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Des chercheurs américains présentent une première preuve biologique établissant le lien entre une contamination de la mère par le virus et des anomalies graves du développement cérébral chez le fœtus.
 
 

Dans 80% des cas le Zika n’est pas dangereux et la majorité des personnes ne savent pas qu’elles sont infectées. Dans d’autres cas, le Zika va provoquer des syndromes proches de la Dengue ou du Chikungunya tels que fièvre, éruptions cutanées, céphalées, douleurs dans les articulations, conjonctivite. C’est surtout pour les femmes enceintes que le Zika peut présenter de graves complications. Au Brésil où sévit l’épidémie, en neuf mois plus de 3.000 cas de microcéphalie – anomalies congénitales du cerveau en développement-, ont été enregistrés. Ces complications constatées chez des bébés nés de mères porteuses du Zika sont-elles liées à l’infection par le virus ou bien, comme ont tenté de le démontrer des chercheurs argentins et brésiliens, à la présence de pesticides – utilisés pour lutter contre la prolifération des moustiques – dans l’eau potable ?
La responsabilité du virus est établie par des chercheurs américains, qui tendent à prouver que le Zika attaque et détruit des cellules cérébrales humaines en développement. Après voir mené des études in vitro, les conclusions de leurs travaux ont été publiées vendredi dernier sur le site de la revue américaine Cell Stem Cell. « Nos résultats démontrent clairement que le Zika peut directement infecter les cellules neuronales progénitrices humaines in vitro… avec une grande efficacité », conclut le résumé de ces recherches. « Maintenant que nous savons comment ces cellules neuronales formant le cortex cérébral sont vulnérables au Zika, elles pourraient aussi être utilisées pour un dépistage rapide de l’infection et mettre au point de nouvelles thérapies potentielles », ajoute Hongjun Song, co-auteur de l’étude. A noter que les cellules étudiées ne provenaient pas de bébés mais ont été créées en laboratoire à partir de cellules-souches.
 
Vigilance accrue

Le soin apporté à la protection des femmes enceintes face au virus Zika est donc plus que jamais de rigueur. Dans notre édition du vendredi 26 février, nous faisions part des recommandations du Haut conseil de santé publique, suivies par la ministre de la santé Marisol Touraine. Les autorités sanitaires suspectent en effet des probabilités de contamination au Zika par voie sexuelle. Compte tenu du risque de malformation congénitale encouru pour le fœtus, associé à l’absence de symptômes pour la majorité des personnes qui seraient infectées, elles recommandent donc l’usage systématique du préservatif pour les compagnons des femmes enceintes. Les femmes qui ont un projet de grossesse sont elles clairement invitées à le retarder et à envisager une contraception pendant la durée de l’épidémie.
 
Lors de son déplacement dans les Antilles-Guyane fin février, Marisol Touraine avait annoncé « renforcer la prise en charge » des femmes enceintes dans les zones françaises épidémiques. Ces dernières peuvent donc bénéficier d’échographies supplémentaires prises en charge à 100% par la Sécurité Sociale et sans avance de frais, avait-elle annoncé.
 
 
17 cas confirmés et 72 cas suspects à Saint-Martin

Sur notre territoire l’épidémie de Zika avance lentement mais sûrement. Selon l’Institut de veille sanitaire, au 2 mars Saint-Martin (partie française) comptabilisait depuis le début de l’épidémie 17 cas de Zika biologiquement confirmés, dont une femme enceinte qui bénéficie d’une prise en charge spécifique. A fin février, 72 personnes ont consulté leur médecin généraliste pour des symptômes de Zika. Notre territoire, tout comme Saint-Barthélemy où aucun cas de Zika n’est encore enregistré, présente une « circulation virale débutante » selon la veille sanitaire. Pour la Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélemy, les autorités sanitaires indiquent aux médecins voyant en consultation un cas suspect de Zika, de prescrire une recherche diagnostique (sang et urines) sur les trois virus : Dengue, Chikungunya et Zika. En Martinique, où quelque 9200 personnes ont consulté depuis début janvier, leur médecin généraliste pour suspicion de Zika, la confirmation biologique d’une infection est désormais réservée aux femmes enceintes et aux patients avec des formes graves ou des complications.
 
LE CHIFFRE
Une baisse de 14% des réservations est enregistrée par les compagnies aériennes à destination de Sint Maarten entre janvier et février 2016, suite à l’alerte Zika émise par les « Centers for Disease Control and Prevention » (CDC) des USA et l’annonce de l’OMS début février, ayant déclaré que le Zika constituait une « urgence de santé publique internationale
 
 
Syndrome de Guillain-Barré et Zika : un lien confirmé, mais un risque faible

Le lien entre Zika et syndrome de Guillain-Barré, a également été confirmé par la revue The Lancet dans une publication datée du 1er mars, synthétisant les travaux de chercheurs de l’Institut Pasteur, du Cnam, de l’Institut Louis Malardé, du Centre Hospitalier de Polynésie Française, et de l’AP-HP. Ils démontrent que l’infection par ce virus est bien à l’origine de l’augmentation des syndromes de Guillain-Barré, forme grave de paralysie des membres avec atteinte respiratoire, observée dans les pays où sévit l’épidémie. « Ce travail est important car il permet de confirmer le rôle de l’infection par le virus Zika à l’origine de ces complications neurologiques graves que sont les syndromes de Guillain-Barré. Cela signifie que « les régions touchées par l’épidémie de Zika doivent s’attendre à une augmentation importante du nombre de patients atteints de troubles neurologiques graves, et anticiper l’accueil de ces patients en réanimation quand il est possible de le faire », indique un communiqué de l’Institut Pasteur.  
« Une fois le cap critique passé, les patients ont plutôt bien récupéré, la moitié d’entre eux étant capables de marcher sans assistance après trois mois » nuancent cependant les chercheurs. Le risque de développer un syndrome de Guillain-Barré a été estimé à 2,4 pour 10.000 infections par le Zika.
 
 
Les campagnes de sensibilisation iront-elles plus vite que le virus ?

Coupe Davis oblige, la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin se trouvait en Guadeloupe la semaine dernière. Mais le Zika était aussi inscrit sur sa feuille de route et c’est en sa présence que l’Agence régionale de santé (ARS) présentait à la presse vendredi dernier l’opération « Ici, contre le Zika, je m’engage », qui vise à lutter contre le virus par l’intermédiaire des socio-professionnels. L’opération invite « chaque entreprise, chaque commerce ou établissement de tourisme volontaire en Guadeloupe, à afficher publiquement l’action concrète qui est menée en son sein pour réduire la propagation de la maladie virale transmise par l’Aedes aegyti » détaille dans un communiqué l’ARS. « Par ce geste, le chef d’entreprise montre qu’il participe à un mouvement citoyen, qu’il prend part au mouvement collectif encouragé par les autorités sanitaires, qu’il est fier d’agir. Il témoigne par ailleurs de la mobilisation de tout son personnel, de tous ses employés autour de ce même objectif » peut-on lire également.
Mais quid des îles du Nord, et surtout de Saint-Martin où le Zika progresse lentement, mais sûrement ? « L’opération est à son stade de lancement, elle débute effectivement en Guadeloupe mais devrait être déployée ensuite à Saint-Martin » précise le service communication de l’ARS. L’Agence de santé, qui a également lancé une plus vaste opération de sensibilisation intitulée « Zika, le combat reprend. Tous concernés, tous responsables ». Gageons que la mise en place de la communication ira plus vite que la progression du virus…
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