Temps de lecture estimé : 5 minutes

En 2014 à l’hôpital de Saint-Martin, on a compté 17 315 passages aux urgences, 18 575 consultations externes, 5800 patients hospitalisés, 751 naissances, 200 évacuations sanitaires en jet au départ de Juliana, un taux d’occupation des lits de 82% et 3,6 jours de durée moyenne de séjour.

Ouvert en 2004, à une époque où il répondait à un besoin criant d’amélioration des soins, l’hôpital Louis Constant Fleming cherche aujourd’hui à améliorer chaque année l’offre de santé. «Nous avons la chance dans les Îles du Nord d’avoir un hôpital avec une variété de prises en charge et des professionnels présents, formés et proches des gens,» constate Roland Toussaint, qui dirigeait auparavant l’hôpital martiniquais de La Trinité. Et qui gère à Saint-Martin une belle entreprise. Tout ceci a un prix, bien sûr, élevé, et l’objectif principal du directeur est de diminuer le déficit historique de l’établissement et de tendre à sa rentabilité. Ainsi, le déficit est passé de 1,5 M€ en 2013 à 870 000€ en 2014. Comment ? «Le budget annuel de l’hôpital s’élève à 41 M€ et nous avons chaque année 2 M€ de créances à recouvrer. Pour améliorer ce recouvrement, nous avons mis en place un mode de paiement pour les non-résidents, non-inscrits à la sécurité sociale et sans adresse en France, avec l’appui de la société Health Destination. L’identité complète et l’éventuelle assurance santé de ces personnes sont contrôlées, leur cas est suivi et nous avons réussi ainsi à récupérer 550 000€ sur 800 000€ facturés dans le passé. Cela nous a permis également de développer une coopération officielle avec les gouvernements de Saint-Eustache et de Saba et une collaboration encore informelle avec le ministère de la Santé d’Anguilla, qui a payé les dettes de 2012 et de 2013 de ses ressortissants,» expose-t-il. La question du paiement ne se pose pas de la même manière pour les Français, dans la mesure où tout Français vivant en France a droit à une couverture sociale, quelle que soit sa situation. Lorsqu’un Français sans sécurité sociale ni CMU est admis à l’hôpital, le service social de l’établissement active tout le système pour pallier la négligence de cette personne.

Mieux contrôler les dépenses

Il est également possible de faire des économies en contrôlant mieux ses dépenses. Ce que fait l’hôpital qui, par exemple, fabrique à présent son oxygène au lieu de le faire venir en bonbonnes de Guadeloupe : le matériel a été amorti en seulement deux ans et la facture est passée de 300 000 à 40 000 euros par an. Autre exemple, la mise en concurrence des fournisseurs, qui a permis de payer 280 000 € d’assurances, au lieu de 450 000 €. Le lancement de marchés publics, notamment à l’attention des transitaires qui assurent le transport de tout ce qu’achète l’hôpital hors de l’île, a participé aussi à la baisse des dépenses.

La mise en place de la chimiothérapie est envisagée

Une autre façon de bien gérer l’établissement tout en offrant un meilleur service aux patients est d’accueillir ponctuellement et régulièrement des médecins et chirurgiens du CHU de Pointe-à-Pitre dans des spécialités qui n’étaient pas présentes auparavant : neurologie, urologie, chirurgie orthopédique infantile, chirurgie viscérale infantile, ORL et neuropédiatrie. Les consultations externes se sont améliorées en terme d’organisation : un poste dédié à la prise de rendez-vous a été créé et répond de 9h à 16h au 05 90 52 26 07 / 08. La qualité du service orthopédie, spécialisé dans les membres inférieurs, est si bien reconnue que l’hôpital cherche à renforcer l’équipe avec un spécialiste des membres supérieurs. Également, la mise en place d’un service de chimiothérapie est envisagée. Un groupe travaille sur ce projet, qui éviterait de longs et coûteux déplacements aux personnes victimes d’un cancer. «Il faudra démontrer à la sécurité sociale que cela coûtera moins cher et dans de meilleures conditions de confort que de traiter les patients en Guadeloupe, signer une convention avec le service d’oncologie du CHU, mais également avoir un oncologue sur place et une salle spéciale, dotée d’une hotte à flux laminaire pour préparer les médicaments cytotoxiques», précise Roland Toussaint. Le développement de l’hôpital de jour est inscrit au programme des améliorations, avec la volonté de faire passer de 6 à 10 le nombre de lits, dont 7 pour la chirurgie. «La chirurgie ambulatoire propose une qualité de soins reconnue et nécessite un investissement moins important,» nous dit le directeur, qui envisage d’accueillir un patient le matin puis un autre l’après-midi dans le même lit à chaque fois que ce sera possible, dans une logique d’optimisation de gestion des coûts.

On reconstruit des seins après leur ablation

Saviez-vous que les victimes d’accident vasculaire cérébral peuvent maintenant être pris en charge au plus tôt à Saint-Martin, grâce à la télémédecine ? 24 heures sur 24, le malade peut passer un IRM au cabinet de radiologie des Drs Bartoli, les images sont envoyées par mode sécurisé  au service de neurologie du CHU de Pointe-à-Pitre où un spécialiste ordonne, ou non, une thrombolyse, qui sera immédiatement pratiquée à Saint-Martin, juste avant l’évacuation sanitaire de la personne vers la Guadeloupe. Saviez-vous aussi que l’on reconstruit des seins après leur ablation, ou des abdomens chez les personnes obèses ? Qui peuvent ensuite prendre rendez-vous à la consultation de diététique… En bref, l’hôpital de Saint-Martin n’a pas à rougir de la qualité de ses services, et ça se sait. «Une future maman qui attendait des triplés a absolument voulu accoucher chez nous, on a pris le risque puisqu’on ne pouvait pas la forcer à partir ailleurs, mais cela prouve bien la confiance du public,» termine M. Toussaint.

Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.