Temps de lecture estimé : 5 minutes

Le 14 février dernier, une femme décédait des suites de ses blessures après un grave accident de la route à Bellevue. Son mari, conducteur du véhicule à bord duquel elle se trouvait, était jugé ce jeudi.

 

V.D. marin pêcheur, originaire de la Dominique, comparaissait ce jeudi en correctionnelle pour avoir provoqué un accident de la circulation dans lequel sa femme est décédée et l’un de ses trois enfants a été sérieusement blessé. Deux autres victimes, dont l’une présente à l’audience, se sont portées partie civile. Les faits se sont déroulés le 14 février dernier, en début d’après-midi, après le rond-point de Bellevue sur la route menant en partie hollandaise. V.D. conduit alors une Toyota rouge dans laquelle sa femme et leurs trois enfants sont passagers. Lui seul a attaché sa ceinture de sécurité. Après un dépassement, V.D. se déporte sur la gauche et percute de plein fouet un scooter. Le motocycliste, heureusement casqué, est propulsé sur la voiture qui le suivait. Le choc frontal des deux voitures est spectaculaire et les photos de l’enquête traduisent l’horreur de l’accident.  
    
«Je ne l’ai pas fait exprès !»

A l’évocation des faits, l’émotion était palpable dans la salle d’audience. Le juge qui dans un premier temps énumère les chefs d’accusation, constate que V.D. a été contrôlé avec un taux d’alcool de 1,01 gramme dans le sang, sans permis de conduire, sans assurance avec des plaques d’immatriculation erronées et une mise en circulation du véhicule sans contrôle technique. Le prévenu affirme lui ne se souvenir de rien, à part les cris de ses enfants et la vue de sa femme inanimée à ses côtés. V.D. s’en sort presque indemne mis à part des douleurs au niveau de la clavicule, dues sans doute à la tension de la ceinture. En guise d’explication, et avec l’aide d’un interprète, V.D. raconte avoir bu la veille dans une fête et avoir été encore très fatigué quand il a pris le volant. «C’est le choc qui m’a réveillé» dit-il. Concernant le véhicule, V.D. dit qu’il l’a acheté pour son travail à une personne qui ne s’en servait plus, et qu’il le payait chaque mois. Mis à part la nécessité d’avoir un véhicule, V.D. ne n’est pas en mesure d’expliquer le défaut de permis, d’assurance, de contrôle technique et les fausses plaques d’immatriculation. «Mais si vous aviez eu votre permis, vous auriez su qu’il faut respecter certaines règles» a renchéri le juge, qui s’étonne du manque d’empathie de l’accusé pour les victimes et en particulier pour sa femme décédée trois jours après l’accident. «Vous risquez une peine de prison ferme… le savez-vous ? menace le juge. «Je ne l’ai pas fait exprès!» se contente de répondre V.D. visiblement dépassé par la situation. L’avocat d’une des victimes décrit le prévenu comme «un fou furieux de la route» qui montre son irresponsabilité et affiche une légèreté déconcertante. Compte tenu de l’absence d’assurance et de couverture sociale de V.D., il demande un renvoi pour compléter le dossier de demande de réparation des préjudices subis par son client, qui marche à l’aide d’une béquille. Le procureur se dit surtout surpris par l’apparente indifférence de V.D. face au décès de la mère de ses enfants.

Le drame fait un orphelin

«Il fait l’indifférent mais il ne l’est pas» affirme l’avocat de V.D. Il décrit d’ailleurs son client comme un homme accablé qui a vécu un séisme moral et adopte une attitude de défense pour lui permettre de faire face. «Toute sa vie, il aura le poids de sa honte et de sa douleur» essaie t-il de convaincre le tribunal. Une plaidoirie que ne contestent pas la famille présente dans la salle. La grand-mère, le grand-père et les soeurs de la victime décédées sont appelés successivement à la barre et ne semblent pas comprendre la proposition du juge de se porter partie civile et de réclamer des réparations pour les préjudices occasionnés par le décès de leur fille et soeur. Mais la situation est plus dramatique vis-à-vis des enfants. L’aîné des garçons qui n’est pas le fils de V.D. et qui a été reconnu uniquement par sa mère aujourd’hui décédée, est maintenant orphelin, sans représentant légal. C’est le grand-père maternel domicilié à Concordia qui s’en occupe, épaulé financièrement par la grand-mère maternelle résidant à Saint-Kitts. Les deux petites filles, dont une a été sérieusement blessée lors de l’accident, sont restées à la charge de V.D. qui les élève grâce à ses petits boulots et aux allocations familiales. Mais étant l’auteur des faits et en même temps représentant légal, V.D. ne peut demander de dédommagement. Un imbroglio entre la situation sociale du prévenu et la procédure pénale engagée.
Après délibération, le tribunal a déclaré V.D. coupable des faits reprochés et a rendu son verdict : 3 ans de prison avec sursis, 150 euros pour chacune des amendes verbalisant la conduite sous l’emprise d’alcool, le défaut de permis, de contrôle technique et les fausses plaques d’immatriculation ; et 500 euros d’amende pour défaut d’assurance. Les intérêts civils des victimes seront examinés à l’audience du 24 septembre et un administrateur ad hoc sera désigné pour représenter les trois enfants mineurs. V.D., ni satisfait, ni soulagé, est sorti du tribunal avec sa famille et celle de sa femme décédée, visiblement soudés malgré eux par cet épisode qui restera un drame familial.

Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.