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Bien qu’en France le prix des carburants affiche un repli continu depuis 12 semaines, le tarif à la pompe saint-martinoise n’a pas bougé pendant plus de deux mois. Explications.

La semaine dernière, les prix de tous les carburants ont encore reculé en France, selon les derniers relevés du ministère de l’Ecologie et de l’Energie publiés lundi. Par rapport à la semaine passée, le diesel a baissé de 0,91 centime, passant à 1,12 € / litre en moyenne. Le prix de l’essence affiche également un repli de 2,11 centimes pour le sans plomb 95 qui coûte désormais en moyenne 1,36 € / litre et de 2,1 centimes pour le sans plomb 98 (1,43 € par litre). Le prix du baril de pétrole se situe lui à son plus bas niveau depuis 2009 : alors qu’il coûtait un peu plus de 100 dollars en juin 2014, il est aujourd’hui passé sous la barre des 40 dollars. Le cours du pétrole Brent de la Mer du Nord, autour de 43 dollars, est également très bas.
A noter que le prix de l’essence à la pompe ne baisse jamais autant que celui du pétrole brut car il est déterminé par de nombreux autres paramètres dont la part des taxes prélevées, les cotations internationales des produits raffinés, le taux de change euro / dollars…
A Saint-Martin, il aura fallu attendre cette fin août pour obtenir un fléchissement des prix. Chez Cadisco, l’essence se paye 1,03 $ ou € (1 pour 1) à la station de Baie Orientale depuis la mi-juin. Le gérant regrettait encore en début de semaine que « le prix des raffineries n’accuse pas un centime de baisse». Hier, il nous annonçait qu’à début septembre, il allait enfin pouvoir répercuter la diminution des prix : « le fournisseur vient de m’informer que ça va baisser, si nous avions fait le remplissage cette semaine, nous aurions pu déjà le répercuter, mais nous ne remplirons pas avant le milieu de semaine prochaine à cause des prévisions météo ». Du côté de Delta Petroleum, qui a visiblement pu faire son remplissage plus tôt, cette fin de mois va également sourire au consommateur : « nous passons de 1,02 € / litre à 0,98 € à la station de la Savane » indique la direction.
 
UN AUTRE CONTEXTE
Sur l’île, les fluctuations de prix ont donc leur propre périodicité. « En métropole, la chaîne de production et de distribution est plus courte, ce qui permet de répercuter plus rapidement le cours du pétrole sur le portefeuille du consommateur » indique le gérant de Cadisco, qui se fournit notamment à Puerto Rico. Les territoires insulaires sont en effet tributaires du transport et du stockage : « ces coûts intermédiaires font que non seulement le prix du pétrole a moins d’incidence sur le prix à la pompe, mais expliquent aussi pour nos îles le plus grand décalage temporel entre le prix en bourse et le prix sur le marché ». Une analyse partagée par le gérant de Delta Petroleum : « ici il y a un décalage de trois mois environ car il y a plus d’intermédiaires pour que soit livré le carburant à Saint-Martin». Christian Papaliolios observe en outre que sur l’île « les variations à la pompe sont moins fréquentes ». Une plus grande stabilité des prix qui serait liée aux habitudes locales surtout côté hollandais : « le consommateur n’a pas l’habitude de voir changer les prix fréquemment, mais cela est aussi dû à la politique de Sint Maarten ». Un usage qui, selon le professionnel, ne lèserait ni le consommateur ni les stations services : « quand une variation de prix survient à Sint Maarten, elle est toujours plus spectaculaire ».  
 
DES PARAMÈTRES RÉGIONAUX
Pour Cadisco, l’épisode de stagnation des prix depuis la mi-juin « c’est inédit, cela n’arrive quasiment jamais ». Que le prix à la pompe n’ait pas suivi la baisse linéaire observée sur le territoire national s’expliquerait donc aussi par le contexte régional dans lequel s’inscrit l’approvisionnement de carburant pour Saint-Martin. La situation de Porto Rico, où sévit une grave crise économique, jouerait sur l’inflation : « l’instabilité de l’archipel peut avoir une incidence sur les prix » analyse Fabrice Passera. La météo serait également en cause : « les fournisseurs ont prétendu que des intempéries dans le golfe du Mexique ont imposé des temps de stockage plus longs ». Le gérant des stations-service a également observé que « chaque année en juin et en juillet, il y a une hausse du prix du carburant en Amérique du Nord et Amérique centrale ». Cette année, elle serait passée inaperçue grâce à la baisse du prix du pétrole, mais aurait en revanche limité le repli des coûts. A noter que cette stabilité a également concerné la Guadeloupe, où c’est la préfecture qui fixe des seuils maxima, pour ce qui concerne le Super sans plomb.
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