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Le 17 juillet, les algues brunes ont animé les débats au palais Bourbon. Les députés de Martinique, Guadeloupe et Saint-Martin / Saint-Barthélemy ont fermement défendu la cause de leurs territoires.

L’arc antillais subissant une nouvelle série d’échouages massifs, le contexte s’y prêtait : dans le cadre des discussions sur le projet de loi d’actualisation du droit d’Outre-mer (notre édition du 22 juillet), les algues sargasses se sont invitées dans le débat. Les députés Letchimy (apparenté PS), Lurel (PS) et Gibbs (Les Républicains) ont vivement interpellé le gouvernement sur ce problème qui menace l’avenir économique, écologique et sanitaire de nos territoires insulaires. Dressant un bilan catastrophique des conséquences des échouages en Martinique – fermetures d’hôtels, déplacement de touristes, odeur qui « génère des maladies », détérioration du matériel électronique – Serge Letchimy a interpellé le gouvernement : « la situation est grave ». « C’est une question qui devient éminemment politique » scandait-il également, tentant de prouver que « nous allons vers une catastrophe économique ».
 
CATNAT OU PPRN : FAUSSE ROUTE
Car le député martiniquais avait tenté d’intégrer un amendement au projet de loi sus cité, proposant de couvrir le « risque sargasses » dans le cadre d’un plan de prévention des risques naturels (PPRN). « S’il existe des procédures très précises concernant les cyclones ou d’autres risques chimiques et technologiques, il n’y a aucune déclaration de catastrophe naturelle concernant les algues sargasses. (…). Il n’existe pas non plus de processus permettant d’assimiler ce phénomène à un risque naturel » justifiait le parlementaire. Mais pour la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin, qui affirme avoir pu constater « l’ampleur des dégâts », « la solution qui consiste à réglementer l’utilisation des sols, voire à proposer des servitudes d’urbanisme ou des interdictions de construction sur la bande littorale ne nous semble correspondre ni aux difficultés ni aux habitudes en Martinique et aux Antilles ». Quant à l’état de catastrophe naturelle « il ne permet pas d’obtenir des fonds supplémentaires ». En réponse la ministre assurait donc miser sur le plan financé en grande partie par l’ADEME – et qui permettra notamment l’emploi de brigades vertes à Saint-Martin. M. Letchimy, reconnaissant que le PPRN ne semblait pas être la bonne porte entrée, a donc retiré cet amendement qui avait manifestement surtout vocation à interpeller le gouvernement sur les sargasses. Non sans regretter l’absence de disposition compensatoire : « je ne vois pas d’amendement du gouvernement, ce qui veut dire que vos services n’ont pas tenu parole ». « Il y a une décision éminemment politique à prendre » s’insurgeait-il une nouvelle fois.  
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NE PAS OUBLIER LES ÎLES DU NORD
Daniel Gibbs a aussi fait corps avec ses deux collègues ultramarins : « je me joins à Victorin Lurel et Serge Letchimy, car les algues sargasses représentent une véritable problématique dans nos îles ». Et de défendre ses territoires : « si c’est vrai pour la Martinique et la Guadeloupe, qui sont deux destinations touristiques, imaginez ce que cela peut représenter pour Saint-Martin et Saint-Barthélemy qui vivent à 90% du tourisme ! ». Le député n’a pas non plus manqué de réagir à l’évocation des fonds alloués pour les îles voisines : « Je me réjouis d’apprendre que des fonds ont été débloqués pour ces deux territoires. Nous n’en bénéficions pas encore mais je pense, Madame la ministre, qu’il s’agit d’un oubli que vous allez réparer rapidement ». Daniel Gibbs s’était d’ailleurs associé à l’amendement proposé par Serge Letchimy.
 
ENCORE PLUS D’AIDES ?
George Pau-Langevin a elle relativisé la responsabilité du gouvernement : « nous sommes face à un phénomène naturel extrêmement désagréable pour vous, mais ce n’est pas le gouvernement qui fait venir les sargasses ! ». Arguant que l’arrivée de ces algues brunes est un phénomène nouveau, la ministre des Outre-mer s’est néanmoins dite « prête à réexaminer le dossier » et à « intensifier notre aide », au-delà des dispositifs déjà pris avec la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal. Elle a également évoqué la nécessité de coopérer avec les autres Etats caribéens : « nous devons partager notre analyse et notre explication du phénomène ainsi que les différents traitements possibles avec les autres pays voisins ». La ministre a tenté de rassurer les députés ultramarins, assurant que les membres du gouvernement ont bien compris qu’il fallait « s’organiser dans la durée ». « Nous sommes déterminés à aider vos territoires ».
 
 
LA BAIE DE CUL-DE-SAC ENFIN NETTOYÉE !
La Collectivité, via la société SDL (Soc. Dormoy Lewis), a pris le taureau par les cornes suite aux échouages massifs de ces dernières semaines. Depuis samedi, elle a entrepris le nettoyage de la baie de Cul-de-Sac, un des lieux les plus touchés par l’entassement des algues. « Ce travail s’achèvera le mercredi 29 juillet prochain » indique la COM dans un communiqué. Le stockage des sargasses s’effectue sur le parking du Fish Day, et les algues seront acheminées à l’écosite avant d’être traitées et transformées en compost par le centre de tri. Voilà une bonne initiative qui permet de patienter plus sereinement dans l’attente de la mobilisation des brigades vertes annoncées par la préfecture et la Collectivité. Certes, le paysage qui fait place aux sargasses est désormais celui d’un chantier boueux. Mais riverains et touristes embarquant pour Pinel se réjouiront de ne plus respirer l’odeur atroce. La Collectivité précise également qu’une visite de terrain à la Baie Orientale a eu lieu dimanche, afin d’organiser le nettoyage prochain de la plage.
 
Retrouvez l’appel à projet lancé par l’Etat et la COM pour le ramassage des sargasses sur notre site internet
www.stmartinweek.com (édition du 24 juillet)
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