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Le propriétaire d’un restaurant était jugé hier pour avoir tiré sur un homme avec un fusil de chasse alors qu’il aurait tenté de voler le véhicule de son frère.
 
 

Ce Saint-Martinois est connu comme un homme respectable et de bonne moralité. Mais il y a trois ans, sa vie a pris un tournant tragique. C. P. comparaissait hier devant le tribunal correctionnel de Saint-Martin pour violences volontaires avec arme ayant entraîné plus de huit jours d’incapacité temporaire de travail (ITT).
La présidente du tribunal, Sylvie Hanoteaux*, revient sur les faits. Le 21 mars 2012, C. P. rentre chez lui, à Grand-Case en début de soirée, après avoir aidé son frère à réparer sa voiture avec laquelle il repart. Il va ensuite travailler dans le restaurant dont il est propriétaire, jusqu’à deux heures du matin. Vers 4 heures, il s’apprête à se coucher lorsque des chiens se mettent à aboyer devant sa maison. Il ouvre la porte et entend un bruit anormal, comme si quelqu’un démontait des pièces. Il pense immédiatement au véhicule de son frère, qui a déjà subi plusieurs vols. C. P. se saisit alors d’un fusil de chasse, entreposé dans sa chambre, qu’il charge. Il sort dans la rue et aperçoit une personne qui prend la fuite. Il s’agit de I. M. Ce dernier monte dans une voiture. A ce moment-là, l’individu se baisse afin d’attraper un objet. Lorsqu’il se relève, C. P. dit avoir pris peur. Armé de son fusil, il tire. La victime est grièvement blessée – délabrement majeur du menton et un larynx démonté ont, entre autres, été constatés – et son pronostic vital est engagé. I. M. est opéré en Martinique et sera rendu inapte au travail pendant deux mois.
C. P., qui a appelé les secours, est placé en détention provisoire, du 23 mars au 25 mai 2012. Il est ensuite mis sous contrôle judiciaire.
 
IL ÉCHAPPE AUX ASSISES
Initialement, le suspect devait être jugé devant la cour d’assises de Basse-Terre pour tentative de meurtre. Mais le juge d’instruction de cette affaire a requalifié les faits en violences volontaires aggravées. Ce qui explique que le dossier se retrouve devant le tribunal correctionnel de Saint-Martin.
Pendant l’audience d’hier, l’expertise psychologique et psychiatrique du suspect, demandées par le juge d’instruction, ont pu être exploitées. Selon les deux rapports, le prévenu ne souffre d’aucun trouble psychologique ni psychiatrique. Il est même doté d’une bonne intégration des normes sociales et affectives. Les documents révèlent également le profond sentiment de culpabilité et de regrets éprouvé par l’auteur présumé. Par ailleurs, l’expertise psychiatrique mentionne une possible altération du discernement chez C. P., qui, le soir des faits, s’était couché tard, avait beaucoup travaillé et était en proie à de fortes émotions. Un point repris plus tard par l’avocat de la défense, Catherine Vilovar.
 
Lors des débats, les témoignages contradictoires de la victime ont également été soulevés par toutes les parties. En effet, I. M. a d’abord déclaré se trouver près du domicile de C. P. afin de retrouver des sandales de plage oubliées (sic), puis, pour récupérer une amie. Les faits se déroulant à 4 heures du matin, ces allégations paraissent douteuses, autant pour le vice-procureur, Michaël Ohayon, que pour Catherine Vilovar. La victime et son avocat étant absents lors de l’audience d’hier, ces zones d’ombres n’ont pu être éclaircies.
 
DES VIES« BRISÉES »
Dans cette affaire, Michaël Ohayon ne remet pas en cause la moralité du prévenu (des attestations de bonne moralité, signées par l’entourage de C. P. avaient été transmises par la défense). A ses yeux, le dossier est surtout emblématique de personnes qui, «avec un sentiment initial de peur, vont se saisir d’une arme afin d’impressionner ou de faire justice eux-mêmes» Au regard des blessures infligées à la victime – qui souffre dorénavant d’infirmité permanente -, et des «vies brisées» à cause de cet acte – celle de I. M. mais aussi celle de C. P. et de sa famille -, le vice-procureur interroge le prévenu : «est-ce que cela valait le coup d’aller chercher une arme pour ce véhicule, même si I. M. était effectivement un voleur ?» C. P. fait un «non» de la tête. Michaël Ohayon requiert quatre ans d’emprisonnement à l’encontre de l’auteur présumé, dont deux ans assorti d’un sursis simple.
A travers sa plaidoirie, l’avocat de la défense, Catherine Vilovar, a tenté de démontrer que son client n’avait nullement l’intention de tuer. Cette dernière a mis en lumière un «comportement incohérent», propre à quelqu’un dont le discernement est altéré par un sentiment de peur. «Il n’y a pas eu de violences volontaires. Ces tirs sont intervenus au moment où C. P. s’est senti menacé», a-t-elle fait remarquer.
 
Le tribunal a condamné C. P. à quatre ans d’emprisonnement, dont 30 mois assortis d’un sursis simple. Il a également été ordonné la confiscation de l’arme, placée sous scellé.
 

*Sylvie Hanoteaux a été nommée juge aux affaires familiales. Lors de cette audience en juge unique, elle remplace Gérard Egron-Reverseau, absent pour maladie.


 
 
Coup de poing et coup de couteau

Hier, une affaire de violences conjugales réciproques a également été jugée par le tribunal correctionnel de Saint-Martin. G. F., un homme de 43 ans, comparaissait pour avoir frappé sa concubine de l’époque. A, E., âgée de 24 ans, est accusée d’avoir blessé son compagnon avec un couteau de cuisine, entraînant chez lui une incapacité temporaire de travail (ITT) de deux jours pour une plaie au niveau de la joue. La dispute, qui a eu lieu le 31 mai dernier, se produit alors que la jeune femme retrouve son petit-ami suite à une longue absence de la jeune femme. Les examens médicaux montreront que le quadragénaire était très fortement alcoolisé : ils révèleront un taux de 3,33 g/litres de sang.
Pour le vice-procureur, Michaël Ohayon, les violences sont caractérisées, autant du côté de la femme que de celui de l’homme. Il requiert une peine d’un à deux mois de prison avec sursis pour G. F. et trois mois de prison avec sursis pour A. E. Il est à noter que les deux prévenus n’ont pas de mention à leur casier judiciaire. Il demande également à ce que l’arme, placée sous scellé, soit confisquée.
L’avocat de la défense, Delphine Tissot, a plaidé la relaxe, arguant que rien ne prouve, à part les déclarations de la jeune fille, que son client, ivre qui plus est, lui ait porté un coup. Parce que les violences infligées à l’encontre de G. F. sont «particulièrement graves et auraient pu être beaucoup plus tragiques», elle réclame des dommages et intérêts, à hauteur de 1 000 € au titre du préjudice subi, 1 000 € pour le préjudice moral, 1 000 € au titre du pretium doloris ainsi que 800 € au titre des frais de justice.
Le tribunal a condamné G. F. à un mois de prison avec sursis. A. E. est condamnée à trois mois de prison avec sursis. Elle devra verser 1 000 € de dommages et intérêts, tous préjudices confondus ainsi que 700 € au titre des frais de justice.
 

 
SANDY GROUND
Un homme frappé à la tête
 
Mercredi soir, vers 20h30 à Sandy Ground, un homme a été agressé par deux individus armés d’un pistolet qui l’ont frappé à la tête à coups de crosse. La victime a été admise au centre hospitalier pour des blessures superficielles et en est ressorti le soir même. La brigade de recherche a été chargée de l’enquête.
 
SAINTE-LUCIE
250 kg de cocaïne pure interceptés
 
La préfecture de Martinique fait état, dans la nuit du 23 au 24 septembre, d’une intervention de la frégate de surveillance Ventôse à 60 milles nautiques à l’ouest des côtes de Sainte-Lucie pour intercepter un Go Fast. Lors de la poursuite, les présumés narcotrafiquants ont rejeté des ballots de drogue à la mer. Trois ballots, soit 84 kilogrammes de cocaïne, ont été récupérés. L’estimation de la cargaison totale du Go Fast est de 250 kilogrammes de cocaïne pure. Coupée en moyenne cinq fois, cette cocaïne pure pourrait représenter jusqu’à plus d’un million de sachets de 1 gramme sur le marché européen. La drogue récupérée a été détruite dès le lendemain à l’antenne Caraïbes de l’OCRTIS, qui a également placé en garde à vue les 7 présumés narcotraficants.
Cette opération illustre l’excellente coopération avec les partenaires régionaux ainsi que l’efficacité de l’action interministérielle menée par la France aux Antilles. Cette saisie porte le bilan de l’année 2015 à plus de 6,2 tonnes de drogue interceptées en mer. Et l’année est loin d’être terminée.
 
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