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Alors que débute ce jeudi la dernière grande étape dans l’élaboration du PLU, le vice-président en charge du développement durable défend son projet et exhorte la population à ne pas le rater le coche. Entretien. 

SMW : Des voix s’élèvent pour dénoncer un PLU qui ne respecterait pas les intérêts de la population. Que répondez-vous  à ces inquiétudes ?

Guillaume Arnell : Je souhaite déjà rappeler que le PLU a été initié par la Commune, puis décidé par la mandature précédente. Nous l’avons poursuivi, et aujourd’hui je suis heureux et fier d’avoir pu le mener à son terme. Mais je tiens à préciser que j’ai respecté la population. Nous avons fait un nombre incalculable de réunions publiques, au terme desquelles nous avons toujours pris en compte les avis des uns et des autres. Nous ne voulons pas donner le sentiment que nous détenons la vérité, il n’y a pas de vérité dans le plan local d’urbanisme. Mais chaque fois qu’il a été possible de corriger des erreurs de notre part, nous l’avons fait. Pour preuve, après la grande réunion à la CCISM, beaucoup de personnes sont venues au pôle Développement durable, notamment ceux qui s’étaient exprimés de façon virulente. Nous avons donc été sur place pour nous rendre compte de la réalité du terrain, auprès des propriétaires concernés, pour voir s’il était possible de modifier des courbures, une ligne… Beaucoup ont eu gain de cause. D’autres ont eu partiellement gain de cause. Et il y en aura certains pour qui ça ne sera pas possible.

Pourquoi certaines demandes ne pourront être reçues favorablement ?

Nous sommes compétents en matière d’urbanisme mais pas en matière d’environnement. Et il y a une imbrication entre les deux. Nous devons respecter la loi sur l’eau, les trames bleues et vertes, les interruptions d’urbanisation, etc. Il n’a jamais été question, pour le pôle Développement durable, de spolier les habitants. Mon ambition c’est de faire comprendre aux gens qu’il faut avoir une vision à plus long terme et d’arrêter de se focaliser sur demain comme s’il n’y avait pas d’après demain. Nous avons pour ambition de protéger ce territoire pour permettre aux générations futures de pouvoir en bénéficier pleinement.

Le Code de l’environnement dont nous dépendons n’est-il pas trop contraignant pour Saint-Martin, territoire très exigu ?

En effet, nous n’avons pas la compétence environnement car nous ne l’avons pas demandée. Et je ne suis pas certain que l’avoir aurait été une bonne chose. Je me rappelle que ma conscience politique s’est réveillée lors des batailles pour l’environnement. Il n’y avait pas le PLU lorsque, nous-mêmes Saint-Martinois, nous remblayions nos étangs. Nous faisions des choses contraires à la protection de la nature. Donc aujourd’hui, c’est un peu le revers de la médaille. Sur le territoire de la partie française, je veux garder une qualité visuelle convenable. Quand on regarde le côté hollandais, à certains endroits c’est exactement ce que je ne veux pas pour notre territoire. Je prends aussi en exemple l’événement dramatique qui a touché lourdement la Dominique, la tempête Erika. Cela doit nous rappeler que la nature a ses droits et qu’il faut, toutes proportions gardées, ne pas aller à l’encontre des mesures, mais dans le sens de leur respect. Si nous respectons la nature, elle sera là aussi pour nous protéger. Dès qu’on ne la respecte pas elle, nous rappelle à l’ordre de façon brutale.

Quel message souhaitez-vous délivrer à la population au démarrage de l’enquête publique ?

Je supplie toutes les personnes sans exception, qui ont quelque chose à revendiquer ou qui ont besoin de se rassurer, de venir faire part de leurs inquiétudes au commissaire enquêteur. C’est maintenant, ou jamais. Les remarques seront consignées, il y aura arbitrage, rapport du commissaire enquêteur, puis nouvel arbitrage. Il ne faut pas que notre population rate cet épisode incontournable. Nous avons tout le mois d’octobre, le commissaire sera présent au pôle développement durable. Venez. Assurez-vous que vos difficultés soient prises en compte. Ne restez pas à l’écart pour ensuite venir critiquer la Collectivité. Après le 31 octobre, il sera trop tard pour se réveiller.

PLU : qu’est-ce qui va changer ?

En prévoyant 60% de zones naturelles sur la surface du territoire, le PLU est plus rigoureux que le POS qui n’en prévoyait que 50%. En contrepartie, vont être autorisées des hauteurs plus importantes pour les bâtiments dans certaines zones.

C’est tout l’enjeu de ce PLU. Permettre la densification des constructions, pour préserver plus de la moitié du territoire en zones naturelles puisque seulement 40% seront ouverts à l’urbanisation. Les règles du plan local d’urbanisme (PLU), qui vont remplacer celles du POS, seront donc déterminantes pour le paysage, le cadre de vie des habitants et le développement économique du territoire. Une équation délicate, également soumise aux principes du Code de l’environnement sur lequel la Collectivité n’a pas la main. Or le PLU de Saint-Martin voulu par les élus de la majorité est tout de même ambitieux, puisqu’il programme l’urbanisation du territoire pour 13.000 habitants supplémentaires, soit 50.000 d’ici une quinzaine d’années. Saint-Martin étant petit un territoire, la gestion de la pression urbaine programmée dans le PLU entend donc éviter un étalement horizontal, du littoral au sommet des mornes, quand le Code de l’environnement impose lui de conserver des coupures d’urbanisation.

DES HAUTEURS INÉDITES

Nous l’avions déjà expliqué dans nos colonnes au terme des concertations publiques, le grand changement que va autoriser le PLU concerne la hauteur des bâtiments sur certaines zones prédéfinies. Ceci, afin d’augmenter les surfaces habitables, bien que paradoxalement l’emprise au sol soit, sur certaines zones, plus restrictive que dans le POS.

Les secteurs situés en zone U6 (zone urbaine à vocation touristique soit La Samanna, Baie Nettlé, Friar’s Bay, Anse Marcel, Baie Orientale, Oyster Pond) pourront ainsi recevoir des constructions jusqu’à 19 mètres de haut si l’emprise est limitée à 21% (10 mètres seulement pour une emprise à 40%). Si dans la zone U1, soit les centres de Marigot et Grand-Case, les bâtiments n’excèderont pas 9 mètres, dans la zone U2 (périphérie de Marigot et centre de Quartier d’Orléans), l’élévation pourra se faire jusqu’à 17 mètres. Dans U3, qui correspond aux périphéries (Sandy Ground, Concordia, Quartier) les bâtiments pourront grimper jusqu’à 14 mètres de haut. Pour les deux autres zones urbaines, la hauteur sera autorisée à 9 mètres jusqu’au faîtage pour les lotissements de la zone U4 (Cul-de-Sac, Rambaud, Baie Orientale…) et 7 mètres pour U7, soit les Terres Basses (10% d’emprise au sol).

Le PLU prévoit également des zones dites à urbaniser (AU) pour faire face à la pression démographique future et comprenant des secteurs non construits mais connectés aux zones urbaines. Les bâtiments y seront limités à 11 mètres. En revanche, peu ou pas de bâti hors zones urbaines, soit dans la zone agricole (A) de 460 hectares et les zones naturelles (N), qui comprennent notamment des espaces boisés sanctuarisés.

Lorsque le PLU sera définitivement approuvé, et à moins d’une annulation, il pourrait donner lieu à une soudaine accélération des projets freinés par sa longue gestation. Car investisseurs et promoteurs sont encore suspendus au nouveau règlement des constructions qui, tant que le PLU n’entre pas en vigueur, est toujours susceptible de bouger.

 

Une contestation s’organise autour du PLU

Depuis quelques semaines le Plan local d’urbanisme fait l’objet de contestations qui ont pris corps sur les réseaux sociaux avec la création d’un groupe « Pour dire non au projet de PLU sur U4 » (notre édition du 21 août 2015). Son porte-parole, Gilles Kelaïdites, avait alors saisi la presse pour faire part des inquiétudes relatives à la réglementation sur cette zone destinée à l’habitat pavillonnaire et accueillant beaucoup de villas : Friar’s Bay, Colombier, Rambaud, Cul-de-Sac, Mont Vernon, Orient Bay, Oyster Pond. Les règles du PLU autorisent en effet des constructions en R +2, soit 9 mètres au point le plus haut du bâtiment (le POS autorise 10 mètres mais jusqu’au point le plus haut de la toiture), ce qui fait craindre aux riverains une dénaturation de leur cadre de vie et la dévalorisation des biens immobiliers.  

Plus récemment, les initiateurs de cette mobilisation ont créé une association « We Love Saint-Martin » et lancé une pétition sur change.org : « Nous demandons à la Collectivité de Saint-Martin de modifier son projet de PLU du 25 juin 2015 car il ne prend pas en compte les avis des nombreux habitants Saint-Martin qui se sont exprimés » peut-on lire en préambule. La contestation, qui compte à ce jour quelque 460 signatures, relaye des craintes liées au déclassement de terrains constructibles, à un cadre de vie « dégradé à cause de l’arrivée massive d’immeubles bas de gamme », à la défiguration des lieux et la perte de valeur des biens sur certaines zones, ou encore à l’attractivité touristique du territoire.

Le 20 septembre, l’association « We Love Saint-Martin » a transmis une missive à la présidente de la Collectivité et depuis quelques jours, des tracts sont distribués. 

RÉUNION CE MARDI SOIR AU BIKINI
L’association « We Love Saint-Martin » organise une réunion ce mardi soir au restaurant Bikini à la Baie Orientale, à 18 heures. L’ordre du jour concerne une « mobilisation de la population pour le 1er octobre entre 11 heures et 13 heures devant la direction de l’aménagement du territoire ». Le collectif annonce également « l’organisation d’une permanence lors de l’enquête publique ».
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