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La conférence-débat qui se tenait vendredi dernier était l’occasion de sensibiliser les parents sur le sujet des grossesses précoces. L’année dernière, 36 adolescentes de moins de 19 ans ont accouché au centre hospitalier.

Qu’elles donnent lieu à une IVG ou à une naissance, les grossesses des adolescentes restent un sujet préoccupant révélant les failles éducatives et sanitaires de la société, même si en France, les taux sont bien moins élevés qu’en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis. Vendredi dernier, parents, responsables associatifs et médicaux étaient invités à la Maison des Entreprises pour débattre sur le thème des grossesses précoces à la lumière des chiffres dévoilés par les professionnels de Saint-Martin qui côtoient ces jeunes filles et les accompagnent. Comment se passe une grossesse chez une adolescente dont le corps est en train de se former ? Quelles conclusions tirer de ce phénomène quant à l’éducation sexuelle dans les familles et à l’école ? Comment sensibiliser les jeunes hommes ? Autant de questions, et bien d’autres, qui ont été soulevées vendredi dernier pour cette première conférence publique sur le sujet, organisée à l’initiative de l’association Sida / Liaisons Dangereuses. « Recouper enfin les chiffres permet d’initier une véritable étude et d’aller plus loin, en recherchant d’autres paramètres pour améliorer la prévention » indique Carole Bocquet, cadre sage-femme à l’hôpital et vice-présidente de l’association Maternité Active.

36 maternités précoces en 2014

Avec 36 accouchements chez des jeunes filles de moins de 19 ans comptabilisés au centre hospitalier en 2014, 33 en 2013 et 45 en 2012, Saint-Martin est confronté de plein fouet à ce phénomène. « La plupart sont primipares et la moyenne d’âge est de 17 ans » précise Carole Bocquet. Sur ces trois dernières années, 4,68% du total des accouchements sont des maternités précoces. Mais le sujet implique également les grossesses qui ne sont pas menées à terme. Le taux d’IVG chez les jeunes filles de moins de 19 ans reste cependant difficile à déterminer, car certaines adolescentes font une IVG au centre hospitalier, d’autres consultent le médecin de ville ou un dispensaire. Marlène Thomas, sage-femme, accompagne certaines jeunes filles dans les Maisons de Solidarité et Familles (Sandy Ground, Concordia et Quartier d’Orléans). Ses chiffres peuvent eux confirmer l’ampleur du phénomène : « en 2014, 93 adolescentes ont consulté et parmi elles, 25 avaient déjà été enceintes une fois, 6 deux fois, et 3 avaient déjà connu un troisième geste » analyse t-elle. Sur ces 93 jeunes filles, qui ne s’étaient donc pas protégées, 20 ont présenté un test de grossesse positif. 5 d’entre elles ont fait une demande d’IVG et 15 ont gardé le bébé.

Un public fragile

Une permanence assurée par une psychologue aux Maisons de Solidarités et Familles a été mise en place. « Malheureusement, elle est peu sollicitée par les jeunes filles » déplore Marlène Thomas, qui assure également un suivi post natal : « cela permet de déceler d’éventuelles difficultés et le cas échéant, d’orienter la jeune fille en maternologie au CMP ». A la dimension psychologique de la maternité, s’ajoute celle, sociale, qui place les mères adolescentes dans une plus grande fragilité : « 9 d’entre elles ne sont pas retournées à l’école après leur accouchement ». D’autant que plus la grossesse est précoce, plus il y a de risques que la jeune mère réitère : «  on rencontre parfois des jeunes femmes de 22 ans qui ont 3, voire déjà 4 enfants ». Sans qualification leur permettant de s’insérer dans le monde du travail, face au chômage, les mères adolescentes sont d’autant plus exposées à la précarité. Mais les grossesses précoces posent également la question de la prévention. Car prendre le risque de rapports sexuels non protégés s’est aussi s’exposer aux MST. Des maladies qu’elles peuvent transmettre également au bébé.  
Pour les professionnels présents vendredi dernier, une chose est certaine : ces mères adolescentes posent une véritable question de santé publique.


Regard de sociologue

Raymond Otto, socio-anthropologue, invitait vendredi dernier l’assistance à s’interroger sur ce que représente la grossesse adolescente au sein de la société. Rompu aux interventions en milieu scolaire et aux discussions avec les jeunes, le spécialiste a offert plusieurs pistes de réflexion pouvant interpeller les parents venus en nombre s’intéresser au sujet. « La sexualité des ados est un apprentissage que notre société ne veut pas traiter » analyse t-il. Le rapport au corps, l’éducation d’un enfant  à la sexualité dans le noyau familial, le différentiel éducatif fait entre garçons et filles, la place du père, l’accès des jeunes à la pornographie… Selon Raymond Otto « il n’y a pas d’âge pour débuter une éducation à la sexualité » puisque traiter de ce sujet c’est aborder « le rapport au corps dans sa globalité ». De quoi interpeller l’assistance sur les tabous qui persistent dans notre société, à une époque où «les filles connaissent des IVG de plus en plus tôt».

 

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