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La politique de logement peut-elle répondre aux désordres sociaux ? La Semsamar et certaines communes de Guyane le croient
 
 

La Semsamar entend démontrer qu’elle est « un outil au service du développement du territoire » selon sa directrice générale Marie-Paule Bélénus-Romana. La semaine dernière, des journalistes de Saint-Martin étaient donc invités pendant quelques jours en terre guyanaise pour s’en persuader. Pression migratoire déstabilisante, chiffres de la violence et de la criminalité parmi les plus élevés de France, croissance démographique soutenue entraînée par un taux de fécondité élevé de 3,5 enfants par femme : cette France emboîtée entre le Brésil et le Suriname a de sacréS défis à relever. Elle a cependant un atout que n’a pas Saint-Martin pourtant exposée à des défis similaires: la richesse foncière guyanaise offre aux pouvoirs publics la possibilité de mener une politique de peuplement évitant l’empilement des populations et favorisant la mixité sociale. Mais même si notre île que caractérise son exiguïté et sa topographie vallonnée ne dispose pas du même potentiel*, il y a matière à s’interroger sur l’absence d’action, voire de vision, qui caractérise notre territoire sur ce sujet.
CADRE DE VIE ET MIXITÉ SOCIALE
Sur la commune guyanaise de Matoury, le secteur de Copaya ressemble à une ville nouvelle tout juste sortie de terre. 86 logements sociaux s’alignent ou se font face. Au premier abord, l’utilisation massive du bois, la fraîcheur des intérieurs sans air conditionné, permise par la porosité des murs, les éviers de cuisine en matériau indestructible, le jardinet… tout ceci peut sembler anodin. Mais ça ne l’est pas. Ces logements ont été commandés par la ville dans le cadre de son plan de rénovation urbaine (PRU) et intégraient une clause d’insertion sociale. « Pour favoriser la mixité sociale, nous sommes passés de 100% de logements sociaux à 60 % » annonce le directeur de la Semsamar Guyane, Patrick Weirback, venu animer une visite sur le site. Pour ce faire, la commande publique a souhaité « l’intégration de logements intermédiaires ». « La rénovation urbaine c’est concevoir un espace avec une typologie de logements favorisant la qualité de vie et la suppression des désordres sociaux » conçoit le dirigeant guyanais. Comprenez « le développement d’activités créatrices d’emplois, un traitement du bâti, la création d’équipements de proximité tels que des aires de jeux ».
Toujours à Matoury, dans le quartier Sud-Bourg, la qualité de traitement esthétique des façades et de l’espace est comparable à des logements privés. Sur la commune de Macouria, dans le secteur de Sainte-Agathe, la Semsamar a livré 450 logements en 2015 : « ce n’est pas simplement une opération, mais la création d’un véritable quartier » argue le directeur de l’agence guyanaise qui a œuvré sur ce chantier en concertation avec la ville. « On a besoin que les gens s’approprient le logement comme le lieu et quand ils entrent chez eux, il faut qu’ils soient bien ». Il y a là des aires de jeu, une crèche de 60 places bientôt livrée, un plateau sportif, des maisons de ville encore en construction. A Macouria encore, sur la ZAC de Soula, la Semsamar a fait l’acquisition de 11 îlots pour réaliser 250 logements dont 160 sont déjà sortis de terre : ici règne un joyeux mélange entre logement collectif et maisons de ville. Sur la ville de Remire-Montjoly, commune qui s’est récemment ouverte aux bailleurs sociaux, l’entité saint-martinoise a récupéré l’opération d’un promoteur placé en liquidation judiciaire : 76 copropriétés ont été sauvées de la débâcle et achevées, 276 nouveaux logements ont été construits. Un tiers de social, un tiers de logement intermédiaire, un tiers de logements privé : « une opération de mixité sociale unique en Guyane » s’enthousiasme Patrick Weirback.
ACCOMPAGNER LES POPULATIONS
A Matoury, où s’étaient développées des zones d’habitat spontané, il a fallu réinventer le logement. Déplacer les populations, le temps de la (re)construction et surtout les associer, « avec la création d’un atelier logement où l’habitant a été placé au cœur du projet » insiste le directeur de la Sem Guyane, ajoutant qu’il a été mené « un gros travail de repeuplement pour faire disparaître la délinquance ».
Accompagner les résidents, c’est aussi les responsabiliser sur leur cadre de vie. Patricia Weirback, directrice du patrimoine de la filiale guyanaise, en sait quelque chose : « il faut constamment expliquer aux gens comment gérer leurs déchets, comment garer leur véhicule aux emplacements réservés ». Il faut aussi penser au mode de vie : « ici les gens sont souvent dehors ». Alors pour éviter les rassemblements qui peuvent causer des nuisances, l’experte montre du doigt en exemple un carbet pour les jeunes, sans siège pour poser ses fesses, juste une barre où s’adosser, « pour éviter qu’ils ne restent trop longtemps ». Autrement dit, qu’ils ne s’adonnent à des activités peu recommandées.
La Semsamar n’est présente en Guyane que depuis 10 ans, et son activité de bailleur social est encore très jeune : les premières livraisons ne remontent qu’à 2009. Difficile, dans ces conditions, d’avoir du recul pour évaluer la pertinence de cette politique de peuplement et son impact sur la société. En revanche, il y a de quoi s’interroger sur ce que les élus de Saint-Martin -le président de la Semsamar est, rappelons-le, aussi vice-président de la COM en charge du Développement économique – peuvent mettre en œuvre sur leur propre territoire où, dans certains quartiers, cohabitent des populations fragiles et une jeunesse désoeuvrée. En l’absence de Plan local d’urbanisme, lequel ne semble pas être la grande priorité politique de 2016 (chat échaudé…), on ne peut que se contenter d’examiner ce qui est testé ailleurs.
 
 
En mars 2015, la Collectivité de Saint-Martina néanmoins pris plusieurs mesures fiscales pour favoriser la libération et la régulation du foncier
 

Saint-Martin  débarque en Guyane
Jeudi 21 janvier, 20 heures. Soirée de gala au Grand Hotel Montabo de Cayenne. La filiale guyanaise de la Semsamar y fête un anniversaire visiblement très prisé : ses 10 ans. Outre la pléthore d’élus, de représentants de l’Etat et de chefs d’entreprise, la présence des médias de Saint-Martin est fermement soulignée à l’assistance. Avec la COM pour actionnaire majoritaire, la Semsamar reste donc bien Saint-Martinoise, même si « en Guyane, elle est guyanaise » se défendait sa directrice générale, Marie-Paule Bélénus-Romana. La soirée ne pouvait donc se dérouler sans la présence des élus de la petite Collectivité du Nord qui siègent au Conseil d’administration, Wendel Cocks, président de la Semsamar, et Rosette Gumbs-Lake. Avaient également gagné la Guyane Ramona Connor, pour représenter Aline Hanson, et Victor Gibbs, en sa qualité de président d’honneur de la société. « Personne n’aurait pu prédire que cette petite Sem d’une petite île aurait être pu classée dans le top cinq des Sem de France » déclarait M. Cocks au micro des allocutions officielles, visiblement impressionné par la ferveur guyanaise que suscitait cet anniversaire.  Il sait probablement mieux que quiconque à quel point le niveau d’interventionnisme public en Guyane impulse les opérations de la Sem. Des idées pour Saint-Martin ?
 
 

Et les affaires judiciaires ?
À l’occasion des 10 ans de la filiale guyanaise, les principales figures de la Semsamar avaient fait le déplacement en Amérique du Sud. L’occasion, pour la presse saint-martinoise invitée, de poser les questions qui fâchent même si l’heure n’était manifestement pas à la polémique. Souvenez-vous… En juin dernier, Marie-Paule Bélénus-Romana, directrice de la Semsamar, et Jean-Paul Fischer, directeur de la société jusqu’en 2009, étaient mis en examen pour favoritisme, prise illégale d’intérêts et détournement de fonds publics sur la période 2007 – 2013. Dans la foulée, la Collectivité de Saint-Martin, dont six élus siègent au Conseil d’administration de la société d’économie mixte, actait le principe de se constituer partie civile « pour avoir accès au dossier instruit contre la Semsamar » justifiait alors Aline Hanson.
Interrogé sur ce dossier entre deux visites de terrain, puisqu’il était aussi en déplacement en Guyane, le président de la Sem Wendel Cocks est resté pour le moins concis : « la procédure suit son cours, il faut laisser la justice faire son travail ».
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