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Depuis plus de trois ans la Salle Timbanque offre à Saint-Martin un écrin où faire palpiter l’art dramatique et son public. A l’aube d’une nouvelle saison théâtrale, la directrice Audrey Duputié lève le voile sur son univers créatif. 

SMW : Que nous réserve la nouvelle saison de la Salle Timbanque ?
 
Audrey Duputié : Après deux week-ends consacrés à un spectacle invité – La Chute, d’après Camus – la compagnie des Apatrides revient sur scène avec Vive Bouchon, une pièce de Jean Dell et Gérard Sybleras qui touche à la quintessence de l’écriture comique, avec une grande finesse et un sens aigu du boulevard. Nous enchaînerons ensuite avec une création de la troupe, Cellule Grise. La saison se clôturera dans un genre différent, plusieurs idées sont en gestation et j’essaye, d’une saison à l’autre, d’explorer de nouveaux univers. En improvisation il y aura deux rencontres pour la ligue de Saint-Martin : l’une avec des Lyonnais, l’autre avec des Québécois. Il faudra également compter, en fin d’année scolaire, avec les spectacles des ateliers enfants, ados et adultes. Côté confort, la salle a bénéficié d’un coup de neuf avec une réfection totale de la scène.
 
Il existe un réel engouement pour les ateliers d’art dramatique. Que deviennent les élèves qui ont déjà quelques années de pratique ?
 
En effet, certains adultes ont déjà six années de théâtre. Les plus hauts niveaux ne sont plus considérés comme des élèves, mais plutôt comme une mini troupe. Certes, la technique ne s’arrête jamais, mais ils sont déjà partis sur autre chose, ils sont passés de l’autre côté du miroir… Ces amateurs constituent un vivier très riche de comédiens !
 
Vos apprentis comédiens se disent toujours gagnés par le virus du théâtre. Que vous apportent-ils en retour ?
 
Le simple fait de transmettre est un vrai bonheur. Plus on transmet, plus on apprend. Rien n’est jamais acquis et même ce que l’on croit savoir, au contact des enfants, des adolescents, ou des adultes, est une perpétuelle remise en question. Tous ces comédiens qui apprennent, qu’ils aient une ou plusieurs années de pratique, deviennent une vraie source d’inspiration. Chaque être humain est unique et m’offre d’énormes surprises, c’est une découverte permanente très stimulante.
 
Est-ce que tout le monde peut faire du théâtre ?
 
Absolument. Je dirais même : ce n’est pas que tout le monde peut, tout le monde doit. C’est sain et il n’y a que du positif à en tirer. Il y a les curieux, puis ceux qui cherchent quelque chose et trouvent autre chose, ceux qui ont un objectif et le voient grandir petit à petit… Ce n’est pas un produit magique, un timide maladif ne devient pas un extraverti du jour au lendemain, mais le jeu en vaut la chandelle.
 
A l’instar de 4.48 Psychose, vous avez amené sur scène des œuvres exigeantes et su convaincre de la diversité des formes théâtrales. Quels sont vos prochains défis ?
 
Vous citez une oeuvre qui est effectivement bien éloignée d’un théâtre plus grand public. Cela dit on pense à tort que la comédie, souvent appréciée, est un genre facile. Il n’en est rien. Il n’y a pas de genre facile au théâtre, la comédie est même l’un des plus exigeants.
Pour revenir sur la notion de diversité, j’ambitionne de monter un classique intégral, ce qui serait inédit pour la Salle Timbanque. J’ai beaucoup d’idées, quelques œuvres en tête qui n’attendent que de sortir sur scène… L’absurde est également un genre que j’aime beaucoup et je vais y revenir. Par ailleurs, l’écriture me tient très à cœur, que ce soit pour les spectacles enfants ou les spectacles de la compagnie des Apatrides. J’aimerais être encore plus productive.
 
Metteuse en scène, professeure… et comédienne. Pourquoi ne montez-vous pas plus souvent sur scène ?
 
Je monte sur les planches une fois par an. Nous sommes nombreux dans la troupe et tout le monde doit jouer. Par ailleurs j’adore la mise en scène. Sachez qu’en métropole, il existe quantités de compagnies d’amateurs où un comédien ne joue qu’une fois tous les deux ans. Avec les Apatrides, je dispose d’une troupe de bons comédiens, qui s’investissent énormément sur les spectacles et l’envers du décor. Je les remercie…
 
Comment organisez-vous la programmation du théâtre ?
 
En général chaque saison voit naître trois grandes pièces et un spectacle invité, ainsi que les matches de la ligue d’impro, puis les spectacles d’ateliers en fin d’année. Une pièce peut mettre trois mois, comme trois ans à naître. Par exemple, nous travaillons depuis déjà deux ans sur un projet qui va sortir l’année prochaine. C’est le type de choses qui demande une grosse maturation.
 
Comment voyez-vous votre théâtre évoluer dans l’avenir ? Imaginez-vous un théâtre « hors les murs », qui s’exporterait ailleurs ?
 
Il a déjà pris un bel essor et il gagne en fréquentation. C’est une grosse surprise car au départ c’était un véritable défi. Pour réussir, il nous fallait 30 spectateurs minimum par représentation. Aujourd’hui le théâtre fait pratiquement salle comble à chaque spectacle. Je ne m’étais pas imaginée que ça pouvait marcher à ce point. Et je sais qu’à chaque soir, ce n’est jamais gagné.
Mais l’objectif c’était vraiment la création d’un lieu-théâtre, cette notion de lieu est importante à Saint-Martin, c’est un endroit où l’on ne peut faire que ça, du théâtre.
Surtout, je ne recherche pas forcément un succès hors de ce théâtre. C’est un tel privilège que de pouvoir faire mon travail ici et dans ces conditions… A Paris, la vie de comédien est extrêmement ingrate et génère beaucoup de déceptions. Saint-Martin est une véritable pépite, je me fais plaisir et je fais plaisir aux autres. Ça n’a pas de prix.
 
 
 
« La Chute » de Camus en lever de rideau
 
En ouverture de la saison théâtrale 2015/2016, la Salle Timbanque propose la dernière grande œuvre de fiction de Camus écrite en 1956. Au service du texte et de son personnage, le théâtre de Marigot mise sur Alain Daumer, un pari déjà presque gagné lorsqu’on se remémore la précédente prestation du comédien venu à Saint-Martin l’année dernière régaler le public avec Mon dernier cheveu noir. Cet habitué du Festival d’Avignon, spécialiste d’un théâtre « seul en scène », offrira quatre représentations sur les planches de la Salle Timbanque : vendredi 18 et samedi 19 septembre, vendredi 25 et samedi 26 septembre, à 20 heures. Informations et réservations au 0590 29 41 52 et sur www.theatre-la-salle-timbanque.fr (rubrique « acheter vos billets en ligne »). Prix des places : 16 €.
 
 
 
Bientôt 10 ans…
 
Audrey Duputié est une enfant du pays qui a quitté son île pour rallier la métropole après le baccalauréat. Diplômée du Cours Florent à Paris, elle fut co-fondatrice de la compagnie de théâtre « Langage et Vous » dans la capitale, avant de revenir s’installer sur l’île en 2006. Elle y crée alors la compagnie des Apatrides que l’on applaudit désormais sur la scène de la Salle Timbanque. Cette dernière sera inaugurée le 30 mars 2012, après que la compagnie eût passé quelques années à écumer les autres scènes de Saint-Martin. Aux commandes de la régie : l’incontournable Erwan Trotel. Des ateliers théâtre ont également vu le jour dès le retour d’Audrey sur l’île. Depuis 2007, elle signe chaque année plusieurs spectacles où elle met en scène la compagnie des Apatrides, le rythme s’étant accéléré depuis l’ouverture du théâtre de Marigot. On se souvient notamment d’Ah ! Les Femmes (2007), le Clan des Veuves (2008), Echappée Belle (2009), Toc Toc (2010), Détraqués, L’île-Lusion (2012), Léger Retard, 4.48 Psychose, Derrière la Porte, Mari à Louer, Les Débutantes,  (2014), Tatie Danièle,  Le Petit Prince (2015).
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