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Depuis cinq mois le Centre Symphorien d’Insertion a pris à bras le corps les difficultés de ce secteur excentré où la jeunesse mérite des actions fortes et ciblées. Coup de zoom sur cette association méritante.

Aux confins de la partie française, Quartier d’Orléans et ses quelque 5000 habitants est un village à part entière où se cristallisent les problèmes les plus criants de notre société. Avec Sandy Ground, ce secteur constitue d’ailleurs un quartier prioritaire de la Politique de la Ville. Depuis quelques mois, une bonne fée s’est aussi mise à l’œuvre pour tenter d’enrayer la spirale de la délinquance et offrir à la jeunesse de nouvelles perspectives. Native de Quartier d’Orléans, Marie-Paule Rousseau-Cornette a retroussé ses manches pour lutter contre une situation sociale dramatique. « Lorsque je suis revenue à Saint-Martin il y a trois ans j’ai vu mon quartier sinistré ». Ce constat alarmant l’a secouée au point de tout lâcher, y compris la carrière brillante qu’elle poursuivait en métropole dans le domaine informatique, pour ne plus se consacrer qu’à faire bouger les choses dans son quartier : en juillet dernier le Centre Symphorien d’Insertion était né. Depuis, sa directrice a embrassé la mission comme un sacerdoce dans une hyperactivité qui porte déjà ses fruits. Pour ce faire, elle est assistée d’un bureau de sept membres présidé par Josiane Rousseau. La première action n’est pas passée inaperçue, puisque c’est le Centre Symphorien d’Insertion qui embauche, avec l’aide de l’Etat et de la Collectivité, la Brigade verte composée de vingt jeunes gens chargés, depuis début octobre, du ramassage des sargasses.  
 
RÉINSÉRER, ABSOLUMENT
Dans ses statuts, cette association loi 1901 s’est donnée pour objectif ambitieux « l’insertion des publics défavorisés et la valorisation du territoire de Saint-Martin. Ceci afin de faire reculer le chômage, les situations de déviance à Quartier d’Orléans et dans les autres quartiers défavorisés ».
« Ma première préoccupation a été de comprendre les problèmes et de les recenser » rapporte Marie-Paule. Surtout celui de la délinquance, corollaire malheureux d’un très fort taux de chômage. « Il s’agit de bien comprendre cette délinquance, de savoir d’où elle vient compte tenu de la proximité de la frontière ». La directrice du Centre Symphorien d’Insertion œuvre donc en premier lieu sur le terrain : « j’ai rencontré beaucoup de jeunes dans la rue, 50% de la Brigades verte a été recrutée comme ça ». Elle fait également part d’un « fort sentiment d’exclusion » chez ces jeunes de 17 à 24 ans qui se sont déscolarisés.
 
CIBLER LES PUBLICS
Aujourd’hui le Centre Symphorien d’Insertion accompagne également une dizaine de jeunes qui sont récemment sortis de prison, « un vrai problème sur l’île » martèle Marie-Paule. « Il faut absolument comprendre leur parcours et ensuite éviter la récidive, ces jeunes ont vraiment besoin d’être suivis ». L’association travaille donc en lien avec le service pénitentiaire d’insertion et de probation de Guadeloupe pour les aider à trouver un logement si besoin, mais aussi une formation ou un travail. « Ils ont vraiment la volonté de s’en sortir, il faut être à leur écoute ».
Autre sujet de préoccupation avec les « filles mères », ces (nombreuses) adolescentes qui ont déjà un enfant : « nous essayons de les suivre pour leur offrir une seconde chance ». A l’image des Brigades vertes qui ont permis d’embaucher 20 jeunes gens, le Centre Symphorien d’Insertion travaille donc sur un projet similaire, destiné cette fois aux filles : « nous travaillons sur un dossier dans le cadre de la Politique de la Ville pour pouvoir embaucher 20 jeunes filles au sein de l’association ».
A l’origine de la marginalisation sociale, la sortie du système scolaire. Le Centre Symphorien d’Insertion met donc en place un accompagnement qui sera organisé en lien avec le collège de Quartier d’Orléans dans le cadre du dispositif SAS (session d’accueil scolaire). Au sein de l’association, c’est la jeune Latesia Chittik qui va chapeauter les animateurs.
L’action du Centre Symphorien d’Insertion doit beaucoup au travail de proximité réalisé par les membres de l’association. Rencontrer, discuter, sensibiliser, tout se construit sur le terrain et avec les habitants. En août l’association a ainsi organisé une semaine d’immersion à Quartier d’Orléans pour échanger avec la population sur le problème des épaves. « Nous avons sensibilisé sur l’insalubrité et le danger que ça représente » indique la directrice. Restaurer la cohésion sociale de Quartier d’Orléans ne se fera pas en un jour et Marie-Paule le sait bien. Mais quand elle affirme que « chaque action a son importance » et qu’il faut « redonner confiance aux jeunes », on la croit volontiers.   

Tous ensemble !

L’événement n’est pas sans rappeler le scénario d’une célèbre émission de téléréalité. Toutes les bonnes volontés de Quartier d’Orléans et d’Oyster Pond sont appelées à se réunir samedi et dimanche (14 et 15 novembre), mais aussi le week-end prochain (21 et 22 novembre) pour construire la future Maison d’Accueil qui permettra au Centre Symphorien d’Insertion d’accueillir les jeunes en décrochage scolaire et en difficulté sociale. En fait cette maison existe déjà et a été mise à la disposition de l’association par un bon samaritain nommé Luc Wellington. La même âme bienfaitrice qui prête également un terrain de 10.000 m2 à Oyster Pond, où l’association va créer le « Jardin de l’espoir » afin que des jeunes puissent se former aux pratiques agricoles et paysagistes. Pour ouvrir officiellement ses portes au mois de décembre, puisque la demeure accueillera le Noël des enfants, la Maison d’accueil a cependant besoin d’être rafraîchie, décorée et meublée. Il faut donc mettre la main à la pâte avec un maximum de bénévoles. Le Centre Symphorien d’Insertion lance également un appel aux dons pour des matériaux nécessaires aux travaux (bois, ciment, peinture…) et des plantes d’ornement : « Nous attendons des parents solidaires acteurs de cette action et nous sollicitons la participation des artisans et professionnels du BTP de Quartier d’Orléans ».

Main dans la main avec Oyster Pond
 
Quartier d’Orléans et Oyster Pond constituent deux pôles bien distincts que tout éloignerait, si ce n’était leur situation excentrée commune, et la route. Le Centre Symphorien d’Insertion entend donc œuvrer en étroite coopération avec le quartier voisin et à ce titre, une réunion se tiendra les 19 et 20 novembre avec les commerçants et hôteliers d’Oyster Pond. L’association de Quartier souhaite en effet créer « une alliance ». Et cela peut passer par l’embauche de jeunes en insertion qui pourraient, à proximité de chez eux, trouver une activité professionnelle ou une formation. La rencontre permettra également d’évoquer l’embellissement de la route, éminemment touristique, qui relie Quartier d’Orléans et Oyster Pond.

Ça se passe en novembre, avec le Centre Symphorien d’Insertion
 
Samedi 7 novembre
Réunion mensuelle du bureau  sur l’activité des Brigades vertes chargées du ramassage des sargasses. L’association fera le point sur les premières actions menées par les jeunes. « Nous constatons une forte implication et un sens des responsabilités, nous leur disons déjà bravo ! » indique la directrice, Mme Rousseau-Cornette.      
 
Jeudi 12 novembre
Atelier à 14 heures pour les jeunes filles mères de 17 à 20 ans issues de Quartier d’Orléans. Avec ce type de rencontre, qui auront lieu tous les jeudis, le Centre Symphorien d’Insertion entend favoriser l’accès à l’emploi et à la formation des jeunes femmes.
Un groupe de travail se réunira également à 16 heures pour lancer le Jardin de l’Espoir qui permettra, sur un terrain d’Oyster Pond, de créer un chantier d’insertion agricole et paysager en faveur de jeunes inscrits dans un chômage de longue durée.
 
Samedi 14 et dimanche 15 novembre
Ouverture du chantier pour la Maison d’Accueil (lire « Tous ensemble ! »)
 
Jeudi 19 novembre
Atelier de recrutement et rencontre avec les partenaires pour la Maison d’accueil : animateurs, intervenants en milieu scolaire, éducateurs spécialisés, animateurs sportifs.
Ce même 19 novembre, un jeune issu de Quartier d’Orléans sera présent sur le Forum Mobilité, qui se tiendra à l’Ecole militaire de Paris, sous la recommandation du Centre Symphorien d’Insertion.
 
Dimanche 22 novembre
Cohésion trimestrielle du Centre Symphorien d’Insertion avec les habitants de Quartier d’Orléans, les commerçants et hôteliers d’Oyster Pond et tous les partenaires de l’association.
Pour se rapprocher de l’association, contacter le 0690 30 74 40 ou écrire à contact@csi-insertion.com
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