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Après plusieurs années de procédures judiciaires et un mandat d’arrêt international émis depuis 2012, une mère de famille, accusée d’avoir enlevé ses deux enfants, est toujours recherchée. Le père réclame justice pour que sa progéniture, exilée au Brésil, lui revienne enfin.
 

1696 jours sans voir ses enfants. Sans un coup de téléphone ni même quelques lignes ou un dessin couché sur le papier. C’est ce qu’endure F. N. depuis ce jour de février 2011 où K. K., son épouse de l’époque, s’est volatilisée avec les deux petits, alors âgés de sept et quatre ans. Cette affaire était jugée hier, au tribunal correctionnel de Saint-Martin.
Lors de l’audience, la présidente du tribunal, Pascale Belin, rappelle les faits. Les deux époux se sont mariés en 1998 et ont eu deux enfants, en 2001 puis en 2004. La famille, qui réside à la Baie Orientale, ne fait pas parler d’elle pendant plusieurs années. Mais entre 2007 et 2008, les litiges commencent. K. K. porte plainte à la gendarmerie : elle assure que son mari pratique des attouchements sexuels contre sa fille de sept ans. Le père, défendu par Stephen Montravers, dément formellement ces accusations. Selon l’avocat, la plainte est même classée sans suite par le vice-procureur de Saint-Martin. « Mais le mal est déjà fait et mon client est écarté du domicile conjugal », ajoute l’avocat, qui représente encore aujourd’hui F. N. dans cette affaire. Des mesures de placement sont prises : à partir du 15 septembre 2008, les enfants vivent exclusivement chez leur mère. F. N. aura cependant droit à des visites le week-end et pendant les vacances scolaires.
Le 30 novembre 2010, deux ans se sont écoulés après ces accusations. La dangerosité de F. N. n’ayant pas été démontrée, le juge des affaires familiales de Basse-Terre accède à sa demande de garde alternée. Mais le père n’en profitera pas longtemps : le 16 février 2011, sa progéniture et leur mère s’évanouissent dans la nature.
 
Une mère introuvable malgré un mandat international
 
Pour Stephen Montravers, K. K. « n’a pas supporté cette décision de garde alternée ». « Et elle a fait la pire chose que l’on puisse faire dans un couple : elle a enlevé les enfants au père », relève-t-il, d’un ton grave. Le juge des affaires familiales est alors saisi et K. K. est sommée de ramener les enfants et de communiquer l’adresse de son nouveau domicile. La mère se tapit dans le silence. Deux informations judiciaires sont ouvertes et un mandat d’arrêt est émis le 15 octobre 2012. Les recherches sont infructueuses. Des procédures sont entamées auprès de son employeur, KLM, chez qui celle-ci exerce la profession d’hôtesse de l’air. Mais le siège français de la société ne peut livrer des données sur sa salariée, la maison-mère se situant en Hollande. C’est F. N. qui transmet alors les informations qu’il trouve tout seul au juge d’instruction. D’après lui, son ex-femme et ses enfants se trouvent au Brésil. Des contacts et des vérifications via le fichier Interpol sont lancés. En vain. Rien n’aboutit.
L’avocat de F. N. en est persuadé : « K. K. a choisi ce pays avec préméditation et avec beaucoup de sang-froid car elle sait que si le Brésil est un des signataires de la Convention de La Haye (qui, entre autres, protège l’enfant au niveau international, en cas d’enlèvement, NDLR), c’est aussi un des pays qui la respecte le moins ». Native d’Amsterdam, la prévenue n’aurait, d’après lui, aucune autre raison de s’installer dans un pays dont elle ne maîtrise même pas la langue. Les recherches menées par les parties civiles font également état de l’usage de faux papiers par la mère et ses enfants.
«Elle a fait de ses enfants des fugitifs»
Pour l’avocat de F. N., il ne fait aucun doute que K. K. « se moque éperdument de la justice, des décisions et des relations consulaires ». « Elle estime ne rien devoir à personne », pense-t-il. Non sans une pointe d’ironie, il fait remarquer au tribunal que celle-ci exerce « le plus beau métier du monde ! » Suspecte et recherchée, K. K. continue en effet à travailler, quinze jours par mois, comme hôtesse de l’air. Autant de fois où elle est amenée à prendre l’avion et, normalement, à subir un contrôle d’identité. « Mais comme le personnel naviguant échappe à cette règle, partout dans le monde – et y compris aux Etats-Unis, pays réputé comme très sécuritaire -, eh bien, elle peut passer les douanes sans aucun problème puisqu’elle n’a pas à montrer son passeport », explique-t-il avant de conclure : « Si K. K. est insaisissable dans cette affaire, son employeur, lui, ne devrait pas l’être ».
Dans cette affaire, Stephen Montravers représente le père des deux enfants ainsi que la grand-mère, qui s’est elle aussi constituée partie civile. Aux yeux de l’avocat, « devant quelqu’un qui a un tel sentiment d’impunité, qui adopte une attitude outrageante et dangereuse en faisant de ses enfants des fugitifs, la justice doit dire stop et prendre des sanctions maximales ».
L’avocat a comptabilisé, à l’aide d’un logiciel trouvé sur Internet, le nombre exact de jours pendant lesquels F. N. et sa propre mère ont été privés de ses enfants. Hier, cela faisait 1 696 jours que ces derniers avaient été enlevés par leur mère. Au titre du préjudice subi, l’avocat réclame, pour la grand-mère qui n’a pas pu voir ni avoir des nouvelles de ses seuls et uniques petits-enfants, dix euros par jour de dommages et intérêts, soit 16.960 euros. Pour le père, 20 euros sont réclamés, soit 33.920 euros de dommages et intérêts au total. Au regard des faibles revenus des deux victimes, Stephen Montravers – qui livre au tribunal les avis de non-imposition de ses clients – demande également 33.000 euros au titre des frais de procédure (qui couvrent les frais d’avocat pendant sept ans et les frais de traduction de l’ensemble des documents, en néerlandais car au début de l’affaire, le père pensait que son ex-épouse était aux Pays-Bas, puis en portugais).
Le vice-procureur, Michaël Ohayon requiert deux à trois ans d’emprisonnement à l’encontre de K. K., ainsi qu’un mandat d’arrêt à son encontre. Le jugement est mis en délibéré au 15 octobre prochain.
 
 
Une deuxième affaire de soustraction d’enfants
 
Hier, une deuxième affaire de soustraction d’enfants, qui remonte à septembre 2013, devait être jugée par le tribunal correctionnel de Saint-Martin. Un père de famille aurait en effet enlevé un de ses deux enfants mineurs pour l’emmener en dehors du territoire français. Celui-ci a fait l’objet d’une information et d’une ordonnance judiciaire le 14 avril dernier. La mère, qui demeure détentrice de l’autorité parentale, s’était portée partie civile dans cette affaire et avait fait appel à un avocat. Mais hier, ni elle ni son conseil n’étaient présents. Le tribunal a donc décidé de réviser la victime et de citer à nouveau le père à comparaître comme prévenu.
 
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