Temps de lecture estimé : 5 minutes

Le conseiller territorial indépendant Jules Charville fait suite à la mobilisation du 27 février organisée en soutien à la famille Minville (notre édition du mardi 3 mars) et explique les raisons de son indignation quant au sort réservé à cette famille de Sandy Ground suite à un arrêt de la cour d’appel de Basse-Terre.

Depuis plusieurs semaines déjà, notre territoire est secoué par une affaire où les sentiments de justice et d’injustice s’entremêlent les pieds. Une grande partie de la population saint-martinoise se mobilise pour défendre « vaille que vaille » ce qui pourrait encore lui rester comme petit bout de terre à léguer à ses enfants et petits-enfants.
Depuis qu’elle a perdu son combat sur le terrain juridique où des «titres de propriétés » ont prévalu sur une occupation de plus de  quatre générations, Mme Minville a décidé de ne pas renoncer à sa lutte de plus de 15 années contre une expulsion programmée. Contrainte de prendre acte d’une décision de justice défavorable, elle a décidé cependant de saisir l’opinion publique quand bien même cette injustice n’a pu être corrigée par la force du droit. Depuis quelques temps, Madame Minville a décidé de se battre… Elle a décidé de jeter ses dernières forces dans cette bataille qui l’oppose à la société des Hôtels Caraïbes. Elle a à ses côtés ses fils, les habitants de Sandy Ground et un grand nombre de Saint-Martinois, dont moi qui demeure fidèle à mes engagements, fidèle à mes convictions pour l’encourager et la soutenir. Et même si cela peut ressembler au combat de David contre Goliath, Mme Minville du haut de ses 82 ans, n’entend pas baisser les bras, n’entend pas abdiquer et sa détermination grandit jour après jour. N’étant pas moi-même homme de loi, je ne voudrais pas trop entrer dans l’aspect juridique de cette affaire qui pose des questions complexes et qui sont toujours en suspens, quant au vrai statut de ce que l’on appelle les 50 pas géométriques.

Mais d’évidence des questions simples se posent à moi et certainement à vous aussi : à qui appartient réellement ce terrain qui au fil des 60 dernières années passées, a été vendu et a changé de propriétaire à deux reprises ? Que vaut le titre de propriété que détient la famille Minville par sa possession quasi centenaire ? Dans le cadre d’une procédure dite « normale » qui respecterait le droit des gens, pourquoi il n’a pas été proposé en priorité à Mme Minville d’acheter le bien ? Etc., etc. Bien au contraire, des ventes se sont faites dans son dos comme si elle n’avait aucune existence et ne comptait pour rien. On ne s’est intéressé à elle que lorsqu’elle a été « invitée » purement et simplement à quitter la terre sur laquelle elle a pris naissance, sur laquelle sont nés ses enfants, la terre sur laquelle elle a bâti sa maison, la terre sur laquelle elle habite depuis plus de 80 ans. Pour de nombreux Saint-Martinoises et Saint-Martinois (de souche ou d’adoption), cela ressemble plutôt à une injustice à l’égard de cette famille. Comme beaucoup d’entre eux, et sans remettre en cause une décision de justice qui a ses raisons, je pense qu’il y a là une situation anormale qui froisse un certain sentiment de justice.
Au-delà du droit, la raison devrait conduire à trouver une solution satisfaisante entre les deux parties autre que l’expulsion. Il s’agit là d’une question de bonne volonté qui transcende toute décision de justice. Il y a toujours des ententes possibles après la discorde. L’histoire de Mme Minville n’est pas un cas d’exception, il peut se reproduire, il se reproduira. Je pense et crains que la population saint-martinoise doive faire face à un nouvel essor de difficultés, en lien notamment avec l’occupation de terrains de l’espace dit des 50 pas géométriques.
Malgré le silence inquiétant de certains médias et de certains responsables politiques locaux, cette affaire provoque bien l’indignation de la population saint-martinoise qui entend désormais se mobiliser fortement contre toutes les injustices, sous toutes ses formes. La situation actuelle de Madame Minville et celle de toutes les autres familles (plus de 800 dossiers) en attente depuis 2009, m’interpelle et appelle un regard différent des élus qui jusqu’à ce jour ne s’en préoccupent guère.  

Dans le cadre de cette nouvelle affaire qui touche de plein fouet Madame Minville et sa famille, j’entends prendre toutes mes responsabilités d’élu. En tant que Saint-Martinois et président de «True Hope for Saint-Martin » (qui a fait de la défense des intérêts de Saint-Martin et des Saint-Martinois son seul combat), j’invite le vice-président en charge de la préservation de l’environnement et du développement durable du territoire à se saisir de ces épineux dossiers qui gangrènent la vie de nombreuses familles. Aussi, je lance un appel solennel à tous les élus à se mobiliser pour la régularisation de tous les dossiers en souffrance. »

Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.