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Des recherches ont permis de conclure qu’à Saint-Martin, l’abolition de l’esclavage avait été proclamée le 28 mai 1848 et non le 27.

L’histoire de Saint-Martin s’est trouvée au cœur des débats le 5 novembre dernier. Les élus réunis en Conseil territorial ont validé, à l’unanimité, le principe d’une requête au gouvernement pour modifier la date de commémoration de l’Emancipation Day – le 27 mai, au 28 mai, et donc le jour férié qui y est associé. Une façon de réhabiliter l’Histoire, à la lumière de sources attestant de la réalité de cette date. Pour Saint-Martin, il s’agit aussi d’affirmer son identité propre vice-à-vis de la Guadeloupe dont elle a longtemps été considérée comme une simple dépendance. Invitée à éclairer les élus sur leur choix, la directrice des Archives territoriales, Stéphanie Dargaud, a présenté les conclusions de recherches qui réhabilitent les faits historiques à Saint-Martin. « Des sources fiables et authentiques ont été remises à jour » détaillait la spécialiste.  
 
Quatre documents à la loupe
Mme Dargaud a ainsi balayé les documents archivistiques qui permettent d’attester que les esclaves ont bien été émancipés le 28 mai 1848 sur nos terres. Cette même année, le maire de Marigot, Georges Dormoy, avait ainsi clôturé le registre des actes de naissance, mariage et décès des personnes asservies, par ces mots : « clos et arrêté le présent registre contenant quarante et un actes par nous Maire de la commune du Marigot, fait à Saint-Martin, signé, en ce jour du vingt-huit-mai mille huit cent quarante-huit, jour de la proclamation de la liberté générale en ladite commune ».
Attestent également de la date du 28 mai une lettre du commandant de la partie hollandaise à l’Officier commandant datée du 30 mai 1848, une lettre du commandant de Sint Maarten du 31 mai 1848 adressée au commandant de la partie française, ainsi qu’une pétition de propriétaires de sucreries de la partie française aux membres de l’Assemblée nationale législative datée du 1er août 1849.
Autant de sources officielles « qui se complètent par d’autres sources notamment à Sint Maarten » ajoutait Stéphanie Dargaud, et qui confirment que la date du 28 mai est bien le jour de la proclamation de l’abolition de l’esclavage à Saint-Martin.
 
Pourquoi cette erreur historique
Le décret du 27 avril 1848 a aboli l’esclavage de façon définitive dans les colonies françaises. Les gouverneurs et les commissaires généraux étaient chargés « d’organiser la liberté » notamment en Guadeloupe et dans ses dépendances. A partir du mois de mai 1848 et sans attendre de l’arrivée du décret, la nouvelle se répand. De violentes révoltes éclatent en Martinique, nourries par l’incompréhension de savoir un décret voté mais ne devant être appliqué que deux mois plus tard. Ces événements vont donc précipiter l’émancipation effective des esclaves. Ils seront libérés le 22 mai en Martinique et le 27 mai en Guadeloupe, où le gouverneur de l’époque proclame l’abolition de l’esclavage par peur des conflits. Cette date avait donc aussi été retenue pour Saint-Martin. Mais c’est au lendemain de la publication du décret guadeloupéen que l’esclavage aurait été aboli sur nos terres en vertu des sources mises à jour. Il reviendra à l’Etat d’accéder à la demande de la Collectivité afin que les commémorations qui se tiennent chaque année à Saint-Martin soient en phase avec la réalité historique de notre territoire.
 
 
Pour une identité saint-martinoise

Sur notre île bicéphale les différences se mesurent également sur un plan historique car côté hollandais, l’abolition de l’esclavage se fête le 1er juillet. Le président du CESC Georges Gumbs, qui, jeudi dernier, a fait part de sa « satisfaction dans la demande de réhabilitation de la réalité historique », a néanmoins soulevé cette particularité. « Il faudrait utiliser le mois de juin pour faire un pont entre les deux parties de l’île ». Le président de l’instance consultative propose ainsi un « Emancipation Month » avec « des événements à portée pédagogique et culturelle ». Georges Gumbs a également glissé l’intérêt de saisir le changement de date de l’abolition de l’esclavage à Saint-Martin pour « proposer à la population des pratiques commémoratives qui ne sont pas des répliques de ce qui se fait en Guadeloupe ou dans d’autres îles ». Le président du CESC souhaite ainsi que « cette différenciation (de date) s’applique aussi au folklore des commémorations ».
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