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Le Haut conseil de santé publique estime que le risque de transmission du virus Zika est « élevé » dans les Antilles françaises en raison de la présence du moustique Aedes aegypti et de l’extension de l’épidémie au Brésil.

Le chikungunya a un cousin, le zika, proche des virus de la dengue et de la fièvre jaune et pour lequel il n’existe pas de vaccin. Ce virus, transmis par le moustique Aedes aegypti bien présent à Saint-Martin, pourrait jouer à son tour les trouble-fêtes. Le 10 août dernier, le Haut conseil de santé publique (HCSP), instance d’expertise nationale, a publié un rapport mettant en garde les autorités contre le risque de propagation du zika, non seulement à la Réunion et dans les départements métropolitains où le moustique de type Aedes est implanté, mais aussi « dans les départements français d’Amérique ». Le HCSP estime même que concernant nos territoires insulaires le risque de transmission du virus zika « est élevé » et « concerne l’ensemble de la population y résidant ou y séjournant ».
A certains égards, les symptômes du zika sont proches de la dengue ou du chikungunya, quoique cette maladie encore inconnue dans les Antilles se caractérise par une proportion importante de cas asymptomatiques, une morbidité moins marquée et une absence de mortalité directe. Le zika comporte cependant une particularité qui interpelle les experts: en Polynésie française, il a été associé à « l’observation d’une fréquence inhabituelle de complications neurologiques à type de syndrome de Guillain-Barré » peut-on lire. Complications nécessitant en moyenne deux semaines d’hospitalisation et une longue rééducation. Ceci motiverait donc « une vigilance spécifique en cas d’épidémie par le virus zika ».
 
UN CONTEXTE PROPICE
Dans nos îles, le moustique Aedes aegypti, impliqué dans l’actuelle épidémie brésilienne de zika, « est implanté et abondant » soulignent les experts, dont les conclusions sont sans appel : « les conditions pour une transmission autochtone du virus zika sont réunies ». Les flux de voyageurs rendent « probable » l’arrivée d’une personne porteuse du virus et « pouvant être à l’origine d’une transmission locale ». « C’est non seulement le cas pour le département de la Guyane où existe une circulation transfrontalière avec le Brésil, mais également le cas pour les îles antillaises » souligne l’instance. Il existerait donc un terrain propice à l’implantation du virus dans les Antilles eu égard à l’impact épidémique déjà constaté.
Le zika a en effet récemment provoqué quatre grandes épidémies dans le monde : en Micronésie sur l’île de Yap en 2007, en Polynésie française entre octobre 2013 et février 2014, en Nouvelle-Calédonie depuis janvier 2014 et au Brésil depuis mai 2015. Dans ce pays, l’épidémie était alors confirmée par le ministère de la Santé pour les états de Bahia et Rio Grande do Norte situés au nord-est. Début juin, les autorités sanitaires brésiliennes confirmaient l’extension géographique de l’épidémie à six autres états. Il s’agit de la première épidémie de zika décrite au Brésil et sur le continent américain.
 
PRÉCONISATIONS
Le HCSP, saisi par la Direction générale de la santé pour produire son rapport, recommande donc une stratégie de surveillance épidémiologique de la maladie zika, une stratégie de diagnostic et une stratégie de prise en charge des patients. Sur ce dernier point, le HCSP invite les autorités à se baser sur les dispositions prises pour le chikungunya : « compte tenu du manque de connaissances sur la maladie mais des similitudes épidémiologiques et cliniques avec d’autres arboviroses, il est recommandé de transposer, pour l’instant, les recommandations nationales sur la prise en charge du chikungunya, y compris les mesures pour la prévention de la dissémination à l’entourage ».
L’instance préconise également que « tout malade présentant une maladie à virus zika suspectée ou confirmée doit être isolé pendant la période fébrile sous moustiquaire ou dans un local avec fenêtres fermées, afin d’éviter la contamination de nouveaux moustiques vecteurs ».
 
Comme pour la dengue ou le chikungunya, il n’existe pas de traitement, d’antiviraux ou de vaccin pour le zika. Les précautions à prendre sont donc les mêmes : éviter de favoriser la prolifération des moustiques en supprimant tous les points d’eau stagnante et se protéger des piqûres.
 
 
Les symptômes du zika
 
Le virus zika est un arbovirus, qui appartient à la même famille que ceux de la dengue et de la fièvre jaune. Sa transmission est « presque exclusivement vectorielle » rapporte le Haut conseil de santé publique. L’homme est donc contaminé par le moustique du genre Aedes. Dans les Antilles françaises et en métropole, c’est Aedes aegypti et Aedes albopictus qui sont susceptibles de transmettre le zika, comme le chikungunya. Le HCSP met également en avant « un cas de transmission sexuelle » rapporté aux Etats-Unis, par un malade de retour du Sénégal qui a contaminé sa femme, laquelle n’avait pas voyagé, alors que le virus zika n’était pas présent aux USA. Lors de l’épidémie en Polynésie française, deux cas de transmission périnatale ont également été décrits.  
 
« La maladie apparaît être asymptomatique dans 47 à 81% des cas » rapportent les experts, se basant sur l’étude de la séroprévalence chez les donneurs de sang en Polynésie française. La durée d’incubation varie de 3 à 12 jours. Les symptômes, lorsqu’ils se déclarent, sont caractérisés par un syndrome pseudo-grippal et une éruption cutanée diffuse. D’autres signes ont également été relevés : asthénie, fièvre, arthralgies, céphalées, myalgies, conjonctivite, œdème des extrémités. « La fièvre apparaît peu élevée et transitoire » précise l’instance.  
 
Si la gravité du virus « n’est pas immédiate », le HCSP indique qu’elle est surtout liée à la survenue de « complications neurologiques » : 42 cas de syndromes de Guillain-Barré ont été rattachés sur le plan temporel à l’épidémie de virus zika en Polynésie française. 
 
 
 
Chik et dengue se font discrets
 
Selon l’Institut de veille sanitaire (INVS), l’épisode chikungunya est terminé pour les Antilles françaises, y compris sur notre territoire. « L’ensemble des indicateurs montrent que la situation épidémiologique du chikungunya à Saint-Martin correspond aujourd’hui à la présence de cas sporadiques simples et que le niveau de transmission est très faible » pouvait-on lire dans le point épidémiologique du mois de mai. « Le comité d’experts a été consulté et considère que le phénomène épidémique est terminé. Cette extinction est datée à la fin du mois de mars ».
Le nombre hebdomadaire estimé de cas évocateurs de chikungunya a en effet diminué régulièrement depuis le début du mois de mars. Au cours des deux dernières semaines d’avril, il est respectivement de 5 et 0 cas, chiffres inférieurs à ceux de la période précédant la recrudescence constatée en décembre 2014. Les derniers cas ont été traités par le service de lutte anti-vectorielle courant avril 2015 à Concordia, Grand-Case, Marigot et Oyster Pond. L’épidémie de chikungunya est également considérée comme « terminée » à Saint-Barthélemy, en Guadeloupe et en Martinique.
En juillet, l’institut de veille sanitaire publiait un nouveau point épidémiologique sur la situation des arboviroses (dengue et chikungunya) dans les Antilles françaises. Il confirmait alors la disparition du chikungunya, le nombre hebdomadaire de consultations étant « à son niveau le plus bas depuis plusieurs semaines ». En outre, depuis le 8 juin, aucune consultation n’aurait été enregistrée pour une forme aiguë de la maladie. Quant à la dengue, la circulation du virus reste « modérée à Saint-Martin » selon l’INVS. Fin mai 2015, une légère augmentation des consultations a été enregistrée, mais cette tendance ne s’est pas confirmée durant le mois de juin.
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