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Vendredi dernier Saint-Martin a chaleureusement accueilli le locataire de l’Elysée qui s’est offert des bains de foule dignes d’une campagne électorale et n’a pas boudé son plaisir malgré un programme serré.

Ce vendredi 8 mai, il est à peine 17 heures lorsque les premiers badauds s’amassent le long du périmètre de sécurité à Marigot. François Hollande n’est pas attendu avant 19 heures mais militants socialistes et curieux commencent à s’agglutiner autour de l’hôtel de la Collectivité. On peut lire sur les pancartes l’accueil réservé à la visite quasi historique d’un chef de l’Etat sur nos terre : « Bienvenue monsieur le Président ». A 18h30, François Hollande est attendu à l’aéroport de Grand-Case où un comité d’accueil s’est déjà formé. Plus tôt dans la journée, il était arrivé sur le tarmac de Juliana avec près d’une heure de retard. L’attente sera t-elle plus longue que prévue ? A peine. C’est finalement vers 19h20 que les gyrophares du cortège présidentiel pénètrent dans Marigot où se déroule l’essentiel du programme. Dans le jardin de la Collectivité, la cohorte d’officiels et d’invités triés sur le volet trahissent la solennité de l’événement. Lorsque les hurlements de la foule en liesse se font entendre, on peut mesurer le soulagement de certains : la visite présidentielle à Saint-Martin ne fera pas un bide. Elle étonnera même les médias de métropole : « ambiance survoltée » décrira Le Figaro. 
« Président ! Président ! » entend-on depuis la foule, quand une marseillaise retentit spontanément. Galvanisé par cet accueil, François Hollande réitère embrassades et accolades comme à Grand-Case, avant de pénétrer dans le jardin de la Collectivité pour la commémoration du 8 mai. Sa troisième depuis le début de la journée, puisqu’il a fait de même le matin à Paris et l’après-midi à Saint-Barthélemy. La nuit est tombée, le programme accuse un retard de trente minutes, mais rien n’est expédié. Le dépôt de gerbe prend des allures presque surréalistes dans ce petit jardin peuplé des personnalités qui accompagnent François Hollande dans son périple en Caraïbe : le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone, la ministre de la Justice Christiane Taubira, la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal, la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin, la secrétaire d’Etat en charge de la francophonie Annick Girardin… L’Etat n’aura jamais été aussi représenté à Saint-Martin. Après quelques poignées de mains aux officiels, il est temps de regagner l’intérieur de la Collectivité, non sans s’offrir un nouveau bain de foule. Amassée le long des barrières, la population ne boude pas son plaisir. « Il est entouré d’un halo d’amour ça doit lui faire du bien » exulte la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin. Christiane Taubira, ovationnée, peut elle mesurer sa côte de popularité sur les terres antillaises.

Logistique, ok !

Du côté de la Collectivité, la tension est maximale. De la régie son aux écrans géants, la logistique est assurée par des prestataires locaux. Le moindre couac peut être fatal. « Il y a eu une répétition générale » nous susurre t-on à l’oreille. L’imprévu étant un sport local, il y a en effet de quoi ne pas rester tranquille. RAS, finalement. Tandis que les journalistes – dont l’impressionnante cohorte de médias métropolitains visiblement plus captivés par le déplacement historique à Cuba, point culminant de ce déplacement présidentiel – s’agglutinent dans la salle des délibérations de la Collectivité, transformée pour l’occasion en véritable salle de presse avec retour son et image, la population peut elle suivre les discours depuis l’écran géant.

Une pluie de promesses

Après une rencontre à huis clos avec les élus de la Collectivité et un tête-à-tête avec Aline Hanson, place aux allocutions officielles. La présidente de la Collectivité, qui a souhaité au locataire de l’Elysée une « chaleureuse bienvenue », n’a pas manqué d’exprimer sa reconnaissance : « nous sommes particulièrement sensibles à votre venue sur notre île, ce petit bout de France ». Aline Hanson a ensuite égrené les principales difficultés du territoire : complexité du statut, insuffisance dans le recouvrement fiscal, poids du RSA dans les finances de la Collectivité, insécurité, faible compétitivité des entreprises, jeunesse… Son discours, elle l’a conclu par quelques mots en anglais dont son fameux « We St-Martiners are proud to speak English and French ». De quoi offrir une entrée en matière à François Hollande qui s’est adressé à la population, l’humeur espiègle : « Permettez moi de m’exprimer en français. Je pourrais le faire très facilement en anglais et j’aurais plaisir à communiquer avec toutes celles et ceux qui à Saint-Martin parlent plusieurs langues… comme moi ». Dans une allocution de vingt minutes, François Hollande s’est alors fendu de nombreuses annonces, déversant sa hotte présidentielle à coups de renforts d’effectifs en gendarmerie mobile, d’une chambre détachée du Tribunal de Grande Instance de Basse-Terre, d’une augmentation des crédits pour la prévention de la délinquance, de la création d’un foyer éducatif pour la jeunesse, d’une section d’hôtellerie d’excellence… (lire en pages 6 et 7).
« L’autonomie, ça ne veut pas dire que la solidarité nationale a disparu » soulignait le chef de l’Etat. Mais « quand on est autonome, on est responsable » enchaînait-il un brin pédagogue. Donc, la Collectivité aura également plus de moyens pour le recouvrement de l’impôt et des amendes. Elle sera aussi habilitée à réformer le RSA. François Hollande a conclu son allocution comme il l’avait commencée, un peu badin : « si le ministère des Finances était là il commencerait à s’inquiéter de mes propos ». Non sans faire une ultime promesse : « la République doit être toujours là ».

Un président en campagne ?

Pour de nombreux médias de l’Hexagone, pas de doute, c’est un déplacement présidentiel aux allures de campagne électorale. « Un selfie ou un bisou égalent trois voix » se fend même un conseiller du président au plus près de la cohue, quand un autre s’exclame que « ça y est, c’est la reconquête ». De son arrivée à Grand-Case où les sympathisants trépignaient déjà, à une ultime déambulation pour rejoindre à pied le restaurant Les Toqués où l’attendait un dîner en compagnie des élus des îles du Nord, François Hollande n’a pas dissimulé son plaisir, serrant chaque main et embrassant chaque joue qui se tendait vers lui. « Quel accueil ! » a même tonné le président lui-même, sourire radieux malgré le décalage horaire qui lui tirait manifestement les traits. A Saint-Martin, les « privilégiés » comme Henri, un homme du public à la bonne humeur communicative, ont échangé quelques paroles avec le chef de l’exécutif. « C’est la cerise sur le gâteau ! Il a senti qu’il y avait des gens bien qui voulaient lui souhaiter bon courage et surtout lui dire : vous tenez le bon bout, monsieur le président. Alors il m’a dit : oui, nous le tenons. Et je lui ai dit : vous êtes là pour 10 ans, monsieur le président ». Ces bains de foule, le président qui affiche une côte de popularité à 27% selon le dernier sondage BVA, n’en a vraiment plus guère l’opportunité en métropole. Visiblement, il n’en a pas perdu l’appétit.

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