. Les parents sont séparés et les trois enfants étaient à la charge de leur mère. Le père représentant la petite victime s’était porté partie civile et l’avait récupérée. Présent lors de l’audience, mais non assisté, il informe avoir dit à son avocat « de laisser tomber » et qu’il ne souhaitait plus poursuivre la procédure. Depuis, la famille s’est reconstituée et la mère a de nouveau les trois enfants à charge. Le tribunal ne peut renoncer et l’affaire doit suivre son cours pour accusation de mineure victime de violence par ascendant. Un administrateur ad hoc sera désigné pour représenter l’enfant.  

Une escroquerie dans une affaire de défiscalisation

A.G. originaire d’Anguilla, de nationalité française et installé à Saint-Martin comme commerçant depuis des années était à la barre le 22 janvier pour escroquerie et abus de confiance. La victime désignée, absente à l’audience, est une EURL avec laquelle A.G. a signé le 26 septembre 2006 un contrat de prêt de cinq véhicules destinés à la location longue durée. L’EURL en tant que transitaire montait des dossiers dans le cadre de la loi Girardin prônant la défiscalisation. La SARL s’est s’acquittée de traites mensuelles que l’EURL dit ne pas avoir perçu. L’affaire a été jugée le 13 juillet 2011 par le Tribunal de Commerce de Basse-Terre condamnant A.G. à payer 31 500 euros de traites en retard. A.G. a du faire un prêt bancaire pour régler la somme réclamée et pensait en avoir fini avec ce mauvais épisode. Mais en 2013, suite à un contrôle routier, une nouvelle plainte apparait accusant A.G. de non restitution de véhicules et usage de faux pour la signature du contrat initial. L’avocat de la défense réclame l’irrecevabilité de l’affaire déjà jugée en civil et apporte des preuves de la bonne foi de son client. Le procureur confirme les raisons de la procédure pénale et cite le protocole transactionnel entre l’avocat et le parquet mis en place après plusieurs renvois de l’affaire. A.G. encore surpris des chefs d’accusation, pense avoir été trompé par un intermédiaire en lequel il avait toute confiance. Son avocat plaide en ce sens et au vu de toutes les preuves fournies demande la relaxe. Après délibéré, le tribunal décide de la relaxe effective. A.G. a acheté quatre des véhicules. Le 5ème a été saisi par la gendarmerie.

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