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Trois jeunes voleurs d’essence ont été jugés hier à l’audience du tribunal correctionnel pour vol commis en réunion. Absents, deux d’entre eux ont écopé de prison ferme.

Les trois jeunes hommes – ils sont âgés d’une vingtaine d’années – partis de Sandy Ground le 12 septembre 2015 en pleine nuit pour siphonner de l’essence à Concordia n’envisageaient certainement pas qu’ils seraient convoqués devant le tribunal correctionnel. Et les deux comparses absents à l’audience étaient loin de s’imaginer qu’ils seraient condamnés à dix mois de prison ferme. Manque de chance pour eux, un voisin a tout vu et a appelé la gendarmerie, située dans le même quartier. L’arrivée des militaires provoque la fuite des voleurs, qui vont se réfugier dans les buissons, autour des ruines de l’ancienne sucrerie. De là, ils voient un gendarme s’approcher et lui jette des pierres, avant de réussir à s’échapper. Mais le scooter et la moto qu’ils ont utilisés pour se déplacer sont toujours là…
 
IL NE SAIT RIEN DU BIDON PLEIN D’ESSENCE
Et le lendemain matin, un jeune homme vient déposer plainte à la gendarmerie pour le vol de ce scooter, qui a été saisi. Les gendarmes, très intéressés, remontent la piste et finissent par découvrir que le frère du jeune plaignant lui a emprunté son deux-roues pendant qu’il dormait. F.F., l’emprunteur, est ainsi placé en garde-à-vue, puis ses deux complices. L’un d’eux est également poursuivi pour le recel de la moto, volée trois mois plus tôt et rendue depuis à son propriétaire légitime. Hier, devant le juge, F.F. ne reconnaît pas les faits. Oui, il est parti chercher de l’essence avec les deux autres à 3 heures du matin, mais non, il ne savait pas qu’ils voulaient la voler. Il ne sait rien non plus du bidon retrouvé plein de carburant à côté d’une Twingo sans bouchon de réservoir. «Elle est tombée du ciel !» ironise le juge Égron-Reverseau. Mais le fait qu’il soit le seul à s’être présenté et qu’il n’ait pas de passé judiciaire joue en sa faveur. Il est inscrit à Pôle Emploi et aimerait bien entrer au RSMA. «L’armée vous intéresse,» lui demande le juge, «mais attention, il faut être motivé pour y entrer, sinon vous ne tiendrez pas quinze jours. Il y a des contraintes et il faut se taire quand on vous dit quelque chose.» Dans son réquisitoire, le procureur Ohayon renchérit : «Vous pouvez faire quelque chose de votre vie, mais il ne faut plus vous retrouver devant un tribunal correctionnel. Qu’on ne vous revoie pas!». Il a été condamné à trois mois de prison avec sursis et 120 heures de travaux d’intérêt général. Ses deux complices, ont un casier judiciaire chargé, avec respectivement six et trois condamnations, et ont été condamnés à dix mois de prison ferme.

Blessé, désolé, mais condamné

 
Le jeune motard blessé lors d’un accident avec un transpalettes à Hope Estate – le conducteur du transpalettes a été jugé le 12 novembre 2015 – a comparu hier à l’audience du tribunal correctionnel. S’il était entendu comme victime le 12 novembre, il comparaissait hier comme prévenu, dans la mesure où il conduisait sans permis de conduire et que son motocross KTM 525 cc n’était pas assuré. Le deux roues n’est pas à lui, il le bricole avec le copain auquel il appartient, mais a abandonné aujourd’hui toute activité de ce genre. L’accident s’est soldé par plusieurs fractures et il doit encore utiliser une béquille, après une interruption de travail de 90 jours. Il regrette, reconnaît sa responsabilité et répète qu’il est vraiment désolé. Il vit chez ses parents, ne peut pas travailler et n’a pas un sou. Le juge lui explique que les amendes pour défaut d’assurance sont majorées de 50%, afin d’approvisionner le fonds destiné à rembourser les victimes ayant eu des accidents avec des personnes sans assurance. Il a été condamné à un an de prison avec sursis, 300 euros d’amende pour défaut d’assurance (qui seront majorés de 50%), 90 euros de contravention et environ 130 euros de frais de procédure. Le 12 novembre, le tribunal avait reçu sa constitution de partie civile, qui sera jugée le 28 janvier 2016. 

 
Deux affaires pour un seul homme
 
Jugé dans deux affaires différentes, ce jeune homme insulte les gendarmes, mais n’hésite pas à faire appel à eux lorsqu’on le vole.
 
Première affaire. Le 3 décembre 2015, J.V. roule sans casque sur son scooter. Repéré par les gendarmes dans la zone de Hope Estate, il tente de leur échapper mais croise leur route au carrefour suivant. Papiers SVP, PV, la routine. Lorsqu’il reçoit la contravention, il la déchire et la jette par terre, en faisant remarquer aux militaires qu’ils feraient mieux de courir après les voleurs plutôt que de verbaliser les honnêtes gens. Puis, lorsque les hommes en bleu s’éloignent, il les traite de bâtards et leur fait un doigt d’honneur en brandissant bien haut le poing. C’est en tout cas ce que dit le procès-verbal, car J.V. reconnaît tout, sauf l’insulte. Mais deux gendarmes sont présents à l’audience. «Il me l’a dit en me regardant dans les yeux,» affirme l’un d’eux. Il s’excuse et explique qu’il ne s’est pas contrôlé parce qu’il était en colère et que 90 euros d’amende, c’est cher. Surtout qu’il avait déjà écopé d’une amende peu de temps avant, déjà pour défaut de casque. Le procureur Ohayon lui fait remarquer qu’il est intelligent et qu’il sait bien que lorsque l’on n’est pas en règle, on risque de se faire contrôler, en ajoutant : «Il m’est insupportable de voir des gendarmes, qui paient un lourd tribut dans leurs missions, se faire traiter de bâtards. Voilà le type de faits auxquels ils sont confrontés à Saint-Martin. Et vous, vous avez mieux à faire que de circuler sans casque». Le juge Égron-Reverseau l’a condamné à un mois de prison avec sursis.
 
DEUXIÈME AFFAIRE
Le 31 août 2015, J.V. dépose plainte à la gendarmerie pour le vol d’un ordinateur portable par l’un de ses clients, la veille. Ce dernier, pas content de la réparation de son téléphone, demande à être remboursé. Comme J.V. refuse, le client passe derrière le comptoir, s’empare d’un ordinateur portable et s’en va sans demander son reste. Le voleur contacte rapidement J.V. par téléphone pour lui proposer de lui rendre son ordinateur contre 380 euros, et rendez-vous est pris sur le parking de Mac Do. L’échange se fait avec le client, venu accompagné de son frère. J.V. repart sur son scooter – on ne sait pas s’il porte son casque – et sort un pistolet, qu’il pointe sur les deux hommes pendant plusieurs secondes. Mais J.V. nie devant le tribunal avoir utilisé ce revolver d’alarme, que les gendarmes ont retrouvé chez lui et confisqué dans le cadre de la plainte qu’il avait déposée et qui, de fil en aiguille, les a amenée à cette arme. «C’est la parole des une contre la parole de l’autre,» remarque le juge. Ni le client voleur, ni son frère n’étant présents à l’audience, le procureur suggère que l’affaire soit renvoyée puisque le juge manque d’informations, afin d’organiser une confrontation à la barre. Le juge est allé dans le sens de cette décision, en précisant qu’il était possible de faire venir les témoins avec le secours des forces de l’ordre.
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