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20 ans après la création du port de Galisbay, la troisième phase d’extension visant à doper sa compétitivité est entrée dans sa phase active fin janvier. Cet ambitieux projet devrait durer deux ans.

Vingt ans après le démarrage de ses activité en 1995, le port de Galisbay ouvre un nouveau chapitre de son développement. Une année anniversaire qui est aussi« l’année charnière de la maturation du port » selon son directeur Albéric Ellis. La troisième phase d’extension du port de commerce vient en effet d’entrer pleinement dans sa phase active. Cet ambitieux projet, qui nécessitera le concours des fonds européens, vise à développer l’activité du port de commerce, trop fortement concurrencée par les infrastructures portuaires plus compétitives de Sint Maarten, et à tirer parti de l’élargissement du canal de Panama, qui devrait accroître le trafic maritime dans la région d’ici deux ans. Saint-Martin entend donc se positionner sur ce potentiel. Après le lancement d’un appel d’offres international en septembre 2014, un premier marché a donc été notifié il y a 15 jours : il s’agit de la maîtrise d’œuvre pour le montage du dossier de dragage et la création d’un chenal d’accès (attribuée à Egis Ports) et de la réalisation d’une étude d’impact (attribuée à Egis Eau). « Nous espérons boucler ces travaux pour le 3ème trimestre 2015 » affirme Albéric Ellis, comptant sur le début de l’année 2016 pour passer à l’étape suivante : « le chiffrage exact aura donc été défini et nous pourrons lancer l’appel d’offres concernant les opérations de dragage proprement dites ». A noter que les études d’impact détermineront s’il est nécessaire, ou pas, de prolonger la digue actuelle de protection. « De façon très réaliste, ce projet d’extension du port peut prendre deux ans » estime Albéric Ellis.  

Un ambitieux programme

Avec le dragage, le port de commerce vise une augmentation importante du tirant d’eau, qui passerait de 6,50 mètres à 12 mètres en extrayant 1,5 millions de mètres cubes de sable. Le projet d’extension prévoit également l’extension du terre-plein actuel sur 60 000 m2 et le dragage du chenal d’accès sur une distance de 1,8 kilomètres. « Les études permettront de peaufiner tous les chiffres » nuance Albéric Ellis. Objectif de ces grands travaux: booster la capacité d’accueil du port de commerce, qui pourrait traiter chaque année plus de 200 000 EVP (Equivalent Vingt Pieds : unité de mesure de conteneur) contre 10 000 EVP actuellement. L’extension du port de commerce prévoit également l’acquisition de terrains supplémentaires pour y organiser des aires de stockage.
A noter que le port de Galisbay a déjà fait d’importants investissements l’année dernière pour maintenir sa capacité d’accueil: 1,4 millions d’euros, financés à 50% par les fonds FEDER, ont ainsi été consacrés à la réfection du terre-plein (travaux de VRD) et du quai annexe destiné au trafic inter-îles. Les travaux sur ce quai secondaire sont en cours jusqu’à fin février.

Un impact sur l’économie locale

Accueillir davantage de marchandises va donc permettre de récupérer une part de marché en équilibrant le trafic domestique avec Sint Maarten. Mais le port aura également l’envergure adéquate pour se positionner sur le transbordement : « le port le fait déjà à petite échelle, mais l’ambition c’est de nous positionner comme une véritable plateforme de distribution vers les îles voisines » précise Albéric Ellis. Le développement de l’activité portuaire devrait également consolider la vingtaine d’entreprises installées sur le port de commerce et générer de nouveaux emplois : « il va y avoir de nouveaux besoins pour la manutention mais aussi sur le plan administratif » précise le directeur, annonçant que la gestion de ce nouveau terminal sera confiée à un opérateur privé. Et il se veut confiant : « les études de faisabilité déjà menées laissent prévoir une rentabilité importante ».
De quoi booster l’économie locale pendant que la Collectivité continue de plancher sur le projet d’aménagement de la baie de Marigot qui lui se dessine sur un calendrier un peu plus lointain.


 

De bonnes perspectives en 2015

Malgré une baisse des exportations en 2014, le directeur du port dresse un bilan stable de l’activité et mise sur de bonnes perspectives en 2015, grâce notamment à la reprise de la carrière.

SMW : Comment s’est portée l’activité du port en 2014 ?

Albéric Ellis : L’activité a été relativement stable avec sensiblement les mêmes volumes qu’en 2013 soit plus un peu de 200 000 tonnes de marchandises traitées. En terme d’escales de navires de commerce, le port accuse une légère baisse de 4%, soit 1590 escales en 2013 et 1524 comptabilisées en 2014. Le profil des marchandises reste lui sensiblement le même soit essentiellement de l’alimentaire, des matériaux de construction et les produits pétroliers. Au niveau des exportations on a connu une baisse importante l’année dernière, de l’ordre de 39%. Cette baisse est imputable à la fermeture de la carrière de Hope Estate durant quelques mois (ndlr : la production avait cessé fin mai avant qu’un repreneur ne se positionne pour le rachat du site l’été dernier). Or la production de la carrière constitue une part importante du volume des exportations pour l’établissement portuaire.

Cette baisse des exportations a t-elle eu un impact sur l’activité du port ?

Non car ce que nous avons perdu en exportations a été largement compensé par les importations. Le compte administratif n’est toujours pas voté mais je peux affirmer que les recettes sont restées stables, nous devons normalement adopter un compte en excédent cette année.

Quelles sont les perspectives d’activité pour 2015 ?

Fin janvier la carrière de Hope Estate, qui a donc changé de propriétaire, nous a annoncé qu’elle relançait ses exportations et qu’elle prévoyait des niveaux importants cette année, notamment sur la Guadeloupe et d’autres destinations dans la région. Au port de commerce on devrait non seulement atteindre les mêmes niveaux de trafic qu’en 2014, mais on prévoit aussi 3 à 4 % d’augmentation de l’activité. Les perspectives sont bonnes, une petite reprise a d’ailleurs déjà été observée en janvier autant sur le volume des importations que sur celui des exportations.

Qu’attendre du nombre de passagers de croisière en 2015, compte-tenu de la baisse importante l’année dernière ?

2014 fut une année difficile car la reprise espérée n’a pas eu lieu. Nous avons traité très peu de passagers de croisière en 2014, soit 2002 passagers : entre 2013 et 2014 le port accuse ainsi une baisse de 60% sur ce secteur. L’année dernière nous avons perdu pas mal d’escales car les navires que nous accueillions les années précédentes ont opté pour des stratégie différentes : ils ont notamment souhaité être présents sur l’Amérique Latine. Mais 2015 s’annonce comme l’année de la reprise. Sur les prévisions du nombre d’escales, on enregistre déjà augmentation de 5%. Pour preuve l’année dernière on comptabilisait 12 escales, contre 20 escales déjà programmées en 2015. Nous continuons nos efforts de promotion avec l’Office de tourisme, mais certaines compagnies ont déjà décidé de repositionner leurs rotations car les destinations qu’elles avaient tenté l’année dernière n’ont pas fonctionné. Visiblement la clientèle souhaite revenir en Caraïbe, ce qui explique le retour de ces compagnies de croisière en 2015. Nous avons déjà des réservations également pour 2016.

Par ailleurs si le port de Galisbay a noté une baisse de 4% sur le trafic inter-îles entre Saint-Martin et Saint-Barth, 2014 aura été une excellente année pour le trafic Saint-Martin / Anguilla, en augmentation de 11%. Et si l’on compare les mois de janvier 2015 et janvier 2014, cette tendance se poursuit cette année. Un indicateur qui confirme un plus grand nombre de touristes de passage sur l’île, même si Anguilla a fait des efforts considérables pour attirer la clientèle. 

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