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Pour la Carribean Hotel & Tourisme Association (CHTA), la levée de l’embargo américain sur Cuba constituerait le plus grand bouleversement du tourisme caribéen depuis ces 50 dernières années. Elle incite les îles de la région à anticiper…

A Saint-Martin / Sint Maarten les Américains représentent aujourd’hui plus de 50% de la population touristique. Le comportement de cette clientèle impacte donc fortement le marché local, comme dans le reste de la Caraïbe. La normalisation des relations entre les Etats-Unis et Cuba, sous embargo depuis 1962, a donc suscité une réflexion de la Caribbean Hotel & Tourism Association (CHTA) qui a publié fin juin une note d’une dizaine de pages pour livrer son analyse sur les conséquences de l’ouverture du marché cubain aux touristes américains.  « Ce sont les îles et pays les plus proches de Cuba qui en sentiront les effets » peut-on lire. La CHTA enjoint donc les autorités caribéennes à  « commencer à planifier une stratégie pour en atténuer les conséquences ». Mais la « secousse »  pourrait être aussi une bonne chose car elle conduirait les territoires caribéens à revoir leur copie : « la région la plus dépendante du tourisme dans le monde a déployé relativement peu d’efforts pour devenir également la région la plus compétente dans le tourisme ». Sans concession, la CHTA estime que « la perturbation cubaine pourrait permettre de booster une nouvelle stratégie de développement touristique ayant des retombées plus durables pour les citoyens ». L’organisation préconise d’ailleurs la création d’un « Caribbean Basin Tourism Initiative », en coopération avec les Etats-Unis, pour mieux structurer une politique de développement touristique globale dans la région.
Le nouvel eldorado des investisseurs
L’année dernière Cuba a franchi la barre des 3 millions de touristes. « Les effets de la normalisation des relations entre Cuba et les Etats-Unis se font déjà ressentir » relève la CHTA. L’île s’est ainsi d’ailleurs engagée dans une campagne plus agressive pour attirer les investisseurs. « En 2013, 42 % de tous les investissements étrangers portaient sur les infrastructures touristiques» souligne la CHTA, ajoutant que « l’île constitue déjà l’une des plus importantes destinations touristiques de la Caraïbe ». Aux 62.000 chambres d’hôtel,15.000 supplémentaires sont annoncées d’ici les deux prochaines années. En outre « Cuba va devenir encore plus attractive pour les investisseurs, réduisant ainsi les possibilités pour les autres destinations». Les îles caribéennes vont donc se trouver en concurrence avec Cuba non seulement pour les parts de marché touristiques, mais aussi dans la répartition des mannes financières. Les 800 millions de dollars investis à Cuba dans l’hôtellerie en 2013 doivent « donner à réfléchir ». Une réflexion sur laquelle les autorités de Saint-Martin ne pourront pas faire l’impasse à l’heure où des capitaux étrangers sont recherchés pour financer l’aménagement de la baie de Marigot.
 

 
Va t-on perdre des croisiéristes ?
« La possibilité d’intégrer Cuba dans l’offre de croisière sur les destinations proches des États-Unis, aura un impact négatif sur les destinations situées plus au sud ». Voici l’analyse de la CHTA, qui estime que les liaisons aériennes pourraient également être redistribuées. Et la concurrence est déjà installée. Tout récemment la Carnival Coporation, le plus grand opérateur de croisière au monde, également source d’une activité majeure pour Sint Maarten, a reçu l’autorisation des Etats-Unis pour ouvrir son marché de croisières à Cuba, et cela à partir de mai 2016. C’est la première compagnie de croisière américaine à conquérir les eaux cubaines mais le dégel des relations entre Washington et La Havane va nécessairement faire des émules. Si aujourd’hui Sint Maarten se défend d’un impact majeur à ce stade « nous avons besoin de garder un œil car nous sommes concurrents sur le même marché touriste-dollar » a déclaré au Daily Herald Ricardo Perez, membre de la Sint Maarten Hospitality Trade Association. Le touriste américain moyen ne prenant qu’un congé par an, il n’a pas manqué de préconiser « l’amélioration du produit touristique en restant compétitifs ».
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