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La loi peut-elle tuer le tourisme ? Par un communiqué transmis aux médias la Collectivité annonce une série de mesures pour faire appliquer la réglementation concernant l’occupation du domaine public.

Transat ou serviette ? Ce débat a priori inoffensif et plutôt fréquent sur nos plages se transforme désormais en une polémique enflammée alors que s’ouvre – ironie du sort ?- la haute saison touristique. Depuis mardi soir l’affaire des transats de Grand-Case fait grand bruit et suscite une inextricable controverse quand, dans les rues du boulevard gastronomique, la consternation des commerçants se lit sur les visages. Par un communiqué transmis aux médias, la Collectivité a en effet annoncé mardi dernier prendre plusieurs mesures pour faire appliquer la réglementation en matière d’occupation du domaine public terrestre et maritime. Parmi lesquelles l’interdiction de transats sur la plage de ce site très touristique. La commission d’aménagement et de l’urbanisme s’est en effet réunie le 3 novembre et a émis un avis en ce sens. La décision devrait être entérinée par le Conseil exécutif du 17 novembre. « Les restaurateurs de la zone seront notifiés par courrier de cette décision » indique la communication de la COM. A moins qu’elle ne décide de faire marche arrière en reconsidérant la question, puisque l’enjeu touristique est tout de même important sur ce secteur.
Mercredi, alors que les autorités des deux côtés de l’île célébraient le Saint-Martin Day, les opérateurs de Grand-Case n’étaient pas à la fête. Dans l’après-midi, une réunion de crise s’est spontanément organisée à l’initiative de l’ARCHA (association des restaurateurs, commerçants, hôteliers et artisans de Grand-Case). Rassemblés au Blue Martini, une quinzaine de ses membres ont partagé leurs inquiétudes, totalement dépités. « Pourquoi une telle rapidité, et sans aucune concertation ? Nous sommes pour la discussion » scandaient-il.
 
UN IMPACT POUR L’ACTIVITÉ
L’affaire des transats de Grand-Case soulève la question l’activité économique du secteur et par-delà, du territoire. Pour ces commerçants, qu’ils soient concernés ou pas par l’interdiction pressentie, « les retombées indirectes sont très importantes ». « Nous sommes très inquiets » soupirait le tenancier d’un restaurant de plage, pour qui l’attractivité touristique est gravement menacée : « c’est un service gratuit que nous offrons à ceux qui consomment, et qui répond à la demande de la clientèle ». Cette même clientèle aura préalablement éclusé les boutiques et alimenté le dynamisme économique du boulevard gastronomique. Sur la plage de Grand-Case, c’est donc l’incompréhension qui règne : « non seulement la plage est loin d’être envahie mais là où il y a des transats, vérifiez, ce bout de plage est propre contrairement aux autres ! ». « Que la Collectivité nous donne des AOT ! » arguait même un membre de l’ARCHA.  
Au bout de la rue, chez Enold, le boss faisait part de sa « tristesse ». « C’est vraiment malheureux, on travaille, on paye des charges et des taxes, et qu’est-ce qu’on va gagner, une baisse d’activité ».
 
Mercredi, l’association ARCHA a finalement décidé d’ouvrir le dialogue avec la Collectivité. Ayant sollicité une entrevue avec Aline Hanson, ils seront finalement reçus lundi prochain par le vice-président en charge du pôle développement économique, Wendel Cocks.
 
 
Touche pas à mes transats !
Depuis mardi soir la mobilisation enfle sur les réseaux sociaux. La diffusion des mesures prises par la Collectivité a vite fait le tour des internautes saint-martinois. Dans la foulée, un groupe Facebook s’est créé «#touchepasamestransats » qui rassemble déjà quelque 350 membres. 
 
 
Grand ménage sur le boulevard gastronomique
 
La question des transats sur la plage intervient dans le cadre d’un package de mesures que la Collectivité entend faire appliquer pour lutter contre « l’utilisation intempestive du domaine public par des privés ».
 
Soucieuse de faire appliquer la réglementation en matière d’occupation du domaine public, la Collectivité de Saint-Martin a décidé d’agir à travers des mesures concrètes. La présidente Aline Hanson demande à tout un chacun de respecter la réglementation en vigueur ; il en va du respect des riverains et de la quiétude du quartier de Grand-Case » peut-on lire dans un communiqué transmis à la presse.
En préambule, une rencontre s’est déroulée le 29 octobre dernier entre Aline Hanson et la préfète Anne Laubies afin de travailler « sur le respect de la loi en matière d’occupation du domaine public terrestre et maritime de la Collectivité ». La situation des plages de Saint-Martin a donc été évoquée mais la baie de Grand Case a fait l’objet d’un état des lieux spécifique afin de « recenser les abus et aboutir à une stricte application de la loi en matière d’occupation du domaine public dans ce secteur ». Ont notamment été évoqués la délivrance d’Autorisation d’Occupation Temporaire (AOT) sur cette plage, la pratique d’activités nautiques dans le couloir aérien, le rejet des eaux usées et des huiles de cuisson dans la mer, l’occupation du domaine public par de nombreux transats et parasols, l’installation de terrasses sur la plage sans autorisation préalable, les nuisances sonores et la détention de licence dans les débits de boissons. La question des animaux errants sur les plages et l’allumage de barbecues à des endroits inappropriés, ont aussi fait l’objet d’une réflexion entre les services de la Collectivité et ceux de l’Etat.
 
EXIT LES WATERSPORTS
 
Un comité de suivi s’est réuni le 6 novembre et a pris plusieurs dispositions. Outre « l’affaire des transats », un arrêté interdisant les activités nautiques motorisées en bordure de plage a été signé par la présidente. « Les exploitants de watersports seront informés par courrier de la réglementation en vigueur » indique la COM, qui précise que l’activité nautique est déjà interdite dans le couloir aérien de l’aéroport de Grand-Case.
 
HYGIÈNE ET NUISANCES SONORES
 
« Des panneaux supplémentaires seront installés par la collectivité aux abords du littoral et des contrôles seront opérés par la police territoriale afin de faire respecter l’interdiction de divagation des animaux et le nudisme sur les plages » ajoute la COM. Question hygiène, « les restaurateurs seront notifiés par courrier de l’obligation d’installer des bacs à graisse et d’évacuer par un circuit non polluant les graisses de cuisson. Des contrôles seront effectués par la police territoriale afin que cette directive soit respectée ».
Enfin, « la police territoriale effectuera des contrôles réguliers dans les bars de Grand-Case, afin de lutter contre les nuisances sonores. Des vérifications seront également effectuées par la police concernant la détention de licence pour le débit d’alcool ».
 
 
Gain de cause pour le Conseil de quartier
 
Le Conseil de quartier numéro 2 avait saisi la Collectivité à plusieurs reprises pour demander que soit appliqué le respect de la réglementation à Grand-Case. « Cela fait des années que l’on pose des questions, que l’on envoie des courriers, qu’il y a des rendez-vous » nous confirmait hier la représentante du Conseil de quartier Patricia Chance-Duzant. Se disant « dans l’attente de recevoir un courrier de la Collectivité confirmant ces mesures », elle se félicitait néanmoins de ces avancées : « toute la plage de Grand-Case ne peut être comme Orient Bay ».
En marge de la mobilisation du 22 octobre dernier concernant le PLU, le collectif « Saint-Martin Wake Up » avait notamment demandé à la Collectivité de mieux prendre en compte le rôle et les doléances des Conseils de quartier. Manifestement, celui de Grand-Case a été entendu.
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