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Lundi les opérateurs de Grand-Case concernés par l’installation de transats sur la plage ont reçu un courrier de la Collectivité les sommant d’enlever leur matériel sous sept jours.

À moins de trois semaines de Noël, ouverture de saison difficile pour le tranquille village de Grand-Case plus habitué aux sourires des touristes qu’à la mine déconfite des restaurateurs. Lundi une dizaine d’établissements installés en bord de mer ont reçu une missive de la Collectivité confirmant sa détermination à faire appliquer la réglementation. « Afin de procéder à la régularisation de votre situation je vous invite à retirer du domaine public de la Collectivité vos effets dans le délai d’une semaine à compter de la réception de la présente notification » peut-on lire dans ledit courrier signé de la présidente Aline Hanson et qui émane du pôle Développement durable. La missive rappelle à ses destinataires les articles 1 et 2 de l’arrêté du 24 juin 2010 et portant interdiction d’occuper le domaine public sans autorisation.
 
La Collectivité met donc en application la décision actée lors du Conseil exécutif le 17 novembre dernier et ce de manière quelque peu brutale. La position des élus sur cette question révélait en effet une gêne certaine quant à trancher immédiatement sur ce dossier sensible, qui, s’il doit permettre de réguler l’occupation anarchique du domaine public, a aussi des conséquences sur l’attractivité touristique et l’activité économique du site. Sur les six élus invités à s’exprimer sur la question, cinq d’entre eux s’étaient en effet abstenus de voter. Le quorum ayant cependant été atteint (7 élus siègent normalement au Conseil exécutif mais Guillaume Arnell était absent) l’unique voix qui s’est prononcée « pour » permet d’entériner la décision. A vrai dire, la Collectivité n’avait même pas obligation de passer par une délibération pour faire appliquer sa réglementation en matière d’occupation du domaine public. Une décision qui reste donc symbolique. Tellement symbolique que les cinq abstentions auraient pu laisser présager un ajournement et l’ouverture de concertations entre la COM, les résidents de Grand-Case soucieux de pouvoir fréquenter la plage librement, et les opérateurs.
 
PAS D’AOT
La position de la Collectivité est tout aussi radicale en ce sens qu’elle donne une fin de non recevoir à l’attente des entrepreneurs : « je vous précise qu’aucune AOT du domaine public de l’ensemble de la plage de Grand-Case ne sera donc délivrée pour ce type d’occupation » indique dans son courrier la présidente Aline Hanson. Une posture qui vient balayer tout espoir, pour les opérateurs, de pouvoir régulariser leur situation puisque depuis le début de cette affaire, ils se sont toujours dits prêts à coopérer pour se mettre en règle, pourvu que la COM délivre des AOT. « Je suis abasourdi » confie ce restaurateur qui misait comme les autres sur la concertation. Ce même restaurateur qui reconnaissait la nécessité de « mettre de l’ordre pourvu qu’on nous donne enfin des autorisations ».
 
Malgré les votes abstentionnistes des élus qui ont donc botté en touche sur ce dossier sensible ; malgré les demandes répétées de l’association des restaurateurs, commerçants, hôteliers et artisans de Grand-Case (ARCHA) pour établir une vraie concertation ; malgré les propos de certains édiles laissant présager que cette affaire allait susciter une réflexion plus approfondie, la plage de Grand-Case se videra donc de ses transats. Gageons qu’elle ne se vide pas de ses touristes.
 
INCOMPRÉHENSIBLE
Que la Collectivité entende mettre de l’ordre dans l’occupation du domaine public, soit. Mais l’impérieuse nécessité de faire appliquer la réglementation au moment précis de la saison où l’activité économique et la fréquentation touristique sont à leur maximum, peut surprendre. Pourquoi ne pas attendre l’accalmie du mois de janvier, voire la prochaine basse saison, pour modifier une pratique tolérée depuis une quinzaine d’années ? Pourquoi s’atteler spécifiquement à Grand-Case au lieu de mener une vaste campagne de régularisation sur l’ensemble du territoire ?
 
Reste encore à connaître la position des opérateurs. Enlèveront-ils effectivement leurs transats, parasols, tables et autres chaises ? « J’ai investi pour ouvrir mon établissement à l’entrée de la saison touristique, et j’ai embauché en ce sens » confiait précédemment l’un des professionnels concernés. Feront-ils fi du courrier de la Collectivité ? Le cas échéant, le concours de la force publique sera t-il sollicité outre la contravention de 1500 euros qui plane sur les récalcitrants ? A Grand-Case, c’est une certitude, les effluves gastronomiques ne masquent plus ni la colère ni la consternation.
 
 

Un dossier qui méritait « une décision suspensive »

Interrogé, le leader de l’opposition et député Daniel Gibbs se dit « surpris que le couperet tombe aussi vite et sans aucune concertation avec les professionnels et la population de Grand-Case ». Il rappelle que lors du Conseil exécutif « seule la présidente s’est prononcée en faveur de l’interdiction des transats » et que « les élus de sa propre majorité ont préféré s’abstenir sur une question aussi délicate ». Pour Daniel Gibbs, ce positionnement « méritait au moins une décision suspensive, le temps de faire le point avec les acteurs du dossier ».

« Je veux bien comprendre que certains habitants puissent être gênés par la présence des transats sur la plage ». Il concède néanmoins qu’ils participent « d’une certaine manière, au développement économique de Saint-Martin. « Il est dommage que la COM se prive de recettes en refusant de délivrer des AOT et que cette décision intervienne à l’orée de la haute saison touristique ». 

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