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La préfète Anne Laubies a souhaité détailler les dispositions prises par l’Etat pour accompagner les collectivités locales dans le ramassage et la gestion des sargasses.
 
 

Le phénomène cyclique des sargasses risque d’affecter durablement les îles caribéennes. Le gouvernement, interpellé récemment par les parlementaires ultramarins, a donc entrepris de renforcer son action en faveur des collectivités locales impactées pour les aider à gérer le ramassage et la valorisation des algues. Ainsi que nous le rapportions dans notre édition du 4 août, l’Etat a mobilisé « la solidarité nationale » selon les termes de la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin. A Saint-Martin, la préfète Anne Laubies a donc souhaité revenir sur ce plan anti-sargasses et sa déclinaison locale. « En réponse aux demandes des collectivités locales, 2 millions d’euros supplémentaires ont été débloqués par le gouvernement » veut rappeler la représentante de l’Etat, qui souhaite préciser que « Saint-Martin est bien inclus dans cette dotation ». Seule inconnue : l’enveloppe financière qui sera dévolue à notre territoire : « il est trop tôt pour se prononcer car les arbitrages ne sont pas encore rendus » explique Mme Laubies, souhaitant ajouter que le gouvernement s’est « clairement positionné sur l’accompagnement des collectivités ».
 
UN PROTOCOLE À 200.000 €
En revanche, le protocole entre l’Etat, la Collectivité et l’ADEME (agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) annoncé mi-juillet, est bien en cours de finalisation. Pour mémoire ce dispositif prévoit l’organisation générale du ramassage des algues, la création d’une brigade verte et un dispositif d’observations. Cette convention financière prévoit, sur l’année 2015, le déblocage de 200.000 €, soit 100.000 € de fonds Etat et 100.000 € de la Collectivité. « J’ai signé le 1er volet de cette convention et il devrait bientôt être également signé par la Collectivité » annonce Anne Laubies. Le second volet permettra de débloquer des crédits mobilisés dans le cadre du plan interministériel anti-sargasses du gouvernement, doté de 2M€.
Dans le cadre du protocole, le dispositif des brigades vertes pour le ramassage des sargasses a fait l’objet d’un appel à projet clôturé vendredi dernier. Ces brigades seront financées à 90% par l’Etat et 10% par l’Ademe : « les brigadiers seront employés dans le cadre de contrats aidés et recrutés à Pôle emploi » précise Mme Laubies. Ce sont donc des structures d’insertion qui vont diriger, sous l’autorité de la COM, les équipes chargées du ramassage des algues. « Un jury va se réunir cette semaine pour sélectionner la structure, et je souhaite aller très rapidement dans la constitution des brigades vertes ».  
UN RAMASSAGE QUOTIDIEN MAIS CIBLÉ
Le ramassage des algues est un puits sans fond. Une fois le site nettoyé, tout peut être à refaire le lendemain. Les dispositifs de collecte des sargasses doivent donc pouvoir être opérationnels en permanence, y compris jusqu’à l’écosite qui sera chargé de la valorisation, puisque les algues peuvent être transformées en compost. « C’est un travail de tous les jours, on entre dans un processus quasi quotidien » reconnaît la préfète, consciente que « la meilleure des réponses c’est le ramassage régulier, la pire des réponses, c’est l’entassement ». Reconnaissant que « le temps administratif n’est pas évident », la représentante de l’Etat se veut rassurante à l’égard des riverains qui attendent de vraies solutions : « on va cibler sur les zones qui sont le plus impactées et à proximité des habitations, des établissements publics et des activités touristiques ».
A Baie Orientale, les autorités entendent également être actives vis-à-vis des opérateurs. Sur la question des monticules disgracieux qui se sont formés sur la plage « les exploitants devront ramasser les algues mais dans des conditions raisonnables » indique Mme Laubies. Une fois entreposées dans des zones définies, « les algues seront régulièrement ramassées par la Collectivité avec les brigades vertes ».
A noter que le recyclage des algues à l’écosite suppose que ces dernières ne soient pas mélangées à du sable, qu’elles soient rincées et séchées. Des contraintes supplémentaires sur lesquelles devront travailler les autorités pour une gestion efficace du problème. 
 
 
 
Haut conseil de santé publique :
des préconisations pour le ramassage
Dans son avis publié le 5 juillet dernier, le Haut conseil de santé publique détaillait les précautions à prendre pour le ramassage des algues en putréfaction qui libèrent de l’hydrogène sulfuré (H2S) : l’action doit se dérouler « sous le contrôle de professionnels formés et équipés », et « le port d’un détecteur de gaz tout au long des opérations de ramassage à pied est obligatoire ». L’instance déconseille également ces chantiers de ramassage « aux personnes asthmatiques, à celles présentant des insuffisances respiratoires, aux femmes enceintes et aux enfants de moins de 15 ans ». Même si la plupart des concentrations de H2S mesurées à proximité du littoral sont inférieures à 1 ppm (les risques sur la santé sont estimées importants à partir de 14 ppm), le Haut conseil de santé publique indique qu’ « en cas d’irritation oculaire ou respiratoire, de malaise, le chantier doit être évacué immédiatement. Le responsable devra alors prévenir les pompiers ou le centre de secours le plus proche ».
 
 
Etat de catastrophe naturelle :
changer la loi pour les sargasses ?
Le député martiniquais Alfred Marie-Jeanne a soumis une question écrite au ministre de l’Intérieur le 4 août dernier, afin de lui demander « de faire diligence pour que la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle soit étendue à l’invasion des algues sargasses sur le littoral de la Martinique et de la Guadeloupe, de Saint Barthélemy et de Saint Martin ». En effet, en l’état actuel des dispositions législatives et réglementaires, l’invasion des sargasses n’entre pas dans la définition juridique de l’état de catastrophe naturelle. L’indemnisation des victimes et du préjudice de cette calamité naturelle ne peut donc être accordée. Pour le parlementaire du palais Bourbon, il convient de « faire évoluer ces dispositions par une modification des articles 2 de la loi n° 82-600 du 13 juillet 1982 relative à l’indemnisation des victimes de catastrophes naturelles et L. 125-1 du code des assurances ainsi que du décret du 18 juin 2015 relatif à l’indemnisation des collectivités territoriales et de leurs groupements touchés par des évènements climatiques ou géologiques, prenant en compte le phénomène récent d’invasion des sargasses ». Compte-tenu de la répétition cyclique du phénomène, Alfred Marie-Jeanne préconise également le déclenchement les plans POLMAR mer et terre « avant que la pollution n’atteigne nos côtes », afin de prévoir, outre le dispositif de barrage flottant, des moyens techniques, financiers et du personnel qualifié pour faire face à cette invasion.
 

 
Une solution à l’étude pour pomper les algues dans la mer
 
Deux entreprises saint-matinoises ont pris l’initiative d’expérimenter l’extraction des sargasses au large des côtes, avant qu’elles ne s’échouent sur les rivages.
 
Ramasser les algues avant qu’elles n’arrivent sur les plages, dès que les radeaux pointent à l’horizon : c’est la solution développée par les sociétés Exomarine et DPI qui ont mis ce projet à l’étude depuis 5 mois. Deux barges Amphibex ont en effet déjà été acquises par DPI. Si la vocation initiale de ces engins multifonctionnels consiste en du dragage et de l’excavation, ils pourraient être adaptés au pompage des sargasses : « il s’agit d’installer, à la place du godet, une pompe capable d’aspirer les algues » précise Maxence de Blégiers pour Exomarine. « En Martinique, la présence de ces barges a déjà interpellé un groupe spécialisé dans le maritime » confie également l’entrepreneur.
 
Des tests en cours
Les deux entreprises locales sont donc en train d’étudier le pompage des algues avec Amphibex. « Nous allons faire les premiers essais ici avant d’être opérationnels sur la Martinique » confie Exomarine, qui doit encore tenter de résoudre une équation de taille : l’évacuation, l’entrepôt et la gestion des sargasses une fois qu’un radeau d’algues est aspiré. Amphibex est en outre une machine qui respecte l’environnement : « elle fonctionne avec des huiles hydroliques biodégradables et elle pompe en surface ». Des solutions innovantes et efficaces en terme de prévention, mais qui supposent d’être insérées dans le cadre d’une politique globale.
 
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