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Sept ans après le début de sa construction, l’abattoir de Millrum sera enfin inauguré la semaine prochaine, l’agrément sanitaire ayant été obtenu début mai. Les premiers tests d’abattage doivent débuter en juin.

 

En décembre 2013, l’inauguration de l’abattoir avait été annoncée, avant d’être annulée. Mais l’équipement construit en 2008 à proximité de la cuisine centrale ne sera peut-être bientôt plus cette Arlésienne qui a tant défrayé la chronique… Mardi prochain, la société d’exploitation de l’abattoir, la Seabat, annonce qu’elle va enfin procéder à l’inauguration de l’équipement, sous l’égide de la chambre consulaire interprofessionnelle (CCISM), de la Collectivité et de la préfecture de Saint-Martin. Pour Julien Gumbs, chargé de la filière agricole à la CCISM « c’est une grande nouvelle ». Car sur les 32 agriculteurs déclarés du territoire, actuellement aucun d’eux ne peut vivre exclusivement de l’élevage. Or sans abattoir, impossible de développer cette filière agricole sur laquelle misent pourtant la CCISM et la Collectivité pour dynamiser l’économie locale et créer des niches d’emploi en faveur notamment de la jeunesse. 

La construction de l’abattoir avait débuté en 2008 et s’était terminée en 2009. Depuis lors, l’équipement avait subi un nombre incalculable de rebondissements empêchant de le rendre opérationnel. Le premier inconvénient s’est manifesté dès 2009, avec la construction, à seulement 20 mètres de distance, de la cuisine centrale qui produit les repas pour tous les écoliers de Saint-Martin. La loi imposant qu’une distance de 100 mètres soit respectée entre un abattoir et tout autre bâtiment, il avait alors été acté que les deux équipements pourraient fonctionner parallèlement, mais sous la condition de règles d’hygiène et d’aménagements spécifiques, notamment la construction d’un mur de séparation. Le plan de mises aux normes de l’abattoir avait finalement été validé et ont été menés des travaux supplémentaires. Entre temps,  la cuisine centrale ouvrait elle ses portes dès septembre 2011. Autre écueil dans le projet d’ouverture de l’abattoir, l’évolution des normes entre 2009 et 2015, qui a là aussi nécessité des aménagements complémentaires au projet initial.  

UN AGRÉMENT SANITAIRE PROVISOIRE

Si la convention de gestion de l’abattoir entre la Collectivité et la Seabat est en cours de finalisation, il va falloir attendre encore un peu pour manger de la viande « made in Saint-Martin ». L’ouverture proprement dite de la structure doit en effet encore franchir quelques étapes : « une partie du personnel sera recruté la semaine prochaine » détaille Julien Gumbs, qui confirme que les premiers tests d’abattage pourront également débuter en juin, l’activité commerciale étant prévue pour démarrer en juillet. Quant à l’agrément sanitaire obtenu début mai, il n’est encore que provisoire comme le veut la procédure. « Il y aura un nouveau contrôle des services vétérinaires dans trois mois pour évaluer la mise en application des opérations » précise Julien Gumbs.
Le cheptel de Saint-Martin est évalué à quelque 700 bovins et 2500 caprins et ovins. Avec cet abattoir très attendu par les éleveurs pour structurer leur filière, la viande locale pourra pénétrer les circuits commerciaux réglementés. Le coût de fonctionnement de l’abattoir est estimé à 160 000 € par an, ce qui correspondrait à 2 ou 3 abattages par semaine. Reste à savoir si l’équipement sera réellement rentable et si une ultime péripétie ne viendra pas encore retarder son ouverture effective. 


Sécheresse : la filière agricole en souffrance

S’il a un peu plu cette semaine, le temps est resté très sec depuis plusieurs mois. Un phénomène qui affecte particulièrement la filière agricole.

Après le cyclone Gonzalo en octobre 2014 et les fortes pluies de novembre 2014, la pluviométrie a brusquement diminué à Saint-Martin : 60 mm en décembre 2014, alors que la moyenne est de 85 mm et que la pluviométrie était de 149 mm en décembre 2013. Début 2015, elle était très basse également, ce qui est habituel puisque la période correspond au Carême (saison sèche), mais toutefois plus basse qu’à l’accoutumée. Alors que la moyenne des pluies est de 65 mm en janvier et de 45 mm en février, il a plu 27 mm en janvier 2015 et 39 mm en février. Et ce sont les données du mois de mai qui sont le plus édifiantes : contre les 100 mm de pluie habituellement enregistrés, seuls 9 mm étaient tombés au 25 mai dernier. Quant aux faibles précipitations de cette semaine, elles n’ont pas suffit à endiguer cette sécheresse qui affecte particulièrement la filière agricole. « Cette année, nous avons dû combiner avec deux phénomènes : le cyclone Gonzalo qui a affecté la végétation et le fourrage, puis la sécheresse qui s’est installée », explique le technicien en développement agricole Julien Gumbs. Et si aucune perte n’a été recensée, les troupeaux ne sont pas « en bonne condition en termes d’engraissement ».
Les apiculteurs sont également en difficulté. Si Gonzalo avait déjà mis à mal un grand nombre de fleurs et détruit beaucoup de ruches, la sécheresse a continué de faire beaucoup de mal à la flore locale. « On commence à remonter la pente car les acacias fleurissent. Mais la situation reste difficile », assure Julien Gumbs. Et d’indiquer qu’une alerte a été déclenchée par l’association des éleveurs de Saint-Martin auprès de la Collectivité. A noter que la COM a également été sollicitée par les agriculteurs dans le cadre de l’élaboration du PLU (plan local d’urbanisme) afin qu’elle puisse mettre à disposition des terrains plats pour favoriser la culture de fourrage.

FERMETURE DU JARDIN DE BELLEVUE

Si la sécheresse perturbe l’activité des agriculteurs, les brumes de sable, avec leur effet de serre, ont accentué le phénomène.Les conséquences peuvent être mesurées au jardin de Bellevue qui a fermé ses portes depuis trois mois. « C’est sec et il n’y a plus d’herbe », indique Touzah Jah Bash, président de l’association We Agree with Culture. Et d’ajouter que cabris, chevaux, vaches et autres animaux qui paissaient sur les lieux souffrent énormément du manque d’eau, aggravé par l’absence de pompe. « Nous avons dû les mettre de l’autre côté de la route où il y a encore un peu d’herbe, mais ce n’est pas suffisant puisque nous avons dû acheter de la nourriture pour le cheval », poursuit-il. Et si le jardin a dû fermer ses portes, c’est aussi parce que presque plus rien n’y pousse et que plusieurs arbres sont morts. Gonzalo avait commencé le travail et la sécheresse l’a achevé. « Nous rouvrirons peut-être en juillet, mais voilà trois mois que nous n’avons plus de légumes et que nous ne vendons plus rien », déclare Touzah. Le jardin se contente désormais de recevoir les enfants pour leur faire visiter les lieux.
A noter enfin que les citernes des particuliers sont aussi bien souvent à sec ces derniers temps, certains devant parfois attendre plusieurs jours pour se faire livrer de l’eau de ville. L’entrée dans la saison cyclonique en juin devrait, espérons le, voir arriver des précipitations plus conséquentes (lire par ailleurs).

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