Temps de lecture estimé : 5 minutes
Le 31 juillet dernier, le Conseil constitutionnel a jugé conforme à la constitution l’interdiction de créer de nouveaux gallodromes pour y organiser des combats de coqs. Retour sur une tradition toujours très vivace à Saint-Martin.

L’interdiction de justice pourrait amener une vieille tradition, encore très populaire à Saint-Martin et dans quelques régions de France, à s’éteindre définitivement. Une pratique devenue très controversée en raison des mutilations que subissent les coqs tant et si bien qu’elle est interdite dans de nombreux pays. Un éleveur de la partie française nous a ouvert les portes de sa basse-cour. Questionné sur l’interdiction de construire de nouveaux gallodromes, il estime que « rien que sur la partie française, il doit y avoir une trentaine de pitt à coqs. Ça suffit pour une petite île ». Mais à la question de voir disparaître cette tradition, il reste sceptique : « à Puerto Rico, les Etats-Unis ont tenté d’interdire les combats de coqs mais ils se sont heurtés à la colère de la population. C’est une tradition sur notre île aussi, beaucoup de gens viennent voir les combats et les apprécient ».
L’article 521-1 du code pénal réprimant les sévices et actes de cruauté envers les animaux fait une exception pour les courses de taureaux et les combats de coqs là où la tradition est ancrée (Nord-Pas-de-Calais, la Réunion, la Guyane, les Antilles et la Polynésie). Ailleurs en France, la pratique est interdite et les contrevenants s’exposent à deux ans de prison et 30 000 euros d’amende. En effet, la majorité des pays occidentaux condamnent la pratique des combats de coqs où les contrevenants sont accusés d’infliger des sévices inutiles aux animaux. Notre éleveur lui, s’en défend : « on n’entraîne pas les coqs à se battre, ils le font naturellement dans la nature ». « Chez nous, qu’ils gagnent ou qu’il perdent, les coqs sont soignés après chaque combat chez d’autres, ils sont mangés. »
Entraînés à la violence
Le principe consiste à mettre deux coqs dans une sorte de ring circulaire appelé gallodrome. Les deux coqs, suivant leur instinct, se battent, et des paris sont faits sur le vainqueur. Dans un espace plus grand, le coq perdant fuirait mais dans le ring, les coqs de combats, issus d’une sélection génétique rigoureuse, n’ont pas le choix et se battent longtemps, ce qui peut entraîner de graves blessures ou la mort, les ergots étant parfois remplacés par des lames en acier.
Concernant la préparation, l’éleveur impose en général 10 à 15 minutes d’exercice quotidien à ses coqs. Le but est de renforcer les muscles des jambes et des ailes, d’accroître le sens de l’équilibre et de donner du souffle. Immédiatement après l’exercice, le coq est baigné à l’eau fraîche, puis exposé au soleil pendant environ 2 heures. Dans certains cas, le coq est également massé avec une solution à base de rhum. L’éleveur pratique également des « combats d’essai » avant de sélectionner les combattants de la saison (de décembre à juin le reste de l’année servant au remplumage). Avant le combat, le coq antillais est «toiletté», moyennant une coupe légère des ailes, de la crête et des barbillons, avec une taille des plumes du cou et de la queue, un déplumage des cuisses, du ventre et du dos.
Les «pitts» sont le plus souvent gérés par des éleveurs qui trouvent là le moyen de financer leur élevage. Avant le déroulement des combats, on pratique la pesée de façon très rigoureuse. Les coqs de même poids une fois «mariés», les propriétaires définissent l’enjeu de la partie.
Le combat dure 12 minutes et les règles veulent, en général, que le coq qui est resté couché pendant 1 minute soit déclaré vaincu. Le prix d’un coq de combat varie selon son grade, entre 300$ et 400$ pour les meilleurs. On peut compter jusqu’à 1000$ pour un grand champion. Rien à voir avec Puerto Rico où le prix de certains coqs atteint les 20 000$.
 

Un peu d’histoire
La pratique des combats de coqs, qui remonterait à l’Antiquité n’est connue dans les Caraïbes qu’après l’arrivée des Européens. Les Espagnols introduisirent le volatile au XVIIème siècle tant comme oiseau de combat que comme volaille domestique. De nos jours, certaines îles ont presque complètement cessé de pratiquer ces combats, mais ce trait culturel reste très vivace à Porto Rico, en Haïti, à Saint-Domingue et aux Antilles françaises. Initialement, les premiers agriculteurs trouvaient là un moyen de réguler les conflits entre eux par l’intermédiaire de leurs coqs. En effet, les hommes d’une communauté ne pouvaient s’entretuer. Une solution efficace fut le combat de coqs qui permettaient aux propriétaires de s’affronter quels que soit leur force physique ou leur âge. Une façon de sublimer cette agressivité sans qu’elle ne nuise à la communauté. Cette pratique actuellement devenue marginale en Occident, subsiste dans certains pays d’Asie, où, support de paris, elle constitue un véritable secteur économique avec sélection génétique des animaux, voire dopage.
Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.