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La grand-messe annuelle de la commission du plan ORSEC se tenait vendredi dernier à la Collectivité. Les acteurs de la sécurité civile ont tiré les leçons de Gonzalo et redoublent de prudence. 

Vendredi à l’hôtel de la Collectivité, l’ouragan Gonzalo était sur toutes les bouches. Ce cyclone de catégorie 1 avait en effet surpris les autorités, la population et les plaisanciers par la rapidité avec laquelle il est arrivé sur l’île. Un scénario atypique, puisqu’en quelques heures Saint-Martin était passée d’une vigilance orange tempête à une vigilance rouge ouragan et que le phénomène avait dévié sa trajectoire au Nord. De quoi mettre à l’épreuve les dispositifs les plus rôdés. Forte de cette expérience, la commission du plan ORSEC 2015 qui se réunissait vendredi dernier, avait pour objectif de rappeler, comme chaque année, la nécessité de se préparer dès le début de la saison cyclonique, qui s’étale du 1er juin au 30 novembre. « Gonzalo est un parfait exemple du danger cyclonique » soulignait à ce titre Charlotte Terrac, chargée de mission Risques majeurs à la COM.
HARMONISER AVEC LE CÔTÉ HOLLANDAIS
 
Des niveaux d’alerte différents d’un côté à l’autre de la frontière peuvent créer une belle cacophonie. Avant le passage de Gonzalo, Sint Maarten avait décidé dès le dimanche que les écoles n’ouvriraient pas. Côté français, les bulletins de Météo France n’étaient pas aussi alarmistes. C’est simplement le dimanche soir que le Rectorat a donné ordre de ne pas ouvrir les établissements le lundi matin. « C’est une leçon » soulignait Aline Hanson. « Désormais nous allons analyser également les décisions prises côté hollandais pour harmoniser les alertes ». 
 
MIEUX COMMUNIQUER 
 
La rapidité avec laquelle cet ouragan s’est abattu sur nos terres a contraint les autorités à améliorer les moyens de communiquer avec la population. La préfecture a donc trouvé un moyen dans l’air du temps : « c’est après Gonzalo que la préfecture a créé sa page Facebook » soulignait le chef de cabinet Emmanuel Effantin. Il suffit donc de « liker » cette page pour avoir accès aux niveaux de vigilance en cas de risque cyclonique. Autre méthode un peu plus radicale : le haut-parleur. Aline Hanson souhaite en effet revenir à ce bon vieil outil, mais la technique n’est pas encore au point : « les 7 véhicules de la Police territoriale sont bien équipés mais il y a eu un couac avec le prestataire, on y travaille » commentait le chef de la police Albert Conner. Une « urgence » pour la présidente, qui souhaite voir ces haut-parleurs rapidement opérationnels, d’autant que ce moyen peut aussi servir en cas de tsunami.
 
UNE «CULTURE DU RISQUE»
 
La présidente Hanson souhaite que l’ensemble de la population développe « une véritable culture du risque », car la gestion d’un événement cyclonique « nous concerne tous ». A ce titre, l’imprudence de certains plaisanciers était soulignée : « je pense à ceux qui ont voulu rester sur leur bateau ». Causant au passage, la perte de la vedette de la SNSM qui aurait pu dans la manœuvre, y perdre aussi un équipier. « « A Saint-Martin il fait toujours beau et on oublie de consulter les bulletins météo » : Emmanuel Effantin a incité les plaisanciers et la population à « se responsabiliser ». Les niveaux de vigilance ne sont pas là pour faire joli.
 

 
« Se préparer au pire »
 
Chaque année la commission du plan ORSEC fait l’inventaire de toutes les ressources humaines et matérielles qui peuvent être mobilisées en cas de cyclone.
 
Vendredi dernier le chef de cabinet du préfet a tenu à rappeler les consignes élémentaires de prudence, qui assortissent les différents niveaux d’alerte : « il faut toujours se préparer au pire car qui peut le plus peut le moins ». La population est donc invitée dès à présent à suivre quelques consignes de base : s’informer, nettoyer et préparer son habitat, prévoir un kit de survie (nourriture, eau, trousse médicale, radio avec piles, papiers importants). A l’approche d’un phénomène les magasins sont en effet souvent saturés. D’autre part, l’expérience de Gonzalo montre qu’en quelques heures, mieux vaut consacrer son énergie à protéger son logement ou se rendre à un abri plutôt qu’à faire des courses.
Du côté de la sécurité civile, la cellule opérationnelle du poste de commandement de la Collectivité, qui travaille en lien avec la préfecture, coordonne tous les moyens mobilisés et assure la transmission des ordres. Aux équipes d’intervention post-cyclone (déblayage…), aux équipes logistiques, aux équipes de sécurité, de secrétariat, de communication et aux équipes juridiques et financières.
 
ILS SONT PRÊTS
Vendredi tous les acteurs de la commission du plan ORSEC ont présenté leur logistique. Du côté des sapeurs-pompiers « nous sommes rôdés » affirmait le lieutenant Maes, qui dispose de 13 personnes prêtes à intervenir, 4 tronçonneuses et 4 ambulances. La CTOS peut assurer 5.000 repas sur trois jours et dispose de 12.000 litres d’eau de source en réserve. Le Centre hospitalier a récemment installé une cuve de 10 m3 pour son groupe électrogène, ce qui fait passer son autonomie de 2 à 7 jours. En outre chaque unité de soin dispose d’un kit cyclone. Du côté de la Générale des Eaux, la distribution de l’eau potable passe sous contrôle de l’EEASM en cas de cyclone. La station de pompage du réservoir de 5000 m3 est mise à l’arrêt juste avant le phénomène. Après son passage, la procédure de remise en service des installations implique un contrôle de la qualité de l’eau par l’Agence de santé et un contrôle de chaque installation. Du côté du Pôle Solidarité et Famille, l’entrée dans la saison cyclonique entraîne le recensement des personnes vulnérables et isolées. La Police Territoriale dispose de 31 agents opérationnels en cas de cyclone, pouvant se relayer par groupe de 8, ainsi que 7 véhicules 4×4. L’aéroport de Grand-Case, équipé d’un groupe électrogène pour pouvoir baliser la piste, demandera désormais aux propriétaires d’aéronefs de quitter la plateforme, compte-tenu des dégâts constatés après Gonzalo. Chez EDF, dont l’enfouissement des réseaux est à 75%, on incite la population à ne pas toucher les câbles qui seraient à terre après le passage d’un cyclone. Les prestataires, tels que GETELEC, sont chargés de la remise en état. A noter que la gendarmerie et la PAF participent à la sécurisation des biens et des personnes.
Quant aux particuliers, ils ont eux été incités à non seulement anticiper les risques et respecter les consignes, mais aussi à assurer correctement leur habitation et prendre des photos en cas de sinistre.       


Les points faibles
Pour les sapeurs-pompiers le secteur de Quartier d’Orléans pose problème. L’eau monte vite et la population a déjà été amenée à solliciter des secours en pleine nuit. Aline Hanson a donc exhorté les résidents concernés à « ne pas attendre d’être en danger pour évacuer les lieux », rappelant qu’un manque d’anticipation peut mettre « la vie des secours en danger ». Le collège de Quartier d’Orléans, qui prend l’eau très rapidement, a également suscité l’inquiétude du représentant du recteur Jean-Marie Jespère. « Tous les appartements de fonction sont inondés en cas de phénomène important, il va falloir anticiper ce risque ».
Problème également au poste de police, qui est aussi inondable. Pour Albert Conner, en cas de phénomène, il va falloir trouver un lieu de repli.
Autre point faible dans la gestion de l’après-crise : le dépôt des déchets et encombrants est encore trop anarchique. La population est donc invitée à respecter les heures d’ouverture de l’écosite et les consignes diffusées par la Collectivité.

Le Saint-Martin’s Week s’associe aux messages de vigilance émis par la cellule du plan ORSEC : à ce titre nous publierons prochainement la liste des abris anti cycloniques et les conseils de préparation pour anticiper correctement l’arrivée d’un éventuel ouragan.

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