Temps de lecture estimé : 4 minutes
Condamné à cinq ans de prison, dont un an avec sursis, ce jeune braqueur a été trahi par sa chaussette.

Début mars 2016, ce jeune Dominiquais âgé de 24 ans est placé en garde-à-vue après que les gendarmes l’aient trouvé en possession de 28 grammes de cannabis. D.R. n’a pas de casier judiciaire et ne risque a priori pas grand-chose, mais la procédure exige qu’un échantillon de sa salive soit prélevé et envoyé pour analyse à l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale, à Rosny-Sous-Bois. Et là, surprise, son ADN est inscrit au fichier national des empreintes génétiques, en relation avec un braquage commis le 1er juillet 2015 dans une supérette située sur le boulevard de Grand-Case.
 
La vidéo des faits montre deux hommes arrivés en scooter et faisant irruption dans la supérette, vers 17h10. L’un porte un casque et des lunettes et braque un pistolet sur l’employée pendant que son complice, coiffé d’une casquette et masqué, saute derrière le comptoir et saisit cette dernière par le cou pour l’obliger à lui donner le contenu de la caisse : 280 euros et dollars. Il ne leur aura fallu que 33 secondes pour commettre leur forfait et prendre la fuite. D.R. l’ignore alors, mais il a laissé derrière lui une preuve de son passage, en l’occurrence une chaussette blanche qui se trouvait dans sa poche, qu’il a laissée tomber et qui contient suffisamment d’indices de son ADN pour permettre son identification.
 
C’EST LUI QUI TENAIT L’ARME
 
Confronté à cette évidence il y a quelques jours par les gendarmes, il commence par nier les faits, mais finit par avouer. Oui, il a participé à ce braquage, parce qu’il devait 95 dollars à son dealer de cannabis, un certain Sharon dont tout le monde a peur et qui lui a proposé de faire ce braquage avec lui pour effacer sa dette. Mais il ignore où habite Sharon et ne donne pas suffisamment de renseignements pour qu’on le retrouve. À l’issue de sa garde-à-vue, il a été déféré devant le vice-procureur Michael Ohayon, qui a demandé sa comparution immédiate devant le tribunal correctionnel. Il a été jugé hier pour ce braquage aggravé par trois circonstances, dans la mesure où il a été commis en réunion, avec violences et par des individus masqués.
 
« Vous préférez aller faire un braquage que vous faire casser la figure, mais vous encourez cinq ans de prison » lui lance le président Gérard Égron-Reverseau. C’est lui qui tenait l’arme – un pistolet de paint-ball – et menaçait l’employée, et ses regrets tardifs tombent à plat. Une rapide enquête sociale établit qu’il vit chez sa mère, qu’il a travaillé dans les espaces verts, qu’il touche 700 euros d’Assedic par mois, qu’il a deux filles, l’une en Guadeloupe et l’autre en métropole, qu’il complète ses revenus en faisant de temps en temps le DJ et qu’il a un CAP de charpentier. Il fume trois ou quatre joints par jour, n’assume pas son rôle de père, a des relations conflictuelles avec sa mère et son permis de séjour devra être renouvelé le 10 avril prochain… si toutefois il n’est pas condamné.
 
UNE PEINE EXEMPLAIRE
 
Dans son réquisitoire, le procureur s’attarde sur les nombreuses et régulières victimes de vols à main armée, « un fléau à Saint-Martin et des faits graves contre lesquels la gendarmerie et la justice se battent ». Il rappelle que les explications de D.R. n’ont pas permis l’identification de son complice, souligne qu’il touche des indemnités de chômage et qu’une dette de 95 dollars ne représentait rien d’insurmontable dans son cas. Il requiert cinq ans de prison, dont un an avec sursis, et soumet au tribunal la possibilité de prononcer une interdiction de séjour sur le territoire français. Son avocate, désignée d’office, demande la clémence du tribunal, parce que c’est la première fois. Que sa mère, présente dans la salle d’audience, a de la tension et a besoin qu’il soit près d’elle. Que la famille avait justement l’intention de rentrer en Dominique et devait acheter ses billets d’avion la semaine prochaine. Au président, qui lui demande s’il a quelque chose à ajouter, le prévenu dit «si je pouvais revenir en arrière, je ne le ferais pas».
 
Il a été condamné à cinq ans de prison, dont un an avec sursis. Sa mère a éclaté en sanglots en entendant cette sentence et lui s’est mis à pleurer à chaudes larmes. « Vous entendez les conséquences de vos actes » lui a simplement fait remarquer le président, en ajoutant qu’à travers cette sanction très significative le tribunal voulait faire passer un message de mise en garde parfaitement clair, comme à chaque fois dans ce type de faits. Immédiatement menotté et emmené par les gendarmes vers l’aéroport de Grand-Case, D.R. a passé hier sa première nuit en prison. 
Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.