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Avec un déficit pluviométrique alarmant de 60% par rapport à la normale, les éleveurs et leurs animaux sont touchés directement. Certains ont même déjà perdu des têtes de bétail.
 
 

Il suffit de sortir de chez soi pour constater immédiatement que la sécheresse a roussi toutes les campagnes jusqu’au dernier brin d’herbe et que puits et ravines sont actuellement à sec. « De toute ma vie, c’est la première fois que je vois une pareille sécheresse », assure Maxime Parotte, les tempes grisonnantes et éleveur de bovins et de caprins à Friar’s Bay. « Même en 2013, il pleuvait de temps en temps. Mais cette année, la température est plus chaude. » Confronté à ce difficile constat climatique depuis décembre dernier, l’éleveur en est aujourd’hui réduit à sauver la vie de ses animaux avec le foin qu’il importe de Puerto Rico. Problème : le bateau met du temps à arriver jusqu’à Saint-Martin. Une livraison de 400kg est prévue pour la semaine prochaine. En attendant, les animaux souffrent de la faim, certains même en meurent.
Les mères et leurs petits sont d’ailleurs les premiers sur la liste des victimes. La nourriture sèche ne suffit pas. Même avec un peu de mélasse mélangée au foin, « il manque toujours de l’herbe fraîche pour que les femelles puissent produire du lait », rappelle le fermier dont les veaux tètent inlassablement les mamelles épuisées de leurs mères. De son côté, la chambre d’agriculture recense déjà une douzaine de pertes sur l’ensemble du territoire saint-martinois depuis le début du phénomène. A Anse Marcel, un éleveur déplore à lui seul la mort de 8 veaux et d’une vache. Notre éleveur de Friar’s Bay se prépare également à enregistrer sa première perte. « Je sais que je vais perdre au moins une vache qui a vêlé récemment. Je l’ai lâchée seule dans la montagne pour qu’elle puisse trouver à se nourrir. » L’issue du jeune veau est également en suspens.
 
UNE QUESTION DE SURVIE
Tel un vrai père pour ses enfants, Maxime Parotte n’en dort plus la nuit, tourmenté par le sort de son cheptel. « Ca me fait mal de les voir aussi maigres, alors parfois je les laisse en liberté. » Ceci explique notamment la multiplication des animaux qui déambulent sur le bord des routes. L’éleveur assure que son bétail, bien éduqué et guidé par un instinct de survie, ne marche pas sur la route mais sur le côté de la chaussée. «  Elles vont jusqu’à Colombier pour manger des mangues et puis elles reviennent. Parfois, une mangue et son jus suffisent à sauver la vie d’un animal. » Toutefois, il arrive que ce bal des animaux sur le bord de la route agace certains habitants qui en retour lancent des roches sur les vaches, voire usent de plombs de petit calibre pour les éloigner. Il y a quinze jours, une collision s’est même produite en pleine nuit, forçant l’euthanasie de l’animal.  
 
UNE NOTE D’ESPOIR
Malgré tout, Maxime Parotte garde espoir. « Je ne me décourage pas. Je travaille du matin jusqu’au soir pour mes animaux. Ca me fait plaisir de m’occuper d’eux. » Par contre, l’éleveur déplore que trop de propriétaires refusent de vendre leurs terrains ou plus simplement l’herbe qui y pousse. L’homme aux 150 vaches a tout de même trouvé refuge à la Savane sur le terrain d’un propriétaire compréhensif. « J’y ai placé une vingtaine de vaches que je réserve pour l’abattoir. Je vais leur en donner quatre pour le commencement. Je vais faire tout mon possible pour que cet abattoir ouvre. »
 

QUID DES CABRIS ET DES MOUTONS ?
 
Si les bovins sont frappés de plein fouet par cette sécheresse qui n’en finit plus, qu’en est-il des caprins et autres ovins ? Visiblement mieux adaptés au phénomène de sécheresse que leurs grands cousins ruminants, les cabris et les moutons, dont le nombre s’établit à plus de 4.000 têtes, souffrent beaucoup moins. Aucune perte due à la chaleur n’a été rapportée. Même en période de sécheresse, le danger principal pour les cabris et les moutons reste les chiens errants.
 

QUELQUES CHIFFRES
 
Ressenti depuis décembre 2014, le phénomène de sécheresse est donc entré dans son 8ème mois. Autant de mois pendant lesquels les éleveurs ont dû pallier le manque de ressources naturelles, par l’importation de nourriture sèche en provenance de Puerto Rico ou de Guadeloupe. En chiffres, cela se traduit par une augmentation de 87,5% de granulés (15 tonnes) et de près de 200% pour le fourrage (8 tonnes) pour la saison 2014-2015 comparée à l’exercice précédent. Cette alimentation sèche a aussi pour effet d’augmenter la consommation en eau des animaux, estimée à 20%. Concernant les cultivateurs, il est impossible de chiffrer avec exactitude les désastres de la sécheresse sur leurs productions. Toutefois, l’annulation de la fête agricole annuelle dans les jardins de Bellevue qui devait se tenir au 1er trimestre, témoigne des difficultés rencontrées par tous les agriculteurs saint-martinois.
 

QUE FONT LES AUTORITÉS ?
Face à ces difficultés, notamment d’ordre financier, la Chambre consulaire interprofessionnelle (CCISM), le groupement SICASMART et l’association ADEPAL alertent les autorités depuis fin juin pour venir en aide aux agriculteurs. « Les animaux n’ont plus rien à brouter », insiste Julien Gumbs, chargé de la filière agricole à la CCISM. Un appel a d’ores et déjà été lancé à la Collectivité pour mettre du fourrage, des grains et de l’eau à disposition des éleveurs et à moindre coût sur une période donnée. Une réunion en ce sens a notamment eu lieu hier jeudi à la préfecture entre les différents partenaires concernés.
 

L’ABATTOIR DEVRAIT ÊTRE OPÉRATIONNEL EN AOÛT
 
Interrogé sur la question de l’abattoir, inauguré début juin, Julien Gumbs se veut rassurant. « L’abattoir est presque prêt », assure le chef de projet. « Le personnel est en place depuis le 8 juin et a suivi plusieurs stages de formation, notamment en Guadeloupe et à Marie-Galante. » Toujours dans l’attente de matériel, le premier test devrait être réalisé début août, ainsi que l’assermentation d’un ou deux agents en charge de la pesée fiscale. L’établissement de découpe animale devrait réellement démarrer son activité dans la 2ème quinzaine d’août. Bien que voué à être déficitaire, l’ouverture prochaine de l’abattoir devrait permettre de développer les secteurs primaires et secondaires et donc de créer de nouveaux emplois.
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