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Le potentiel hydrogéologique de l’île fait actuellement l’objet d’une étude. Car cette richesse, si elle pouvait être pleinement exploitée, offrirait une alternative moins coûteuse que le dessalement de l’eau de mer.
 
 

L’Etablissement des eaux et de l’assainissement de Saint-Martin (EEASM) entend connaître l’état de la ressource en eaux souterraines. Non pas avec le bâton de sourcier utilisé par un certain Moïse dans le désert du Sinaï. Mais avec l’aide du BRGM, le bureau de recherches géologiques et minières, auquel a été commandé une étude ambitieuse depuis janvier 2014. Car la maison de l’eau de la Collectivité souhaite mesurer exactement le potentiel qui dort sous nos terres… et qui est déjà exploité par certains opérateurs privés. Le président de l’EEASM Louis Fleming rappelle en ce sens que « Saint-Martin est une île sèche » et que « cette richesse du sous-sol pourrait être mise à disposition de la population ». Assister à la première présentation des travaux de BRGM permettait d’en prendre acte. Mercredi, le vice-président en charge du développement économique Wendel Cocks, l’équipe de l’EEASM et autres personnalités intéressées par le sujet, découvraient donc toutes les caractéristiques du système aquifère saint-martinois.
 
AGRICULTURE ET EAU POTABLE
La présence de poches aquifères n’est pas une surprise car la connaissance de l’histoire de Saint-Martin révèle de quelle façon les ancêtres se sont appropriés cette ressource y compris jusqu’au 20ème siècle. Au temps des Arawaks des puits étaient en effet déjà exploités. Dans les années 50, « la connaissance des puits semble s’être estompée » révèle BRGM, et avec la chute démographique observée à cette époque 90% de la population dépendait des eaux pluviales. L’explosion démographique des années 80 aura nécessité la construction de la première usine de dessalement par osmose inverse, seule solution envisageable pour alimenter l’ensemble d’une population croissante.
Cette production révèle aujourd’hui ses limites. A 10 € le mètre cube, l’eau reste chère et pèse lourd dans le budget des ménages comme des entreprises. En outre, l’épisode de sécheresse qui éprouve l’île depuis des mois montre bien les limites de notre production : les demandes d’abonnement à la Générale des Eaux ont explosé et si l’usine a encore de la marge en terme de production, un jour elle n’en aura peut-être plus. Exploiter les aquifères, ces réservoirs d’eau naturels, permettrait donc selon l’EEASM, de satisfaire aux usages agricole (irrigation et abreuvage). Cela pourrait également apporter un soutien partiel à l’adduction en eau potable moyennant un coût plus attractif. Un enjeu économique important.
 
DE QUOI ÊTRE OPTIMISTES
Sources, puits, forages : une quarantaine de points d’eau ont été identifiés, ainsi qu’une vingtaine de nouveaux ouvrages. Un nombre « en deça de la réalité » selon l’hydrogéologue Laure Ducreux car « certaines personnes ont des ouvrages sur leur terrain ». Le diagnostic de BRGM révèle également « des zones avec des potentiels favorables » stipule l’experte. « Nous sommes assez optimistes, beaucoup de paramètres indiquent que la ressource est exploitable ». Saint-Martin dispose en effet de certains points présentant une eau de qualité, non pas optimale pourêtre consommée, selon certains critères, mais jugée « acceptable » et « pouvant le cas échéant faire l’objet d’un traitement de désinfection ». A noter que certaines sources offrent en revanche une eau totalement inapte à la production d’eau potable. Quant aux analyses bactériologiques, réalisées sur une sélection de 15 points d’eau elles ont cependant révélé « la présence de bactéries fécales ». Ce qui n’étonnera personne à Saint-Martin… Mais pour BRGM cet aspect « peut être traité ».
Les eaux souterraines dépendent néanmoins de la configuration de Saint-Martin : les nappes sont sous l’influence du milieu marin et certaines, surtout sur la partie littorale, sont donc plus ou moins salées, quoique dans une moindre mesure que la mer. Les eaux salées étant plus denses que l’eau douce, la profondeur du forage serait déterminante pour ne pas descendre en-dessous du niveau de la mer. A noter que l’élevage agricole peut tolérer une petite eau saumâtre.
 
FORAGES DE RECONNAISSANCE
L’étude sur les eaux souterraines de Saint-Martin entre aujourd’hui dans la phase de prospection géophysique qui doit permettre d’investiguer à 500 mètres de profondeur, afin de tester précisément la possibilité d’exploiter la ressource. Autrement dit, de déterminer les sites les plus favorables à l’implantation de forages. A ce stade, le bât blesse un peu: « 45 demandes ont été envoyées aux propriétaires, dont certains sont en indivision, pour 53 parcelles », indique BRGM, qui a reçu seulement 5 réponses positives pour 16 parcelles, de quoi freiner un peu l’avancée du projet. Une campagne de sensibilisation n’est pas exclue : « il faut informer les propriétaires que ces prospections ne sont absolument pas destructives pour les milieux » précise l’experte.  
Cette étude a un coût, qui s’élève à 540.000 €. BRGM finance à hauteur de 20%, l’EEASM à hauteur de 80%, mais sera subventionné par les fonds FEDER, le contrat de développement Etat/COM et le Fonds européen d’intégration (FEI). Si l’EEASM décide de se lancer dans ce vaste programme d’exploitation des eaux souterraines, d’importants investissements seraient à réaliser. La note sera connue d’ici quelques mois.
 
 
LES CHIFFRES
 
La production d’eau potable de l’usine de dessalement nécessite 4 KW par mètre cube. En utilisant un forage, elle mobiliserait 2 KW par mètre cube, un procédé moins énergivore, et surtout moins coûteux. 
Dans les scénarios probables de l’exploitation des eaux souterraines, le débit potentiel se situe entre 1 et 10 mètres cubes par heure. La cadence de prélèvement peut aller de 5 à 20 heures par jour. Selon le niveau de production, cette ressource en eau peut représenter entre 1% et 4% du volume consommé actuel dans l’hypothèse basse. Pours les plus hautes estimations, elle peut représenter de 11 à 43 % de la consommation. 

 
Pas d’évolution sur le front de la sécheresse
 
La sécheresse s’est installée durablement et pourrait se prolonger. Et ce ne sont pas les quelques gouttes de pluies tombées ces derniers jours qui pourront inverser la donne. Avec l’arrivée du mois de septembre et l’activation habituellement plus dynamique de la saison cyclonique en cette période de l’année, on aurait pu espérer une pluviométrie salvatrice après huit mois de sécheresse. Mais les dépressions qui se sont formées ont fait face à cet air sec qui persiste. Le fauteur de trouble est toujours El Niño, ce phénomène océanique qui se caractérise par le réchauffement d’un immense réservoir d’eau de surface qui s’étend du Pacifique central jusqu’aux côtes du Pérou et de l’Equateur. Il affecte donc le régime des vents, la température de la mer et les précipitations. « Cette année il est très intense et impacte fortement sur l’installation de la sécheresse dans les îles du Nord » témoigne le climatologue de Météo France Guadeloupe, Valère Montout. De fait, l’année 2015 est la plus sèche que nos îles ont connu depuis 1977. Elle bat même des records : « nous enregistrons 1/3 de valeurs pluviométriques en moins par rapport à 1977 » indique l’expert de Météo France. Ironie du sort, pour renverser la tendance « il faudrait un phénomène cyclonique ». Il y a 38 ans, aucun phénomène n’avait d’ailleurs réussi à atteindre les îles du Nord.
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