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Ils avaient transformé leur salon en chambre de culture de cannabis pour faire des économies. Une idée qui va les a amenés hier à comparaître devant le tribunal correctionnel.

Lorsqu’ils arrivent près de chez eux, parce qu’ils recherchent un suspect qui pourrait habiter là, les gendarmes de Saint-Barth voit de prime abord un individu portant un pot contenant un plant de cannabis. Lorsqu’ils frappent à leur porte, ils se trouvent face à un jeune homme aux yeux brillants, dans de caractéristiques effluves de cannabis. Oui, il connaît l’individu que les gendarmes recherches, mais ce dernier n’habite pas là. Mais la priorité a changé. C’est bien lui que les gendarmes viennent de voir avec un plant de cannabis dans les bras. Le délit est évident et permet aux forces de l’ordre d’ouvrir une enquête de flagrance et ainsi de procéder à une perquisition immédiate. Sans aller bien loin, ils découvrent vingt plants de cannabis dans un salon transformé en chambre de culture, mais aussi 468 grammes de cannabis dans un sac. Deux jeunes hommes âgés de 26 et 27 ans habitent cette maison de Marigot. Amis très proches et de longue date, ils fument de l’herbe depuis le début de leur adolescence. La marijuana est chère : ils ont payé 1400 euros à un dealer de La Pointe les 468 grammes qu’ils consommeront en 3 ou 4 mois. Et ils comptaient sur leur petite culture pour faire des économies, même s’ils avaient dû investir 1500 euros pour le matériel.
« VOUS N’AVEZ PAS EU L’IDÉE
DE VENIR AVEC VOS ANALYSES ? »
Ils disent au tribunal que c’est leur première expérience agricole et que d’ailleurs certains pieds poussent bien et d’autres moins. Mais surtout, ils assurent que leur interpellation et la garde-à-vue les ont incités à arrêter toute consommation de leur substance addictive préférée depuis juin 2015. La réaction du président Égron-Reverseau les laisse sans voix : « Comment pouvez-vous le prouver ? Vous n’avez pas eu l’idée de venir avec vos analyses? Si l’on vous contrôle aujourd’hui on ne trouvera pas de trace de THC ? » Le procureur constate que les faits sont caractérisés : deux jeunes hommes sans antécédent judiciaire qui consomment du cannabis ensemble et sont poursuivis pour usage et détention de stupéfiants. Mais il ne les croit pas lorsqu’ils disent avoir arrêté : « L’un fume depuis qu’il a douze ans, l’autre depuis qu’il a quinze ans, on ne peut pas arrêter comme ça du jour au lendemain sans se faire aider. » Il requiert « une peine qui soit de nature à faire le point », avec un suivi médical, soit une obligation de soins assortie de quatre à huit mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve pendant 18 mois. Pour leur avocate, qui souligne qu’ils ne sont pas poursuivis pour production de cannabis – passible de la cour d’assises – l’obligation de soins semble appropriée. Ils ont été condamnés à six mois de prison avec sursis, deux ans de mise à l’épreuve, une obligation de soins. Ils devront rencontrer le juge d’application des peines pour ces soins et la façon dont ils seront déterminés. Ils devront également justifier d’un travail.

Frénésie d’achats et chéquier volé
Comment espérer en habitant à Saint-Barth que l’on peut impunément voler un chéquier et s’en servir sans être inquiété? C’est pourtant ce que s’est imaginé ce menuisier Portugais de 25 ans, condamné hier à quatre mois de prison avec sursis et 1.000 euros d’amende par le tribunal correctionnel réuni en audience collégiale. Les faits sont simples. En mai 2015, il récupère dans la boîte aux lettres qu’il partage un courrier de la BRED contenant un chéquier au nom de la propriétaire des lieux, qui lui louait un studio à Grand Fond. Et le voilà qui signe des chèques et achète un iPhone, puis un deuxième, un troisième dont il fait cadeau à sa petite amie, avant de s’offrir une enceinte Bose. Le compte de Mme L. n’est pas inépuisable et la banque l’informe début juillet que trois chèques ont été rejetés pour défaut de provision. Rapidement, sachant que ses chéquiers arrivent par la Poste, elle soupçonne son ancien locataire. Les commerçants dupés se manifestent à leur tour, l’enquête avance, le locataire est interpellé et placé en garde-à-vue. La perquisition de son domicile permet de récupérer le chéquier et il reconnaît les faits. Il a signé cinq chèques au total et tout le matériel a été restitué aux commerçants.
« J’AI FAIT UNE ERREUR, C’EST NORMAL QUE JE RÉPARE »
Face au président Gérard Égron-Reverseau, il se montre peu loquace. On doit lui tirer les mots de la bouche. Oui, il a eu le sentiment que ce chéquier tombait du ciel. Non, il n’a pas eu de difficultés avec les commerçants. Oui, il a pensé à présenter ses excuses à sa victime, mais il ne l’a pas encore fait. Il gagne 2200 euros par mois, paye 800 euros de loyer et 300 euros de pension à la mère de son enfant, dont il est séparé et qui vit au Portugal. Le procureur Michaël Ohayon constate que le vol, la falsification et l’usage des chèques sont reconnus et souligne que les achats n’ont pas porté sur de l’alimentation ou quelque chose pour son bébé, mais sur des appareils technologiques haut de gamme dont il aurait pu se passer. Il requiert quatre mois de prison avec sursis et une amende de 1.000 euros. « Que pensez-vous de la sanction demandée par le procureur ? » lui demande le président. « J’ai fait une erreur, c’est normal que je répare », répond-il.
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