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Vendredi après-midi, la bijouterie Goldfinger a été victime d’un cambriolage fracassant en pleine journée. Les commerçants sont exaspérés.

Il était environ 14h15 lorsque quatre individus à bord de deux deux-roues se sont immobilisés à proximité de la place de la Marina Royale. Selon des témoins de la scène, deux seraient restés sur les scooters pendant que les deux autres, équipés d’une hache et d’une masse, ont fait voler en éclats une des vitrines de la bijouterie Goldfinger pour y dérober des montres de luxe. Un des malfaiteurs a également brandi une arme de poing afin de tenir en respect les passants qui se rapprochaient des lieux. Sans que personne ne soit blessé, les cambrioleurs ont ensuite pris la tangente sur leurs véhicules en direction de Bellevue et de la frontière. Lors de leur fuite, ils ont croisé le chemin d’une patrouille de gendarmerie à laquelle ils ont tout de même réussi à échapper. L’enquête a été confiée à la brigade de recherche. Le préjudice n’a pas encore été officiellement établi mais son montant devrait être élevé.
 
MOBILISATION SPONTANÉE
Ce cambriolage en pleine journée et à la vue de tous a évidemment choqué les commerçants qui, spontanément, se sont mobilisés et ont marché vers la préfecture, animés par des sentiments d’insécurité et d’impuissance, en ces temps de vigilance pourtant accrue. Une quarantaine de commerçants selon la gendarmerie. Une soixantaine selon les commerçants. Plusieurs d’entre eux se sont d’ailleurs étonnés d’avoir été accueillis par les forces de l’ordre sur le parking de la préfecture, alors que selon certains témoignages, ces mêmes forces de l’ordre auraient mis près de trois-quarts d’heure pour arriver sur les lieux du cambriolage. « On dirait que nous sommes les méchants et que les méchants sont les gentils ! » D’autres encore ont déploré l’absence totale de police territoriale au moment des faits. Ce qui par contre n’a étonné personne…
Une délégation de représentants des commerçants, composée de Frédéric Erb (propriétaire de la bijouterie Goldfinger), de Yann Lecam (président de l’AEC), de Jean Canet, Charbhe Raj, Peter Sadarangani, Hervé Dorvil et Jean-Michel Peyrefiche, ainsi que de Jean Arnell et Maggy Gumbs (président et directrice de la CCISM), a été reçue par la préfète et son chef de cabinet le temps d’une réunion. Etaient aussi présents le capitaine de gendarmerie Emmanuel Maignan, ainsi que le vice-président de la COM Wendel Cocks et la présidente de l’Office de tourisme Jeanne Rogers-Vanterpool. Lors de cette assemblée, les commerçants ont fait état de la situation délétère de l’activité économique de Marigot plombée par de nombreux faits divers et autres agressions de touristes. Les commerçants, qui ont tiré les rideaux métalliques de leurs boutiques vendredi après-midi en signe de mécontentement et de solidarité, se sentent littéralement désarmés face à une délinquance motivée par un sentiment d’impunité.
 
LES RÉPONSES DE L’ÉTAT
Après les avoir écoutés, la représentante de l’Etat a servi la réponse administrative convenue qui consiste à proposer des patrouilles plus fréquentes en centre-ville, surtout pendant cette période de fêtes (lire par ailleurs). Une augmentation des effectifs de la police territoriale serait également à l’étude. Anne Laubies a aussi évoqué un dispositif « vigi-commerce », sur le principe du dispositif « voisins vigilants ». Ce dispositif prendrait effet à partir de janvier. En outre, la préfète a invité les commerçants à recourir aux services de sociétés de sécurité. Une solution coûteuse et peu dissuasive qui n’a pas séduit les mécontents, certains évoquant l’emploi de milices privées. La représentante de l’Etat a prévenu les commerçants que dans ce cas, ce sont eux qui se retrouveraient au tribunal. Par ailleurs, Jean Canet de l’association des commerçants a été nommé pour faire le lien entre les commerçants et les autorités pendant toute la durée de la saison touristique. Une réunion est programmée chaque mois.
 
QUID DES PERQUISITIONS
 
Pour rappel, l’état d’urgence décrété sur l’ensemble du territoire national après les attentats du 13 novembre permet aux autorités de mener des perquisitions inopinées seulement en cas de menaces terroristes. Si la délinquance est une menace, sa lutte se fait dans un cadre législatif strict qui n’est pas commun à celui de l’anti-terrorisme.

RÉACTIONS
Yann Lecam, président d’Action économique et citoyenne
« Quand j’ai vu les scooters et les mecs avec des casques, j’ai tout de suite compris qu’il s’agissait d’un braquage. Quelqu’un m’a dit : «n’y va pas, ils sont armés !» Ca a duré deux minutes. Le seul truc positif, il y a eu une réaction de la population ce qui n’a pas permis aux braqueurs de casser une deuxième vitrine. Lundi, les gendarmes et la police territoriale ont patrouillé sur la Marina Royale et à ses abords. Ils ont fait le tour et sont allés à la rencontre des commerçants. Ils nous ont dit qu’ils étaient là parce que la préfète leur a demandé. Peut-être que c’est de la poudre aux yeux, mais en tout cas ça nous satisfait un peu. On n’est pas les seuls à les voir. Les braqueurs vont également les voir. Ce qu’ils ont fait vendredi, ils ne pourront plus le faire avec des patrouilles de gendarmerie et de police. »
 
Anne Laubies, préfète des Iles du Nord
« Les commerçants sont arrivés un peu à cran. On a discuté avec eux et ils nous ont exposé l’ensemble de leurs difficultés. Ce qu’ils veulent, c’est une présence de la police territoriale et de la gendarmerie plus importante pendant les fêtes. Je leur ai dit que c’était d’accord. Cela concerne la gendarmerie et ça a été fait. Ils ont également voulu qu’on réfléchisse avec le président de la CCISM à la mise en place d’un service de sécurité privé. On va regarder comment faire. C’est pour ça qu’on a signé une convention entre la gendarmerie et la police territoriale lors de la venue du général Soubelet. On a convenu aussi de se retrouver chaque mois afin de faire un suivi des préoccupations des uns et des autres. »
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