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Une fille et deux garçons, le trio qui avait participé au braquage d’un hôtel de la Baie Nettlé dans la nuit de lundi à mardi, étaient présentés au tribunal mercredi en comparution. Ils ont écopé de 5 ans de prison ferme, avec mandat de dépôt.

Ambiance tendue dès le début de l’audience ce mercredi, alors que trois prévenus comparaissaient devant le tribunal après avoir été interpellés mardi. E.B. 23 ans, A.C. 28 ans et E.B. 20 ans, deux garçons et une fille, devaient répondre de faits commis en début de semaine dans la nuit de lundi à mardi. Ils avaient soustrait de l’argent liquide (550 euros et 350 dollars) à l’hôtel le Flamboyant situé à Baie Nettlé. A leur charge, trois circonstances aggravantes : vol en réunion, par violence avec une arme et dégradation des locaux. Un quatrième individu ayant également participé au braquage, est toujours recherché.
Dans cette affaire, le témoignage de l’agent de sécurité de l’hôtel est édifiant : « vers 2h30, pendant ma ronde, j’ai vu surgir quatre individus cagoulés qui, sous la menace d’une arme, m’ont emmené dans un premier bureau puis un second, pour que je leur dise où était le coffre fort. Je leur ai dit que je ne savais pas, j’ai essayé de les calmer mais ils ont tout fouillé. La fille a voulu mettre ma tête dans un sachet, elle était la plus virulente et très menaçante ». Après deux tentatives, la victime réussit finalement à s’échapper et donne l’alerte. Il est 3h20 lorsque les gendarmes se mettent à la recherche des voleurs. En chemin, ils croisent un premier scooter avec deux individus cagoulés et les prennent en chasse mais perdent leur trace dans une ruelle. Un deuxième scooter surmonté de deux autres individus cagoulés est poursuivi, l’un des individus est alors est interpellé. Il s’agit d’A.C. qui, à cause d’une jambe appareillée, a été freiné dans sa tentative pour échapper. Le coffre-fort est trouvé sur le marchepied du scooter. Interpellé puis placé en garde à vue, A.C. avoue dans la foulée et désigne des complices, E.B. garçon et E.B. fille. L’arme, un pistolet avec 5 cartouches, est trouvée sur A.C. qui dit l’avoir obtenue en troc et pensait la vendre 600 dollars. En revanche, A.C. refuse de donner l’identité du quatrième voleur.
Dans la journée de mardi, les deux complices désignés sont arrêtés et placés en garde à vue. E.B. garçon avoue également mais laisse planer le doute sur la participation d’E.B. fille, qui elle nie tout en bloc. « J’ai mon alibi… je n’étais pas avec eux » persiste t’elle. Mais passablement énervée, elle ne parvient pas à se contenir et agresse verbalement A.C. en le traitant de «snitch» (balance), puis pique une véritable crise de nerfs. Contenue par un gendarme qui tente d’éviter la bagarre entre les deux prévenus, E.B. parvient à briser une vitre avec son poing. Elle est maîtrisée et menottée.

PRÉCARITÉ ET ANTÉCÉDENTS

A l’audience du tribunal, l’assistance est majoritairement composée de la famille et d’amis des trois prévenus. Face aux remous, le juge qui craint un débordement fait évacuer la salle et suspend l’audience. Les débats reprennent après 20 minutes dans une ambiance plus calme. Mais A.C. refuse qu’on lui enlève les menottes pour venir à la barre et s’impatiente du verdict : « Monsieur le juge je n’ai plus rien à dire, je veux juste savoir combien ils me donnent pour partir » dit-il excédé. « C’est plus compliqué » rétorque le juge. A.C. accepte de fournir le mobile de l’acte qui est le même que celui d’E.B. garçon : « l’argent c’était pour payer un avocat pour me défendre… l’avocat commis d’office il s’en fiche ». Un mobile étonnant qui met en exergue leurs antécédents judiciaires. En effet, A.C. dont le cassier est encore vierge, est convoqué en correctionnelle pour violences le 18 juin prochain. E.B. garçon, libéré sous contrôle judiciaire en février 2015, est déjà accusé de séquestration et vol avec arme. Tous deux ont du mal à s’insérer professionnellement, surtout A.C. qui devrait bénéficier d’une allocation pour adulte handicapé de la MDPH.
Le délégué au JAP dresse la personnalité des trois prévenus afin de détecter les circonstances atténuantes. Situation familiale précaire, chômage, pas de projets aboutis malgré un suivi de mise à l’épreuve. « A Saint-Martin, rien ne fonctionne » se plaint A.C. qui souhaite quitter l’île. E.B. garçon, soutien de famille, doit assister son père malade. E.B. fille, mère de deux enfants dont le père de l’aîné est en prison, ne perçoit que les allocations familiales, après une formation au RSMA de décembre 2014 à mars 2015.
Les avocats commis d’office plaident des peines clémentes : « pour bénéficier d’une réinsertion, il faut subir la répression » déplore l’un d’eux. Mais les casiers judiciaires chargés de deux des prévenus ne jouent pas en leur faveur. Notamment pour E.B. fille qui est particulièrement connue pour ses excès de violence. « Un jour, elle ira devant les assises » souligne le procureur. Préconisant un travail psychologique de fond pour les prévenus, il prend une décision sévère qu’il estime juste, compte tenu de la gravité des faits : « ce n’est pas un simple braquage ». Il relève également que « chez les femmes, les braquages c’est rarissime ». Et de justifier sa sévérité : « la violence des trois prévenus et du quatrième non identifié fait penser à un gang ». Le tribunal a entériné la peine exemplaire de 5 ans de prison avec mandat de dépôt. L’indemnisation des victimes, qui se sont constituées partie civile, sera examinée à l’audience du 24 septembre.

La foule s’étant massée devant le tribunal, et pour éviter tout débordement, les trois prévenus sont sortis par l’arrière. Ils sont été conduits dans la foulée en détention au centre pénitentiaire de Baie-Mahault.

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