Temps de lecture estimé : 3 minutes
Absent hier au tribunal, ce jeune motard circulait avec une arme de poing de première catégorie pour, selon lui, se protéger, «parce que tout le monde meurt à Quartier d’Orléans»

Le 11 septembre dernier vers 23 heures, un motocross arrive à vive allure au coin de la rue de la Liberté et de la rue du Palais de Justice. Manque de chance, un contrôle de gendarmerie est installé un peu plus loin, au coin du passage des Lambis. Le motard rebrousse chemin mais, re-manque de chance, tombe par terre avec son engin. Les militaires en poste l’interpellent immédiatement et remarquent la crosse d’un pistolet qui dépasse de son pantalon. Lors de sa garde-à-vue, il s’avère que ce motard de 24 ans n’a jamais eu aucun problème avec la justice, qu’il vit depuis trois ans avec sa compagne et leurs deux jeunes enfants et que, s’il est sans emploi, il est tout de même titulaire d’un bac pro mécanique bateau.
 
DES SURNOMS QU’ON NE PEUT PAS JOINDRE
Les choses se compliquent en poussant plus loin l’enquête, comme le démontre le procès-verbal lu à l’audience en l’absence du prévenu, placé sous contrôle judiciaire et représenté par son avocate. Le pistolet est un Glock 26, une arme de poing de première catégorie, chargée de neuf cartouches. Elle lui aurait été confiée par un Jamaïcain de Sint Maarten, dont il ne connaît ni le nom ni le numéro de téléphone. Ce dernier lui aurait remis l’arme pour se protéger «parce que tout le monde meurt à Quartier d’Orléans». Il lui doit toujours 1500 dollars, qu’il paiera quand il aura les sous. Quant à la moto, qu’il conduit sans permis et sans aucun papier, il affirme aux enquêteurs qu’elle lui a été prêtée par «Black», un mécanicien dont il ne connaît que le surnom et qu’il ne sait pas comment joindre. «C’est ahurissant de répondre comme ça,» s’exclame le président Égron-Reverseau en poursuivant la lecture du procès-verbal.
 
RATATOUILLE A BON DOS
Ce soir-là, le jeune homme se déplaçait avec son arme au cas où il serait agressé, parce qu’il se rendait à Sandy Ground pour donner du tabac à un copain surnommé Ratatouille. «Cette explication est de nature à interpeller sur les vraies raisons de ce déplacement,» remarque le magistrat, en ajoutant que le prévenu a fait l’objet d’une relative bienveillance parce qu’il était inconnu des services de police, mais qu’il aurait pu être jugé en comparution immédiate. Pour le parquet, qui requiert six mois de prison ferme et la confiscation de l’arme, des munitions et de la moto, les faits sont établis, même si le prévenu n’a pas le profil d’un délinquant. Ce type d’arme est utilisé sur l’île pour commettre des vols à main armée et des crimes et la réponse judiciaire doit être forte. Pour sa défense, son avocate constate que «les gens de Quartier d’Orléans vivent dans un autre monde, ils ont peur de se faire tuer, c’est une réalité» et demande l’indulgence du tribunal. Il a été reconnu coupable de transport d’arme prohibée et condamné à un an de prison, dont quatre mois avec sursis, 400 euros d’amende et la confiscation de la moto et de l’arme. Il sera convoqué par le juge de l’application des peines qui transformera peut-être cet emprisonnement de courte durée en jours amende ou travail d’intérêt général.
Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.