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Les élus, mais ceux de la majorité seulement, ont adopté jeudi dernier les orientations d’aménagement de la baie de Marigot. Un projet qui devra s’harmoniser avec la rentabilité que recherchera l’investisseur.

Le dernier conseil territorial de la saison qui se tenait le 25 juin a servi un ordre du jour dense invitant les élus à se prononcer sur des projets phares pour l’avenir du territoire. Parmi ceux-ci, l’aménagement de la Baie de Marigot, dans les tiroirs depuis une quinzaine d’années et entré dans sa phase opérationnelle début 2014. Le projet, qui s’est vu franchir une nouvelle étape avec l’adoption de ses grandes orientations, « créera un centre d’attraction qui valorisera le potentiel touristique de Marigot et redonnera vie à la capitale française » soulignait la présidente Aline Hanson qui a défendu ses motivations en préambule. « C’est une préoccupation partagée par de nombreux administrés, qui ont compris que la relance économique du territoire passe aussi par la réalisation de ce projet ».
Pour réaliser cet aménagement d’une ampleur technique et financière inédite côté français, les élus devaient donc acter ses grandes orientations, afin de les soumettre à enquête publique avant lancement de l’appel d’offres international en 2016. C’est à ce moment là que se feront connaître les investisseurs potentiels prêts à mettre 300 M€ sur la table pour assurer le financement des ouvrages. Il faudra alors trouver « la perle rare » observait jeudi le représentant du cabinet qui assiste la COM sur le projet, Philippe Ricochin. Une tâche délicate pour les élus qui doivent protéger les intérêts du territoire et de la population, mais laisser assez de souplesse aux contours du projet pour garantir la rentabilité qui sera recherchée par tout investisseur potentiel. Un subtil équilibre à trouver qui n’est pas sans risque : moins on apporte d’argent, plus on doit laisser de liberté. Et un cahier des charges trop précis a de fortes chances de faire chou blanc.
 
9% DE RENTABILITÉ SUR 50 ANS
Les investisseurs exploiteront les ouvrages réalisés grâce à leur apport financier. Or pour amortir une telle manne financière, la concession de travaux publics doit s’étaler sur du long terme. Sur 25 ans, la rentabilité est estimée à seulement 5 %. Les orientations du projet ont donc retenu une concession de 50 ans, qui offrira une rentabilité de 9 %, conditionnée par les perspectives de valorisation foncière qu’offriront notamment les 500 logements envisagés. Le projet n’est donc pas dénué du risque que les capitaux extérieurs soient réticents à s’engager sur une durée aussi longue…
Lorsqu’ils répondront à l’appel d’offres lancé par la COM, les investisseurs devront eux présenter le projet d’aménagement en fonction de leurs perspectives de rentabilité attendues. Une liberté que la Collectivité entend encadrer car elle imposera ses propres orientations : dimensionnement des ouvrages portuaires, hôtellerie haut de gamme associée à un business center et une salle polyvalente, limite de constructibilité des logements, préservation de l’accueil du public le long des quais, remise gratuite de la nouvelle gare maritime sur un hectare de surface créée, etc. A noter qu’une variante au contrat sera proposée pour les investisseurs qui verraient un intérêt à financer un surcoût de 97 M€ permettant d’envisager la grande croisière.
 
DES INQUIÉTUDES
Le Conseil économique, social et culturel (CESC) a lui émis un avis défavorable avant le vote des élus. « En faisant appel à un concessionnaire inconnu sans obligation de résultat, le CESC appelle à la plus grande vigilance et s’interroge également sur la faisabilité réelle des orientations, pourtant louables dans le texte ». Pour le leader de l’opposition Daniel Gibbs, qui a été l’un des principaux instigateurs de ce projet depuis 2003  « il faut avoir une véritable stratégie pour garantir un développement maîtrisé », sinon « c’est l’investisseur qui va dire ce qu’il souhaite ». Autre problème technique du projet selon le député Gibbs : « tout le Front de mer est aujourd’hui illégal, la parcelle n’est pas cadastrée ». Pour ces raisons, le leader de l’opposition et son groupe ont manifesté leur vote par une abstention. Le conseiller indépendant Jules Charville, qui a voté contre les orientations du projet, a également partagé son inquiétude : « quel est l’impact environnemental ?».
Les grandes orientations définies, la Collectivité va devoir en outre s’atteler à assurer la promotion extérieure de son projet d’aménagement afin d’appâter les investisseurs, dans un contexte fortement concurrentiel où d’autres destinations caribéennes ont également engagé de grandes restructurations.

 
Les orientations retenues
Au terme de deux à trois années de procédures, deux ans de travaux sont à prévoir pour réaliser les infrastructures qui viendront booster le développement économique du territoire. Voici les orientations retenues en l’état : 
– L’accueil de la moyenne et grande croisière ainsi que des méga yachts. La Collectivité mise sur la création d’un bassin de 32 hectares avec des tirants d’eau de 6 à 8,50 mètres, destiné à accueillir le trafic inter-îles, deux paquebots de moyenne croisière et 94 places dédiées à la mini croisière.
– La création de 21,5 hectares de surface remblayée destinée à recevoir les infrastructures nécessaires au fonctionnement du port, des logements haut de gamme, de l’hôtellerie haut de gamme associée à un business center et à une salle de spectacle, des services publics (dont l’hôtel de la Collectivité).
– Pour assurer la protection anticyclonique du bassin et créer un chenal d’accès, le projet prévoit la réalisation d’une digue de protection.
 
 
 
Marigot : l’indispensable renaissance
 
La restructuration de la baie de Marigot ne va pas sans la redynamisation du centre-ville. Jeudi dernier les élus étaient donc également invités à acter la première phase du projet de redynamisation de Marigot.
 
Il n’échappe à personne que la capitale de la partie française n’est plus à l’image des ambitions touristiques souhaitées pour le développement de notre territoire. « Nous avons programmé la renaissance de notre capitale à qui nous donnons l’ambition qu’elle mérite, que notre population et que nos visiteurs méritent » voulait rappeler Aline Hanson jeudi dernier lorsque les élus réunis en séance plénière ont été amenés à valider la première phase du projet de redynamisation de Marigot, lancée en octobre 2014 : le diagnostic état des lieux, mené sur le foncier, l’urbain, le bâti et les infrastructures. Si l’étude n’apprend pas grand chose aux élus et à la population, elle pose noir sur blanc ce que tout le monde observe au quotidien depuis de nombreuses années : centre vieillissant, façades et équipements dégradés, saturation de la circulation automobile, insécurité, terrains vagues, saleté sur certaines zones etc. Trente-deux commerçants, onze socio-professionnels représentatifs et un panel d’habitants ont en outre été consultés, ce qui a notamment abouti aux conclusions suivantes : « Il apparaît clairement que les Saint-Martinois sont nostalgiques de l’époque où Marigot était une ville caribéenne commerciale active et surtout attractive ». En outre, les rapporteurs relèvent « un malaise latent entre les différentes communautés qui cohabitent à Saint-Martin et un regret que la Collectivité ne s’implique pas dans les événements et dans la vie culturelle de Marigot ».  
 
L’étude de revitalisation de Marigot va donc désormais s’attacher à définir une liste d’actions dont certaines sont déjà actées à court terme : nettoyage des dents creuses (espaces entre deux constructions), aménagement des espaces verts, ravalement de façades, aménagement du Fort Louis, rénovation de la Marina Royale, nouvelle politique de stationnement. A moyen terme, il est envisagé de rendre certaines rues totalement piétonnes, de mobiliser le foncier disponible et de valoriser les bâtis patrimoniaux.
Le conseiller de l’opposition Daniel Gibbs qui, sur cette étude, s’est abstenu de voter, a jugé qu’il fallait surtout écouter les préoccupations de la population : « nous avons fait un sondage au sein de la permanence et trois problèmes majeurs reviennent sans cesse : sécurité, circulation, propreté ». Estimant que le volet sécurité doit être « la première priorité » l’élu a également revendiqué « une politique fiscale adéquate pour faire participer les propriétaires ».
 

 
Zone bleue : pas de dérogation prévue pour les riverains
 
Le 9 juin dernier nous faisions état d’une décision actée par les élus du Conseil exécutif le 5 mai afin de désengorger le centre-ville: le cœur de Marigot va passer en zone bleue à la fin de l’année. Le stationnement sera donc limité à 1h30 sur 450 places de parking situées rues République, Kennedy, de Gaulle, Liberté, Saint-James, Victor Maurasse, hôtel de ville et sur une portion du boulevard de France. Si la nouvelle avait été accueillie chaleureusement par l’association des commerçants de Marigot, la pilule est moins bien passée pour les riverains qui habitent les zones concernées puisque nombreux se sont manifestés pour savoir s’ils auraient droit à des dérogations. Or, la décision prise début mai ne mentionne pas ce type de dispositif. A la Collectivité, on nous confirme que non, ce n’est effectivement pas prévu. Les riverains devront donc se plier à la règle de stationnement de la zone bleue, à moins qu’ils parviennent à faire entendre leur voix.
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